Dans la salle prestigieuse de l’Odéon, tout est rouge. Du velours des fauteuils que rehaussent les dorures des cadres, à la scène, écarlate du sol aux rideaux, vides et déjà sanglante, alors que la cérémonie forcement sacrificatoire, n’a pas encore commencé. C’est Angélica Liddell qui ouvre la saison, avec Dämon, une pièce dont le titre forme avec le prénom de sa créatrice l’oxymore qui guide son parcours. Ange et démon, la prêtresse nue le sera tour à tour, selon qu’elle harangue le public dans une chemise blanche largement ouverte sur son anatomie ou qu’elle chuchote à l’oreille de l’artiste mort dans un manteau noir de veuve ténébreuse et inconsolée.
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Au commencement de son nouveau spectacle, Angélica Liddell lance un défi au public. Depuis une liminale parabole biblique, elle annonce que la capacité de pardonner doit être infinie, non comptable. Là où l’apôtre Pierre pensait être généreux en tentant de pardonner sept fois à celui qui lui aurait fait du mal, Jésus propose une démultiplication du possible et Angélica, plus ambitieuse encore, tente avec nous l’expérience du pardon absolu.
Créé en juillet 21 au Festival d’Avignon, Liebestod constitue le premier volet d’un diptyque somptueux éprouvant la splendeur de l’amour à l’aune de la souffrance.
Créé en juillet 21 au Festival d’Avignon, Liebestod constitue le premier volet d’un diptyque somptueux éprouvant la splendeur de l’amour à l’aune de la souffrance.
D’Angelica Liddell on sait déjà beaucoup. On connaît sa vie : sa rupture amoureuse déployée avec incandescence dans la casa della forza (2012) et son rapport à ses parents, exploré dans son récent diptyque : una costilla sobre la mesa et padre (2020). On sait ses combats contre le puritanisme ambiant et pour l’expression libre et brutale des désirs dans you are my destiny (2015) et Scarlett letter (2018). On a beaucoup vu son intimité physique : dans tous ses spectacles elle exhibe son sang, son sexe, sa sueur. Et on aime son imaginaire baroque, sexuel, immoral, rouge et flamboyant. Quand après un an de silence, la sombre atrabilaire revient sur les plateaux, c’est un événement. Elle a présenté son combat avec le taureau dans Liebestod en Avignon cet été. Et juste avant la fête des morts, c’est Terebrante qu’elle crée au CDN d’Orléans.