Créée en 1989 par Jean-Michel Espitallier et Jacques Sivan, rejoints par Vaninna Maestri, Java est, par sa singularité, son engagement, sa nouveauté, une revue indissociable de la poésie contemporaine française, emblématique de ce que peut être une revue de création.

24 février 2026. Il y a six jours, György Kurtág fêtait ses cent ans. Il est un des derniers, et peut-être le dernier – car depuis plus de vingt-cinq ans, nous sommes davantage en période de restauration que d’exploration – de la trempe des grands fondateurs de la musique du vingtième siècle : Stravinsky, Webern, Bartók. Sensuelle et pensée avec précision, sa musique a été jouée un peu partout dans le monde le jour même de son anniversaire. Mais le plus admirable est que le lendemain a eu lieu à Budapest la première de son deuxième opéra, Die Stechardin, un monodrame dont le livret est inspiré des écrits et de la correspondance de Georg Christoph Lichtenberg.

Comme Judith Butler a pu analyser et effectuer les conditions et conséquences d’un « trouble dans le genre », Jacques Sivan, de manière systématique et inventive, a travaillé à troubler la poésie, l’écriture, la langue. Ses livres construisent des machines littéraires qui problématisent la poésie, en reconfigurent les conditions et effets, en font varier les formes et frontières établies. C’est cette entreprise radicale, essentielle à la poésie, que parcourt et expose La poésie motléculaire de Jacques Sivan qui vient de paraître aux éditions Al Dante.

Le 13 février dernier disparaissait le poète Jacques Sivan. Avec Vannina Maestri et Jean-Michel Espitallier, il avait créé en 1989 la revue Java. Ce texte écrit par Jean-Michel Espitallier poursuit l’hommage de Diacritik à Jacques Sivan initié par un article d’Emmanuèle Jawad autour de ses écritures motléculaires.