Débrouille-toi avec ton violeur, c’est le titre saisissant du dernier livre de l’édifice post-exotique, une œuvre littéraire singulière qui se déploie sous plusieurs signatures : Volodine, Kronaeur, Draeger, Bassmann en sont les manifestations les plus connues, jusqu’à ce jour où le post-exotisme s’ouvre à une nouvelle signature, Infernus Iohannes. Derrière cette signature, l’idée fictionnelle d’un collectif d’écrivain : l’effacement de l’individualité derrière l’idée poétique et poétique du groupe.
Category Archive: Livres
L’actualité des publications françaises et étrangères ; fiction et non fiction. Sans exhaustivité, parce qu’elle est impossible et sans contrefaçon (mais pas que par des garçons). Des choix, des passions, de grosses colères aussi. La lecture des têtes de gondole que nous mettrons parfois au carré. Des portraits des acteurs du monde du livre. De longs entretiens parce qu’un livre ou une collection, ce ne sont pas deux ou trois phrases choc. Et parce que l’actu est trop souvent un diktat (et une course contre la montre perdue d’avance), de grands livres publiés dans les mois ou les années, voire les décennies et même siècles qui précèdent, parce que les grands livres n’ont pas de date de péremption.
« Il y a quelque chose de noble à ne rien faire », disait le peintre et photographe américain Saul Leiter au critique Vince Aletti en 2013 peu avant de disparaître à l’âge de 89 ans. L’inaction, le désengagement, la résistance passive au bruit blanc du monde mènent à des illuminations.
Les bonnes surprises, c’est un peu comme un recommandé des impôts, ça vous tombe dessus au moment où vous vous y attendez le moins. Oubliez les maisons aux dragons et les anneaux de pouvoir, la rentrée série se lève à l’Est avec Tokyo Vice, mini-série immersive et noire signée Josef Wladyka, Hikari, Michael Mann (!) et Alan Poul. Adaptée du livre éponyme de Jake Adelstein, Tokyo Vice est filmé à hauteur de Gaijin, avec une précision et une âpreté qui vous happe dès les premières secondes.
Fruit de plusieurs années de travail étroit entre Johan Faerber et l’écrivain, le Cahier de l’Herne Echenoz vient de paraître, éclairage inédit d’une œuvre majeure. Si ce volume répond en tout point à la charte des Cahiers — contributions d’écrivains comme d’universitaires et critiques, riche dossier d’inédits, de documents, photographies et archives — il se distingue par son accueil dans la presse, d’une rare ampleur pour ce type de publication, comme par sa volonté d’être non pas un hommage empesé ou un embaumement prématuré mais bien une fabrique et le laboratoire d’une œuvre en cours. Il se donne à lire comme un roman, aussi bien pour les lecteurs fidèles d’Echenoz que pour celles et ceux qui le découvrirait à travers lui. Autant de raisons d’interroger notre diacritique Johan Faerber sur la genèse de ce volume et ses coulisses, sur l’œuvre de Jean Echenoz et sous le signe du verbe recommencer.
C’est alors qu’il vient d’obtenir la licence en Arts et Sciences de la Communication qu’Yves Winkin quitte son pays pour les États-Unis où il passera quelques années. Il maîtrise déjà l’anglais ou plus justement l’américain et s’installe à Philadelphie qui est désormais devenu un centre important de l’étude des sciences humaines. Quelques-uns des meilleurs spécialistes du domaine résident sur le campus de l’université ou, le plus souvent, passent par la ville. Yves Winkin va se lier tantôt avec l’un et tantôt avec l’autre et il s’attachera très tôt à la personnalité d’Erving Goffman qui est tout ensemble ukrainien, juif et canadien. Ce Goffman deviendra peu à peu une vedette dans le milieu universitaire, se montrant tout à la fois attachant et déroutant. Paradoxal dans tous les cas.
Le roman de Lucie Taïeb commence par la phrase : « Dans sa tête loge une armée ». Celle-ci condense la logique du livre : livre mental, récit d’une psyché ; l’intérieur et l’extérieur se confondent, en tout cas communiquent ; la présence étrange d’une armée, d’une violence, d’un groupe contestataire apparaissant on ne sait pourquoi ni précisément comment. Le rêve, l’imaginaire, le fantasme, voire le fantastique structurent ce livre au profit d’une écriture où réel et fiction deviennent indiscernables.
Signe de la nécessité des comparatismes, quand ils ne sont pas aplatissement des singularités linguistiques et culturelles mais appel à à des croisements, si les littératures européennes s’inspirent de la littérature étasunienne, certains auteurs américains reviennent aux fondamentaux du roman européen des XIXe et XXe siècles. Non pas seulement du côté des fresques sociales ou familiales ou d’une tension productive du réel et de la fiction, mais dans une fascination soulignée pour le cycle romanesque. Dernier exemple en date : Jonathan Franzen dont les éditions de l’Olivier publient Crossroads, dans une traduction d’Olivier Deparis, et premier volume de ce qui sera sans doute une trilogie, A Key to All Mythologies — en référence au Middlemarch de George Eliot.
La rentrée a été bousculée par des morts qui se succèdent et des procès qui attendent (qui n’auront peut-être jamais lieu). Je cherche un point de contact entre Élisabeth II, Godard, PPDA, je ne trouve pas.
Le 5 juin 1985, Gwendolyn Ann Turnbough est assassinée par son ex-mari. Trente ans après ce crime, sa fille Natasha Trethewey revient sur ce moment qui a « disloqué » sa vie et profondément marqué son écriture sans qu’elle parvienne encore à affronter directement ce déchaînement de violence qui, au-delà du drame privé, concentre les failles et déchirures états-uniennes, de la question raciale aux féminicides en passant par les traumas militaires. Memorial Drive sort en poche, chez Points, dans une traduction remarquable de Céline Leroy qui rend les souffles et les failles, les déchirures comme les pulsions de vie de Natasha Trethewey, sa quête d’une vérité intime au-delà d’une forme de réparation.
« La créativité pure n’existe pas. Le plus original des textes s’affirme répétition ou au moins inscription neuve s’incrustant dans un déjà-là, page précédemment écrite et sur laquelle on décide d’écrire, sans effacer ce qui précède, ce qui lui délivre raison d’être ». Abdelwahab Meddeb, Talismano
Début septembre, dans ses choix pour la rentrée, pour l’Afrique, les Antilles et l’Amérique noire, RFI a sélectionné la réédition d’un classique de la littérature sénégalaise, Ô pays mon beau peuple, sous le titre, « Un classique, arraché à l’oubli (…), une initiative heureuse qui permet d’arracher à l’oubli un « père fondateur » talentueux qui a influencé des générations d’écrivains africains ».
Dans le cadre du festival « Ouvrez la parenthèse » à Saint-Brieuc, une table ronde a été organisée par Carine Chichereau autour de la traduction avec pour invités Eric Boury, traducteur de l’islandais, et Alain Gnaedig, auteur, éditeur et traducteur du danois, du norvégien et du suédois. Diacritik en a profité pour leur proposer cet entretien autour de leur pratique de la traduction.
La mort de Spirou. Pour un critique, ça sonne comme le titre d’une chronique acrimonieuse du nouvel opus des aventures du héros plus que septuagénaire de la maison Dupuis. Pour le lecteur, qu’il soit assidu ou peu au fait de l’histoire avec un grand G comme groom du personnage et de ses déclinaisons et auteurs successifs, c’est une promesse intrigante (et quelque peu effrayante).
On peut préférer les recueils de strips aux épais romans graphiques, c’est mon cas, même si je place assez haut ces “sommes” incontournables que sont, par exemple, L’Ascension du Haut Mal de David B ou… (il y en a bien d’autres, mais ne commençons pas à dresser des listes). La Revanche des bibliothécaires de Tom Gauld (Éditions 2024) et From Eggman to Eggman de José Parrondo (L’Association) ont en commun d’enrichir la longue histoire des formes brèves.
Après Tarnac, un acte préparatoire, paru en 2011, Le livre des cabanes (2015), Trouver ici (2018) et Denis Roche, éloge de la véhémence (2019), Jean-Marie Gleize, dans son dernier livre Dans le style de l’attente, met au centre la question du nom dans un ensemble poétique traversé par l’enfance et la mémoire. L’occasion d’un grand entretien de l’auteur avec Emmanuèle Jawad.
Avec Napalm dans le cœur, le jeune écrivain catalan Pol Guasch élabore un roman d’atmosphère, dystopique, étrange. Les identités, les logiques communes se dissolvent dans un récit qui produit du sens autant qu’il le suspend, l’empêche, l’ouvre à des possibilités qui demeurent des énigmes.