Prenez trois personnages, Moshe, Nana et Anjali. Un garçon, deux filles, trois possibilités. Celle du « ménage à trois » en particulier. C’est la trame, éculée (volontairement, essentiellement éculée), de Politique, le premier roman d’Adam Thirlwell, écrivain anglais, né à Londres en 1978, classé dans la liste des vingt meilleurs jeunes romanciers britanniques par la prestigieuse revue Granta, en 2003, pour ce livre.
Littérature
Dans une page de remerciements, à la fin de son premier roman, Tout ce qui est solide se dissout dans l’air, l’écrivain irlandais Darragh McKeon cite, parmi d’autres influences, Svetlana Alexievich et sa Supplication (Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse). Et la filiation entre les deux livres est en effet troublante, la réponse de la fiction à l’enquête, une forme de transfictionnalité avec le réel et le document comme point d’appui commun, le prolongement dans Tout ce qui est solide d’un dialogue ou de ces discours qui innervent La Supplication, « des bribes de conversation », pour dire non pas seulement une catastrophe technologique et écologique majeure mais des drames humains, intimes, l’histoire collective comme singulière d’un événement.
« Ce n’est pas une histoire sur le mariage mais sur la séparation, sur la tentative de briser la forme du mariage pour s’en libérer ».
Politique, culture générale, littérature, consommation. C’est la revue de presse du chutier.
La littérature serait-elle d’un bout à l’autre mensonge, imposture et mauvaise foi ? L’idée est dans l’air depuis Maurice Blanchot au moins. C’est qu’après tout, une fiction est une fiction, un montage d’artifices. Mais il n’y a pas que la fiction et, dans ses Confessions, Rousseau entendait être franc et vrai tout au long de son propos. Et pourtant il n’est pas malaisé de montrer que sa sincérité était largement suspecte.
Sacrifiant sa fierté sur l’autel de la mode des best of de fin d’année et pour clore 2015 sinon en beauté du moins sur une note plus légère que la revue de presse déprimante qu’il avait préparée à l’origine, Boris-Hubert Loyer vous présente aujourd’hui la somme des imbécillités, calembredaines et autres billevesées qui n’avaient pas trouvé place (ni grâce aux yeux de la rédaction en chef) dans les pages du journal : le chutier du Chutier 2015.
Gary Shteyngart est né en 1972. Et le quatrième livre qu’il publie, à 42 ans, n’est pas un roman mais prend, déjà, la forme des mémoires dont le titre pourrait être celui de l’un de ses précédents livres, Traité de savoir vivre à l’usage des jeunes russes, Absurdistan ou Super triste histoire d’amour. Mémoires d’un bon à rien est le récit d’une vie particulière comme d’une œuvre, un nouveau départ.
Pour ce dernier volet, Benoît Virot en quelques livres récents, des textes mais aussi des objets magnifiques, pensés comme des labyrinthes (dont la clé est donnée au lecteur). Et la révélation du (ou des) livre(s) dont il aurait aimé être l’éditeur.
Simenon et Maigret passent à table est un livre d’abord publié chez Robert Laffont (2003), depuis paru dans la collection « Petite Vermillon » de la Table Ronde (2013), signé par Robert Courtine qui tint, sous le nom de La Reynière et pendant quarante ans, la chronique gastronomique du Monde.
La littérature n’arrive jamais à temps. Inlassablement et comme malgré elle, elle ne cesse de temporiser l’Histoire, d’accuser sur elle et de lui faire accuser un retard qu’aucun temps ne saurait refaire et qui, au fur et à mesure, creuse un abîme à figure de faillite et d’effondrement où le Présent semble s’éloigner de lui-même, où, d’unique et indivisible, il finit par ne plus s’appartenir non plus que véritablement exister.
Je n’aime pas citer Céline, pas besoin de vous faire un dessin, mais Céline c’est aussi le Voyage, merde, c’est le Voyage quand même, et c’est c’est aussi cette phrase : « Dieu qu’ils étaient lourds » ! Je ne sais pas vous mais je crève de lourdeur, à feu petit, en ce moment, quelle pesanteur quand même, ou est la touche reset pour effacer l’année 2015 ?
En 1959, Raymond Queneau publiait Zazie dans le métro. Jane Sautière qui traverse rames et lignes dans Stations pour nous offrir des tranches de vie sociale, des éloges de la lecture et un voyage intérieur, pourrait être sa petite-fille contemporaine, une Zazie qui étend ses lignes à l’ensemble de nos transports en commun.
Jane Sautière publie Dressing, en 2013, troisième volet d’une œuvre aussi brève qu’elle est urgente, puzzle du réel qui nous entoure et nous constitue. Du monde des prisons à nos vêtements, en passant par le rapport à l’enfant, elle n’a de cesse d’exposer et interroger endroits et envers de nos existences.
Il y a quelques jours, répondant à la remarque d’un lecteur à propos de son texte De la frustration, Olivier Steiner a eu cette phrase, magnifique et qui pourrait, peut-être, dire la manière de Bohème : « Le seul élément fictif est le fait que je ne dis pas tout ».