L’année du singe est l’année du chaos : une forme de désordre envahit le monde – à moins que ce désordre ne soit l’état réel du monde ainsi révélé. Le désordre n’est pas ici la simple absence d’ordre, son opposé, il correspond à un effacement des limites habituelles qui servent à penser et à instaurer un certain ordre que l’on appelle d’ordinaire « réalité ». Le chaos qui traverse le livre de Patti Smith n’est-il pas une réalité plus profonde ? Les nouveaux rapports qui apparaissent entre les vivants et les morts, entre le rêve et la réalité, entre la pensée et le monde, ne sont-ils pas, plutôt qu’une négation de l’ordre du monde, la révélation de son chaos essentiel ?

Dans le cadre du festival « Ouvrez la parenthèse » à Saint-Brieuc, une table ronde a été organisée par Carine Chichereau autour de la traduction avec pour invités Eric Boury, traducteur de l’islandais, et Alain Gnaedig, auteur, éditeur et traducteur du danois, du norvégien et du suédois. Diacritik en a profité pour leur proposer cet entretien autour de leur pratique de la traduction.

Du 22 au 25 septembre, aura lieu à Vincennes la nouvelle édition du Festival America, manifestation littéraire consacrée aux auteur.e.s d’Amérique du Nord (États-Unis, Canada, Québec, mais aussi Mexique, Cuba, Haïti, Jamaïque, etc.). Le salon du livre qui se tient à l’occasion du festival rassemblera une trentaine de maisons d’édition françaises et étrangères. Le festival proposera cette année encore de nombreux rendez-vous, rencontres, débats, lectures, concerts, expositions, masterclass, etc.

Depuis plusieurs mois, déjà, je travaille sur les journaux ouvriers du XIXe siècle, ceux qui ont été écrits, publiés, imprimés, entre les deux révolutions, celle de 1830 et celle de 1848. Ce sont des gens qui ont combattu le despotisme avec une énergie hallucinante, en écrivant des poèmes, en écrivant des romans, en faisant de la critique, en construisant des barricades, aussi en portant des toasts révolutionnaires, car les repas pris en commun entre partisans étaient la seule occasion possible pour eux pour dire publiquement leur engagement.

Parmi toutes les tragédies actuelles, il en est une qui concerne directement la campagne des présidentielles, et qui tient à la surmédiatisation des idées de droite et d’extrême droite, au détriment des idées et propositions de gauche. Cette situation nous laisse plantés dans notre colère, privés de possible, sevrés d’avenir, au point que nous sommes comme poussés à ne plus voir qu’obscurité, désastre, effondrement terminal.

ESTRAGON. Endroit délicieux. (Il se retourne, avance jusqu’à la rampe, regarde vers le public.) Aspects riants. (Il se tourne vers Vladimir.) Allons-nous-en.
VLADIMIR. – On ne peut pas.
ESTRAGON. – Pourquoi ?

Autant le dire tout de suite : nous n’attendons rien de l’élection du président ou plus improbable de la présidente. Nous connaissons les règles de ce jeu et nous savons très bien que le jeu est pipé, depuis fort longtemps.

Masochisme ou irréflexion, j’ai décidé de revoir l’intégralité de The West Wing alors que la campagne présidentielle débutait en France. Pour ceux qui n’auraient jamais entendu parler de la série, rappelons que celle-ci couvre les deux mandats d’un président démocrate imaginaire, Jed Bartlet, interprété par Martin Sheen. The West Wing totalise sept saisons et 155 épisodes, où il n’est finalement question que de politique. Alors que la plupart des séries récentes carburent à l’action, à la violence et au sexe, la série d’Aaron Sorkin mise sur la parole, le dialogue, l’argumentation, la rhétorique au sens noble du terme – ce qui revient à dire qu’elle table aussi sur l’intelligence du spectateur.

À quelques semaines de l’élection présidentielle, Diacritik a sollicité autrices, écrivains et essayistes en leur adressant une seule mais terrible question : « Qu’attendez-vous de cette présidentielle ? ». Devant la confiscation manifeste du débat par la présidence, devant l’effondrement du débat public, peut-être était-il temps de relancer, de manière humble et modeste, une dynamique d’interrogations afin se demander ce qu’il advient, dans une France tenaillée par l’extrême droite, le néolibéralisme et l’épuisement de ce rendez-vous démocratique si sacralisé. Autant d’interventions au cœur desquelles résonne cette sentence de Leslie Kaplan à valeur de programme : « Il faut faire politiquement de la littérature et non de la littérature politique ».