Pourquoi Patrick Modiano parle-t-il tout le temps ou presque de « l’éternel retour », sans même jamais citer explicitement Nietzsche ou même Heidegger commentant Nietzsche sur son « Éternel Retour du Même », qui constitue le fondement et la philosophie de Nietzsche ? Jamais Modiano ne vous répondra vraiment (ni ses personnages), mais on a l’impression, chez lui, que les choses se répètent à l’infini – et qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil (comme le disait Hegel).

Ce qu’il aime par-dessus tout Georges Didi-Huberman, c’est la dialectique. Sa sensibilité et son intellect sont spontanément dialectiques. C’est-à-dire qu’il est capable de voir toute chose de l’autre côté, du point de vue de l’autre, comme il le dit lui-même de Jean Genet, dans ce nouveau livre qu’il intitule Formes d’émois, questions éthiques, troisième volume de sa série Faits d’affects, où il dit d’entrée de jeu, avec Freud : « La détresse initiale de l’être humain est la source originaire de tous les motifs moraux » – où il dit aussi, avec Genet, qu’on n’est pas artiste « sans qu’un grand malheur s’en soit mêlé ».

La mise en récit des faits divers attestés est décidément très particulière et le dernier livre d’Anne Plantagenet, En l’absence de corps, paru chez Julliard en cette rentrée littéraire 2026, l’illustre : il pourrait sembler périmé (Cédric Jubillar a, depuis, avoué les faits et dit où se trouve le corps de Delphine Aussaguel), il n’en est que plus percutant et indispensable, actuel.

Drôle de pistolet, ce monsieur Grall né en 1930 Landivisiau et mort en 1981 à Quimperlé. Et ça tombe bien : à l’heure des sempiternelles rentrées « littéraires » préfabriquées et des excommunications binaires témoignant d’une affligeante paupérisation des esprits, l’anthologie Je veux le ciel sans perdre la terre. Poèmes, articles, essais et romans. (1) ne pourra que raviver votre gout de la chose écrite.

Angie David nous dit que c’est « l’écrivain Beauvoir » qui l’intéresse, « avec ses contradictions et ses repentirs », au point de faire siens les propos tenus par le jeune Louis dans Les Mandarins : « On finit par oublier qu’il existe d’autres choses sur terre (…). Des choses qui s’appellent la beauté, la poésie, la vérité. Personne ne s’en soucie plus. »

Dérangeant. Oui, dérangeant. Le livre de Karine Dusfour nous confronte à quelque chose que nous avions organisé de telle sorte qu’il nous soit possible de n’en rien vouloir savoir. La psychanalyse  (encore elle) nous a appris depuis Freud que le refoulement ne porte pas sur une réalité inexistante, mais précisément sur ce qui, pour le sujet, insiste suffisamment pour devoir être tenu à distance. Lacan quant à lui, radicalisera ce paradoxe en montrant qu’un savoir peut parfaitement être là sans être assumé par celui qui le porte. Le sujet sait, mais ne veut rien savoir de ce savoir. Etonnant n’est-ce pas ?