Simenon et Maigret passent à table est un livre d’abord publié chez Robert Laffont (2003), depuis paru dans la collection « Petite Vermillon » de la Table Ronde (2013), signé par Robert Courtine qui tint, sous le nom de La Reynière et pendant quarante ans, la chronique gastronomique du Monde.
Littérature
La littérature n’arrive jamais à temps. Inlassablement et comme malgré elle, elle ne cesse de temporiser l’Histoire, d’accuser sur elle et de lui faire accuser un retard qu’aucun temps ne saurait refaire et qui, au fur et à mesure, creuse un abîme à figure de faillite et d’effondrement où le Présent semble s’éloigner de lui-même, où, d’unique et indivisible, il finit par ne plus s’appartenir non plus que véritablement exister.
Je n’aime pas citer Céline, pas besoin de vous faire un dessin, mais Céline c’est aussi le Voyage, merde, c’est le Voyage quand même, et c’est c’est aussi cette phrase : « Dieu qu’ils étaient lourds » ! Je ne sais pas vous mais je crève de lourdeur, à feu petit, en ce moment, quelle pesanteur quand même, ou est la touche reset pour effacer l’année 2015 ?
En 1959, Raymond Queneau publiait Zazie dans le métro. Jane Sautière qui traverse rames et lignes dans Stations pour nous offrir des tranches de vie sociale, des éloges de la lecture et un voyage intérieur, pourrait être sa petite-fille contemporaine, une Zazie qui étend ses lignes à l’ensemble de nos transports en commun.
Jane Sautière publie Dressing, en 2013, troisième volet d’une œuvre aussi brève qu’elle est urgente, puzzle du réel qui nous entoure et nous constitue. Du monde des prisons à nos vêtements, en passant par le rapport à l’enfant, elle n’a de cesse d’exposer et interroger endroits et envers de nos existences.
Il y a quelques jours, répondant à la remarque d’un lecteur à propos de son texte De la frustration, Olivier Steiner a eu cette phrase, magnifique et qui pourrait, peut-être, dire la manière de Bohème : « Le seul élément fictif est le fait que je ne dis pas tout ».
Le risque d’oublier est fort lorsque, dans l’échelle des atrocités commises au fil de l’Histoire, la mémoire des uns, minoritaires, est mise en retrait. Il faut reconnaître qu’en plus d’être une poudrière, le puzzle géographique balkanique échappe souvent à la connaissance et à la compréhension.
Les éditions La ville brûle font un travail formidable et engagé depuis plusieurs années. Une collection pour les enfants « Jamais trop tôt » (pour lutter contre les stéréotypes) porte haut et fort cet engagement et propose des albums qui ne tournent pas autour du pot.
Qu’est-ce qu’inventer en littérature ? C’est la question que pose Jean-Pierre Bertrand dans un volume de la prestigieuse collection Poétique. Cette question n’est en rien oiseuse même si, à première vue, on peut trouver de l’imagination inventive dans toute œuvre littéraire qui n’est pas d’imitation.
On se réjouit de voir Christine Angot couronnée par ce prix Décembre (ex-Novembre) qui lui va comme un gant. Prix un peu en retrait, prix loin des flonflons ordinaires de la petite cuisine littéraire, prix que lui ont attribué Adler, Bergé, Savigneau et autres Sollers. Prix avec une touche de mélancolie hivernale et une consonance festive.
Sport, littérature, réseaux sociaux. La revue de presse du chutier du matin.
Hédi Kaddour vient de publier un « roman-monde », Les Prépondérants, chez Gallimard. Il est un auteur rare, de ceux qui laissent infuser les textes en eux, et offrent à leurs lecteurs de petites merveilles ciselées, éminemment politiques sous le souffle de l’aventure et du romanesque. Dans son dernier roman, entre autres livres en filigrane, nombre d’échos à l’univers romanesque et journalistique de Stendhal, des Marginalia au Rouge et le Noir, en passant par Lucien Leuwen. L’occasion pour Diacritik de sortir des sentiers battus et de proposer à Hédi Kaddour une « interview Stendhal » à laquelle il a bien voulu se prêter mais, qu’avec sa bienveillante malice coutumière, il a transformée en interview… Starsky et Hutch.
Dans ses crépusculaires et si flamboyants Petits Traités, Pascal Quignard, luttant contre la modernité en entonnant son contrechant féroce, lance combien dans ses récits, le langage se retire de sa phrase, combien l’image s’y déploie comme la force fabuleuse et noire, et combien dire la Littérature, c’est comprendre que « l’image coupe l’herbe sous le pied du langage ». Immanquablement un tel aphorisme, qui défie image et langage d’un même geste, hante de son intempérance sans retour l’un des livres les plus remarquables de cette rentrée littéraire sinon de l’année, splendeur encore trop peu mise en lumière : l’incandescent premier roman de Christophe Manon, Extrêmes et lumineux paru chez Verdier.