« Les intellectuels ne se promènent pas torse nu, ils meublent leur appartement avec soin et se battent pour le pouvoir ; lui semblait flotter comme un ange à l’intérieur du monde des idées. » Tout Yannick Haenel se tient dans cette description du Trésorier-payeur, le prodigieux personnage qui donne son titre à un roman qui transcende la rentrée littéraire.
Gallimard
Quelquefois les citations que l’on trouve dans les emballages des papillotes ont raison : d’un grand chagrin peut naître un bonheur durable. Dans le cas de Jennifer Kerner, ce bonheur consiste à participer à des fouilles dans le monde entier afin d’étudier des cadavres. Cela peut paraître étrange…
Jusqu’au 27 mai 2024, un musée consacre à Jacques Lacan, figure intellectuelle majeure du XXe siècle, sa première exposition, par le prisme lumineux de l’art. Plus de quarante ans après la mort du psychanalyste et grand théoricien de la pensée et pour la première fois en France, le centre Pompidou Metz accueille des chefs d’œuvres et des créations plus contemporaines qui ont marqué l’histoire de l’art du XVIe siècle à aujourd’hui.
Oui, Ocean Vuong, le temps est une mère, le temps est une Rose, le temps est ta Rose, le temps est notre Rose, merci pour tes livres à elle dédiés, à ta Rose dédiés, à ta mère, Lê Kim Hong, « appelée de l’avant », dédiés, merci pour ton bref instant de splendeur, ta lettre adressée à elle, par- delà l’absence, merci pour nous avoir appris que le temps est une mère,
Une formule liminaire donne le ton, grandiose, du nouveau recueil de poésie d’Ocean Vuong : « Il était seul dans le jardin, si noir / que la nuit bleuissait autour de lui ».
Il s’agirait d’une sorte de journal qui ne serait pas un journal. D’une sorte d’autobiographie dans laquelle le mouvement réflexif n’atteindrait jamais le centre où est supposé se trouver ou se constituer le Je – mouvement qui repartirait toujours vers d’autres directions, comme spiralaire, sans fin. Il s’agirait de l’Histoire mais prise dans les spirales d’un temps décloisonné. Il s’agirait d’un Je rhizomatique, arborescent, pluriel. Il s’agit d’un livre d’Hélène Cixous, c’est-à-dire d’un météore étrange, errant.
Marguerite Duras avait-elle les yeux verts ou bleus ? Jean Vallier, son meilleur biographe, les a vus verts. Pour Colette Fellous, qui la rencontra à maintes reprises dans les vingt dernières années de sa vie, ils étaient évidemment bleus, « bleus et purs » tels qu’elle les a gravés dans sa mémoire avec « la beauté de son visage, son air unique et souverain de Marguerite D. ».
Et si la particularité des grandes œuvres féministes était leur grande capacité à être oubliées et ignorées – pour finalement ressurgir des années plus tard, intactes, neuves, préservées et toujours aussi détonantes ? Comme si le destin de ces œuvres devait forcément s’accommoder d’une période de purgatoire, nécessaire à leur acceptation sociale – comme s’il leur était impossible d’être reçues par une société en retard sur ce qu’elles avancent. La réédition du livre de Joanna Russ paru en 1975 (L’Autre Moitié de l’homme, The Female Man, Robert Laffont) sous le titre L’Humanité-femme dans une traduction révisée aux éditions Mnémos permet de réparer cette lacune.
Est-il « loisible à un être humain de posséder la vérité dans une âme et un corps » ? La bibliothèque de la Pléiade des éditions Gallimard, qui propose un volume sous étui spécial à l’occasion du 150ème anniversaire de la publication d’Une saison en enfer, répond positivement, texte sur table, à cette opération rimbaldienne. Exercice de plongée dans l’onde temporelle ouverte par un classique absolu.
La vie numérique est-elle un supplément d’âme ou le corps du délit ? À cette question, Lucie Rico apportait l’an dernier une réponse marquante avec GPS. Avec Anna partout, Chloé Ronsin Le Mat signe un premier roman qui complète cette interrogation tout en fourmillant de nouvelles pistes, vraies ou fausses, à l’image des possibilités sans cesse changeantes de l’identité en ligne. Son écriture originale, la radicalité de son approche, offrent un modèle de cohérence entre fond et forme d’une matière littéraire.
Un homme face à son jardin : la terre qu’il travaille, les outils qu’il use, la sueur des muscles, l’énergie dépensée de l’effort, et les ciels chaque jour différents qui le regardent ouvrager le sol dans l’espoir d’y voir naitre quelque chose – et dans les lointains, la plaine écrasée et sa ligne d’horizon comme seul point de fuite.
Il n’y a rien en dehors de l’ordinaire des situations. Le dehors, l’extra-ordinaire tout autant, relèvent sans aucun doute du plan le plus quotidien dans sa manière de nous faire signe : plan de vacuité, troué par des événements qui ne sont pas davantage des élévations. C’est « ici et maintenant » que la philosophie prend son départ. De sorte qu’il ne sera pas même question de principes dérobés, nichés dans le retrait du fond, couverts sous des apparences tant décriées comme si ne se jouait rien d’essentiel à la surface des choses et que seul l’ordre du temps permettait d’en relever enfin le cours.
Centré sur le Cameroun d’hier et d’aujourd’hui, Les jours viennent et passent (2019) est le cinquième roman d’Hemley Boum. Romancière francophone camerounaise née à Douala en 1973, Hemley Boum remporte le prix Ahmadou Kourouma en 2020, quatre ans après l’obtention du Grand prix littéraire d’Afrique noire avec son roman Les Maquisards. Dans Les jours viennent et passent, la romancière propose la synthèse originale de faits historiques avec le parcours de vie de divers personnages fictionnels. Tel les poupées russes, Les jours viennent et passent est un roman polyphonique qui voit le portrait et le récit de la vie de divers personnages évoluer autour d’un personnage principal, Anna.
La pensée de Martin Heidegger (1889-1976) insiste singulièrement dans le paysage philosophique et intellectuel. Les éditions Gallimard poursuivent leur publication régulière de ses œuvres – plus d’une centaine, toujours en cours de traduction en France – avec L’histoire de l’estre, un double traité d’aphorismes et de pensées, rédigé entre 1938 et 1940. Nous avons souhaité aller au plus près du texte dans un grand entretien avec le professeur émérite Pascal David, traducteur historique de Heidegger, qui a travaillé sur cet ouvrage.
Le cours de poétique donné au Collège de France par le grand poète et penseur Paul Valéry fait partie de ces œuvres volontiers évoquées par les uns et les autres alors même que nous ne pouvons pas les lire et en vérifier le contenu. En dépit de son absence, ce cours est donc éminemment présent dans notre imaginaire de lecteur et participe pleinement de l’image que nous nous faisons de la littérature. Et c’est sur la foi des deux seuls textes publiés de son vivant par l’écrivain que la critique et les auteurs s’y réfèrent : « De l’enseignement de la poétique au Collège de France » – qui était le programme d’enseignement que Valéry avait distribué aux professeurs du Collège pour présenter son projet et sa candidature ; la « Première leçon du cours de poétique », qui reprenait le contenu de sa leçon inaugurale. Comblant un important vide éditorial, William Marx, spécialiste de Valéry et lui-même professeur au Collège de France, a mené l’enquête pour reconstituer ce chef-d’œuvre de la pensée du XXe siècle dont il publie chez Gallimard une édition critique en deux volumes.