Comme ils l’avaient fait pour les précédentes publications de la correspondance de Marguerite Yourcenar, les responsables de l’édition choisissent comme titre de ce volume une citation de Yourcenar elle-même. « Le Pendant des Mémoires d’Hadrien et leur entier contraire ». Avec Une volonté sans fléchissement, 1957-1960 (2007) et Persévérer dans l’être, 1961-1963 (2011) il s’agissait d’extraits qui correspondaient à sa philosophie de la vie.

« Il n’y a rien d’inhumain dans une ville, sinon notre propre humanité » avançait Georges Perec dans Espèces d’espaces au cœur d’un questionnement plus inquiet qu’amusé sur l’espace urbain dont nous sommes faits. Nul doute que cette condition urbaine, ontologie profonde d’une modernité qui continue à se croire modernité, innerve avec force le beau et singulier nouveau roman d’Agnès Riva, Ville nouvelle qui vient de paraître à L’Arbalète chez Gallimard.

La correspondance privée des écrivains a mauvaise presse, tant auprès des éditeurs qui la considèrent, en général, comme peu rentable commercialement, qu’aux yeux du grand public qui n’y voit, au mieux qu’un intérêt anecdotique très relatif, au pire comme une sorte de voyeurisme douteux.

Il y a des lectures qui touchent plus que d’autres sans que l’on puisse réellement en expliquer les raisons. Il y a des mots qui s’engouffrent dans ce qu’il y a de plus profond en nous, dans cet intérieur dont il faut ouvrir la porte pour retrouver ce monde connu qui nous échappe tant nous l’avons oublié pour mieux nous en défendre ou nous en cacher.

Il est bien que la reprise des « romans et nouvelles » de J.-K. Huysmans en Pléiade soit accompagnée d’un avant-coureur en Poésie/Gallimard rééditant les poèmes en prose de l’écrivain (Le Drageoir aux épices et Croquis parisiens). Car c’est par cette porte-là de la poésie sans versification qu’a pénétré le jeune Huysmans dans le champ littéraire, donc par l’oblique d’un genre tout nouvellement inventé. Nous sommes en 1874.

« Un homme se fixe la tâche de dessiner le monde », écrivait Borges : année après année, il multiplie les images, avant de découvrir, au seuil de sa mort, que « ce patient labyrinthe de lignes » a fini par dessiner son visage. Cet homme qu’imagine Borges dans El Hacedor, c’est Olivier Rolin écrivant Extérieur monde, depuis cette citation en épigraphe, composant son autoportrait via un arpentage de espaces autant géographiques qu’intérieurs, un désir du monde et de ses lieux, « un voyage à travers mes voyages », écrit Rolin en quatrième de couverture, « un atlas subjectif ».

« De retour à son palais, Shâhriyâr fit décapiter son épouse, ses servantes et ses esclaves.
Il combla son frère Shâh Zamân de cadeaux et de richesses de toutes sortes et le renvoya à Samarcande. Il se mit alors chaque jour à épouser une jeune fille, enfant de prince, de chef d’armée, de commerçant ou de gens du peuple, à la déflorer et à l’exécuter la nuit même. Il pensait qu’il n’y avait pas sur terre une seule femme vertueuse ».

(Les Mille et une nuits, Pléiade, Tome I, traduction Bencheikh-Miquel)

Le viol comme sanction d’une déviance féminine est inscrit depuis longtemps dans nos imaginaires : les contes, qu’ils soient d’Orient ou d’Occident, habituent auditeurs.auditrices, lecteurs.lectrices à considérer somme toute comme normale ou du moins inévitable cette « sanction » contre les femmes, êtres immatures qu’on doit dominer et, si possible, éduquer !