Il ne faut pas croire que La Guerre éternelle d’Olivier Rolin, malgré son sous-titre, ne parle que de Troie. C’est bien d’une permanence de la guerre, d’une certaine conception de la guerre et de l’Histoire que traite ce livre, comme le souligne l’exergue emprunté à Walter Benjamin, rappelant que l’ange de l’histoire, tourné vers le passé, ne voit « qu’une seule et unique catastrophe ». Troie est l’autre nom de cette guerre éternelle à laquelle les hommes se livrent et, plus surprenant, l’autre nom de l’amour.

Philippe Sollers (1936-2023) aimait de nombreux peintres (et beaucoup Picasso) – « mais aucun ne m’émeut autant, sans raison, que Cézanne » disait-il dans Le Paradis de Cézanne, qu’il avait publié en 1995 aux éditions Gallimard, et qui reparaît aujourd’hui, alors que l’exposition « Cézanne et nous » a ouvert ses portes au Grand Palais, à Paris, jusqu’au 17 janvier prochain.

Pourquoi Patrick Modiano parle-t-il tout le temps ou presque de « l’éternel retour », sans même jamais citer explicitement Nietzsche ou même Heidegger commentant Nietzsche sur son « Éternel Retour du Même », qui constitue le fondement et la philosophie de Nietzsche ? Jamais Modiano ne vous répondra vraiment (ni ses personnages), mais on a l’impression, chez lui, que les choses se répètent à l’infini – et qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil (comme le disait Hegel).

Siri Hustvedt nous confie, avec Ghost Stories, un livre du deuil, après la mort de Paul Auster en avril 2024, Paul Auster, son compagnon de vie et d’écriture durant quarante-trois ans. Comment demeurer vivante, comment écrire encore alors que le « Paul et moi » a disparu, qu’à la douleur de la femme s’ajoute le vertige de désormais écrire sans lui ? Ghost Stories est cette survie, un livre bouleversant, incandescent, une forme d’œuvre commune, qui poursuit un dialogue littéraire que la mort elle-même ne peut interrompre.

À une époque où le mot littérature se réduit souvent à l’idée hégémonique de roman, il n’est pas désagréable de se souvenir de l’emploi mémoriel et vital que la littérature a eu en des temps paniques – ainsi que l’illustre l’œuvre haute, première, essentielle de Nadejda Mandelstam, alors que paraît au Bruit du Temps l’édition du Troisième livre.

Deux livres de Forough Farrokhzâd viennent de paraître simultanément dans une nouvelle traduction : l’un rassemble des textes en prose (principalement des lettres, avec des nouvelles, un récit de voyage en Europe, le scénario de la Maison est noire, quelques articles et des entretiens) ; l’autre, l’œuvre poétique complète, qui comprend cinq recueils, La Prisonnière (1954), Le Mur (1955), Rébellion (1956), Une autre naissance (1964) et Croyons à l’approche de la saison froide (posthume).

Il y a aujourd’hui exactement 50 ans que Martin Heidegger a disparu et force est de constater que le grand philosophe du XXème siècle, né en 1889, ne fait à cette occasion l’objet d’aucun hommage ou commémoration en France, sa réputation étant sans aucun doute lestée par le poids des régulières publications accusatrices. Pourtant : « Ceux dont on ne dit plus le moindre mot, ceux que l’on prétend avoir réfutés exercent leur effet avec le plus de force — ils jettent même dans une constante inquiétude ceux qui ne leur ‘’tiennent tête’’ qu’en les évitant. »

Mathilde Girard, cinéaste, écrivaine et psychanalyste, se consacre à Adrien Borel (1886-1966) psychiatre et psychanalyste français, analyste de George Bataille, dans un roman mêlant histoire, psychanalyse et littérature, où jaillissent les mots des grands acteurs intellectuels des années 30. On entre chez Borel et on écoute George Bataille, on saisit les mouvements de Michel Leiris et la puissance de Colette Peignot. Elle nous a accordé un grand entretien à l’occasion de la sortie de ce cinquième volume de la collection Aventures dirigée par Yannick Haenel chez Gallimard.

En 1972, Michel Foucault, titulaire de la chaire Histoire des systèmes de pensées, chaire créée en novembre 1969 sur proposition de Jules Vuillemin, propose un séminaire Théories et institutions pénales. Il s’agit à la fois d’un préliminaire à l’étude des institutions pénales dans la société française du XIXème siècle et d’un projet plus vaste : celui d’étudier les formes de ce que Michel Foucault appelle le « pouvoir-savoir ».

« Qu’on se le dise : Histoires de Samora Mâchel est un des rares livres où le lecteur ne pourra relever aucune faute d’orthographe », comme le soulignent malicieusement ses éditeurs Guillaume Fau, Gérard Nguyen Van Khan et Briec Philippon dans les différents textes d’introduction qu’ils ont concoctés pour ouvrir ce livre d’une nouveauté « indépassable et indépassée » – qui « a été écrit, plus que par un écrivain, par un conteur dont la vie s’est confondue avec la quête insatiable d’une éloquence soucieuse de rythmes, de cadences, d’harmonies, de sonorités ».

Le prix Nobel de littérature 2008 Jean-Marie Gustave Le Clézio est un grand amoureux du Mexique, sur lequel il a beaucoup écrit, où il vit une partie de l’année et où il a d’ailleurs été décoré en 2010 de l’ordre de l’Aigle aztèque. Celui qui parle volontiers des oiseaux du Mexique, comme par exemple des tordos (en français, les étourneaux, les passereaux) nous parle encore dans Trois Mexique du ciel mexicain et au-delà, du carnaval des paradoxes de ce grand pays de littérature.

« Henri Michaux est assis chez lui dans un fauteuil à motifs floraux près de la cheminée » écrit Muriel Pic qui plante le décor. Muriel Pic qui récemment nous avait parlé aussi de L’Herbier de prison de Rosa Luxemburg, publié aux éditions Héros-Limite, tandis qu’aujourd’hui elle nous parle du « héros cérébral » Henri Michaux, l’auteur de L’Espace du dedans, de L’Infini turbulent, de Misérable miracle.