Recommencer la psychanalyse par le féminisme en général, après #MeToo en particulier, avec deux guides au compagnonnage singulier : Jacques Lacan et Valerie Solanas – voici la tâche que se sont joyeusement assignée la psychanalyste Silvia Lippi et le philosophe Patrice Maniglier dans leur ouvrage Sœurs, pour une psychanalyse féministe. Rencontre et entretien.

Quand une œuvre ou un artiste me plaît, je constate souvent un effet de réminiscence, de déjà-vu, déjà-entendu. Il y a eu quelque chose ou quelqu’un AVANT : avant Kurt Cobain, Neil Young. J’ai aimé Kurt mais Neil deux fois plus. Plus chevrotant dans les aigus, Kurt vient seulement APRÈS, après Neil Young (est-ce désolant ?). Une chose agréable n’est jamais entièrement autonome, la chose en soi n’existant pas, il y a toujours eu une chose un peu plus forte AVANT le présent de mon écoute distraite. La preuve, avant les New York Dolls, le VELVET, avant Beethoven, Mozart, etc., et tout ce que vous voulez, cela se discute, oui.

À plusieurs reprises, on peut lire dans le premier volume du roman-fleuve qui retrace l’ascension politique de Benito Mussolini, M. L’Enfant du siècle, une description singulière des communistes italiens des années 1920. Depuis le point de vue des fascistes, en effet, les ouvriers (et, dans l’extrait suivant, les paysans de Bologne) semblent moins engagés pour des idées politiques — ni même reliés voire endoctrinés par une idéologie — qu’ensorcelés par « l’habituelle exhortation en direction de la foule, l’habituel mot magique “révolution’’. »*

Avec Pasolini, corps vu – corps nu, paru pour le centenaire de Pasolini, Justine Rabat explore la question de la représentation des corps au cinéma. S’appuyant sur la Trilogie de la vie, composée du Décaméron, des Contes de Canterbury et des Mille et Une Nuits, mais aussi sur Salò ou les 120 Journées de Sodome, l’essayiste scrute l’œuvre pasolinienne et en tire une analyse des rapports de pouvoir qui est autant une relecture du passé qu’une critique radicale du néolibéralisme. Cet entretien revient ainsi sur un cinéma iconoclaste dont la puissance de perturbation continue de mettre en crise notre présent et d’interroger la place qu’il accorde aux marges.

Au commencement de son nouveau spectacle, Angélica Liddell lance un défi au public. Depuis une liminale parabole biblique, elle annonce que la capacité de pardonner doit être infinie, non comptable. Là où l’apôtre Pierre pensait être généreux en tentant de pardonner sept fois à celui qui lui aurait fait du mal, Jésus propose une démultiplication du possible et Angélica, plus ambitieuse encore, tente avec nous l’expérience du pardon absolu.

Dernier acteur encore en activité de l’âge d’or du cinéma italien, Marco Bellocchio est touché par la grâce depuis le début des années 2000 et ce chef d’œuvre « Le sourire de ma mère ». On a peine à citer un autre cinéaste qui enchaine depuis 20 ans les grands films, voire les chefs d’œuvres (n’ayons pas peur des mots quand ils sont les bons). Avec « L’enlèvement », le cinéaste signe une nouvelle fresque intimiste qui, en racontant l’histoire incroyable d’une injustice au XIXème siècle, nous parle, dans la grande tradition du cinéma italien, de notre XXIème siècle menacé de nous faire replonger dans l’obscurantisme.

Lobstination peut être contagieuse. Près de soixante ans après la mort de Spicer (le 16 août 1965), la Maison de Jack n’en finit pas de se bâtir. Nous l’habitons, sinon en poètes, disons en curieux – en fureteurs jamais en repos. Quand le domaine est entretenu avec élégance – c’est souvent le cas quand on se déplace à l’écart des grandes voies –, on ne peut que s’y sentir à l’aise.

Depuis le 7 octobre et jusqu’au 7 janvier 2024, dans la Région des Hauts-de-France, se tient l’une des plus riches et des plus stimulantes expositions jamais conçues sur Claude Simon. Conçu par Mireille Calle-Gruber qui en assure le commissariat scientifique, ce Claude Simon « sur la route de Flandres, peintre et écrivain » ne se présente pas seulement comme une mais trois expositions : un triptyque en forme de parcours dans les aspects majeurs mais souvent méconnus du prix Nobel de littérature. Grand entretien  avec la conceptrice, Mireille Calle-Gruber, .

Jørn H. Sværen est un auteur, éditeur et traducteur norvégien. Il a dirigé la maison d’édition H Press et dirige actuellement England Forlag. Il a édité Den engelske kanal, une revue annuelle dédiée à la poésie contemporaine scandinave et internationale en traduction. Figure reconnue de la poésie norvégienne contemporaine, il est aussi le traducteur en particulier d’Emmanuel Hocquard et de Claude Royet-Journoud.

À travers ses trois ouvrages – Photocall, projet d’attendrissement (Petits Matins, 2021), Récupérer (Petits matins, 2015), La langue du garçon (Al Dante / Presses du réel, 2023) – y-a-t-il un rêve de livre unique ? À l’occasion de la parution de La langue du garçon, entretien avec Vincent Broqua.

Dans le récit d’Adrien Girault, les mots forment une surface qui laisse passer un silence, des choses non dites, non articulées par un langage qui les exposerait en plein jour. Le livre est fait de ce rapport entre la surface et ce qui existe au-dessous, ce qui s’agite sous cette surface et y produit des ondes, des remous – des signes qui cachent autant qu’ils font pressentir une obscurité, des ombres.

À l’occasion de la réédition, aux éditions Gospel, des Carnets de l’Underground, centrés désormais sur les seuls textes de Gabriel Cholette, retour sur cette œuvre remarquable de la littérature LGBT+ actuelle, au style épuré et intense (paru initialement aux éditions Triptyque et illustrée par Jacob Pyne).

« Elle ajuste la position de sa capuche. Ses bracelets tintent. Pour qui les porte-t-elle, se pare-t-elle aussi quand elle est seule ? Je ne lui ai pas connu de relation. Je suis avide de savoir si elle aime, si elle est aimée, mais je ne sais pas parler d’amour et tout ce que j’ose lui demander c’est :
-Tu ne t’ennuies pas trop à Périgueux ? » (Le Vieil Incendie).

À trente ans, en Suisse romande, maintenant en France, et pas seulement au sein de l’espace francophone puisqu’un National Book Award lui a été attribué en 2021, Elisa Shua Dusapin connaît le succès. Son quatrième roman, Le Vieil Incendie est salué par toute la presse française, depuis Le Figaro jusqu’à L’Humanité, en passant par le feuilleton littéraire de Tiphaine Samoyault dans Le Monde (déjà, en 2020, dans ces mêmes colonnes, Camille Laurens n’avait pas tari d’éloges pour Vladivostok Circus).