Après une semaine de pause, vingt-cinquième constellation de l’année, avec cinq (ou neuf) livres (tout dépend comment on compte) dont la pagination n’est pas excessive : lus dans les intervalles du travail, parfois à la maison, parfois dehors (en particulier dans les transports) – le bonheur étant de s’installer dans un dedans du dehors : une véranda par exemple, où Internet serait coupé (comme dans le troisième Conte du hasard de Ryusuke Hamaguchi).

1.

“Les curieux nous visitent encore de loin en loin. À travers les grilles hérissées de flèches à pointes d’or, ils glissent leurs appareils pour immortaliser la façade jaune et lisse. Du petit salon, nous les observons se recueillir, échanger sourires et larmes devant la dernière demeure d’une gloire nationale, figure du patrimoine français.”

Il y a quelque temps Pierre Vinclair avait franchi, pas à pas, la longue terre désolée d’un fameux poème de T. S. Eliot (Terre Inculte. Penser dans l’illisible, 2018). Le voilà qui reprend son sac de sherpa pour gravir un autre Everest : John Ashbery et son Autoportrait dans un miroir convexe, très long poème écrit par le poète états-unien Ashbery (1927-2017) en écho, en mémoire, en miroir de la toile éponyme du peintre italien Le Parmesan (1503-1540).

Chère Fabienne,

J’ai lu Ce qui reste de nous hier et, voyant que le livre allumait plusieurs voyants dans ma petite table de contrôle mentale, j’ai pensé à écrire une recension (c’est ce que je fais en général quand ça s’allume). Si pourtant je ne le fais pas, c’est non seulement parce que  le risque d’un soupçon de connivence et de copinage serait trop élevé, mais aussi et surtout parce qu’il serait parfaitement justifié :

Pierre Vinclair, né en 1982, est l’auteur de dix-sept livres (depuis 2007 et L’Armée des chenilles, un premier roman publié chez Gallimard) auxquels doivent être ajoutées un certain nombre de traductions — notamment Kojiki (Japon) en 2012 et Shijing (Chine) en 2019 au Corridor bleu. Il publie ce 4 juin chez Corti deux livres importants : La Sauvagerie, dans la collection “Biophilia” – “une épopée totale concernant l’enjeu le plus brûlant de notre époque : la crise écologique, la destruction massive des écosystèmes” ; et agir non agir, dans la collection “En lisant en écrivant” – un essai où, constatant que “la part sauvage décroit sur Terre à grande vitesse”, il s’interroge sur ce “que peut faire alors un poète en tant que poète ?”, étant donné qu’“au même titre que quiconque, le poète se sent pressé d’agir.”

En terre chinoise, il y a près de trois millénaires, la reine Fu Hao avait emporté dans son tombeau quelques laquais sacrifiés et des centaines d’effigies de bronze. Cette foule ensevelie devait la servir dans l’au-delà pour rejouer le monde des vivants. Peut-être un simple exemplaire du Shijing aurait-il pu remplacer ces rituels tant il constitue un condensé de la vie antique.