Artiste nomade, Maral Bolouri quitte l’Iran post-révolutionnaire à l’âge de 26 ans pour la Malaisie puis s’installe au Kenya. En 2017, elle y remporte le prestigieux prix sud-africain Absa L’Atelier, en 2017, associé à une résidence à la Cité internationale des arts à Paris. La France l’a choisie, dit-elle. Elle s’y installe et obtient son permis de séjour.

Disons-le sans attendre : Romain Huët signe avec De si violentes fatigues un très grand livre. Après le remarquable Vertige de l’émeute qui se concentrait sur les cortèges de tête en manifestation, Huët poursuit un peu plus avant la sociologie charnelle de nos temps déchirés d’impuissance et de panique mêlées en choisissant de s’intéresser à ceux que la société nomme les épuisés, les malheureux et les fatigués. Loin d’en faire une victime amorphe, l’essayiste lit la figue de l’épuisé comme le stade premier d’une révolte qui engage la société dans un nouveau devenir politique dont elle doit se saisir. Autant de perspectives sociales que Diacritik ne pouvait manquer d’aller creuser avec son auteur le temps d’un grand entretien.

« Et de la sorte le travail, le projet, prend forme peu à peu, se diversifie, croit, mais pas de façon linéaire. C’est comme un roman, pour que vous me compreniez, qui ne commence pas par le commencement. En fait, c’est un roman qui, comme tout roman d’ailleurs, ne commence pas dans le roman, dans l’objet livre qui le contient, vous comprenez ?

Encore un Marvel ! Nouvelle série de l’Univers Cinématique, le premier épisode de Loki a été diffusé mercredi 9 juin sur Disney+ et posé les bases d’une intrigue en six épisodes qui mettent en vedette le dieu de la malice et convoque des gardiens du temps et la théorie des multivers dans une mise en scène tragi-comique qui fait la part belle à une iconographie sixties.

« De bressanone au défilé de brenner la distance est si courte que la caravane n’aura sûrement pas le temps de s’éparpiller. Ni le temps ni la distance nécessaires. Ce qui signifie que nous nous heurterons de nouveau au même défi moral qu’auparavant, celui du col d’isarco, à savoir, nous faudra-t-il avancer de conserve ou séparément.

Nikita Mandryka nous a quittés, hier. Il était un des derniers “grands” de la bande dessinée française à continuer vaille que vaille, de manière presque clandestine, son chemin. Personnalité marquante de sa génération, associée à Claire Bretécher et Marcel Gotlib, ses complices de l’Écho des Savanes, première mouture, il était le “singulier” de la bande, le seul à pouvoir citer dans la même phrase Jacques Lacan et Placid et Muzo.

Que disent pourcentages et chiffres de nos vies matérielles et intérieures ? en quoi serions-nous quantifiables ou mesurables ? Ce sont les questions que se pose d’abord Yves Pagès face aux chiffres et pourcentages glanés « à tout hasard » dans un carnet pendant des années. Le « vertigineux inventaire » met en coupe nos profils et recense nos faits, gestes et opinions. Où trouver le « je » dans ce « nous » voire « ils » ou « elles » ? Il s’agit alors pour l’écrivain d’interpréter donc de traquer ce qui ne se dit pas dans le général, de soustraire les données brutes aux fausses évidences pour trouver une singularité formelle dans le tourbillon des stats, l’être sous l’avoir, le récit sous la norme chiffrée : il était une fois sur cent, donc.

La France est une fois de plus en retard. Une fois de plus, elle n’a pas encore bien compris ce que, avec discrétion et grâce, Mahmood accomplit musicalement depuis bientôt trois ans sur le territoire à la fois si vaste et si saturé de la pop. Une fois de plus, la France n’a pas encore compris l’ampleur du phénomène Mahmood. Car si, politiquement et artistiquement, l’Italie est depuis la Renaissance, pour le meilleur et pour le pire, le laboratoire de l’Europe, Mahmood n’échappe pas, pour le meilleur, à ce postulat, notamment depuis la sortie, vendredi, de son deuxième album, le formidable Ghettolimpo.