L’épidémie de Covid-19 a des conséquences inattendues sur ma personne. En parfait hypocondriaque ayant tendance à la nosophobie, j’ai plus d’une fois cru que j’avais l’intégralité des symptômes de la maladie – à l’exception de la fièvre, d’une toux persistante, de la perte de goût et d’odorat, de maux de tête et de difficulté à respirer. Mais ce n’est pas le plus grave. Au cours de mes nombreuses recherches en épidémiologie domestique entre deux prises de température rectale, j’ai constaté que si la pandémie de Covid-19 avait d’abord remplacé ma colère par une sidération compréhensible, elle m’a rendu plus grossier qu’à l’ordinaire et mené vers cette conclusion sans appel : le coronavirus rend con.
« Je suis parfois irresponsable. Au lieu de payer mes impôts, j’achète des livres. » Les paroles de l’américain Saul Leiter (1923-2013), un des plus grands photographes du 20e siècle, révèlent une innocence et une candeur déroutantes.
Il fut un temps où la radio – du moins celle qui m’a engagé à la rejoindre au milieu des années 1970 – proposait des aventures plus ou moins collectives. Une des dernières tentatives aura été Les Passagers de la nuit que Thomas Baumgartner a programmé durant deux saisons, entre septembre 2009 et juillet 2011.
On entend beaucoup parler de fascisme en ce moment. Ça me rappelle l’entre-deux tours 2002 quand on n’avait d’autre choix ni d’autre motivation que voter contre le facho de service.
Aujourd’hui sort la vidéo du nouveau single de Perez, le magnétique et hypnotique « Vanille », son titre le plus musicalement audacieux à ce jour et, dans le même temps, le plus imparable mélodiquement. Sur les images de la remarquable vidéo signée Florian Jomain et Sébastien Martinez Barat, Perez à la voix déconstruite et reconstruite à l’autotune invoque la déesse Vanille, implore sa douceur devant un monde dont la méchanceté est devenue la valeur reine. Premier extrait de l’EP Sados à paraître en janvier, « Vanille » ne pouvait manquer de retenir l’attention de Diacritik qui est allé poser quelques questions à Perez, plasticien de la pop française, brillante étoile de sa génération.
Laurent Demoulin nous donna en 2016 un mémorable et émouvant Robinson que publiait Gallimard. Voici que sous le titre tout simple de Belgiques, l’auteur propose neuf récits de même inspiration qui nous ouvrent, en ces temps de pandémie et de mutations diverses, des perspectives sur l’avenir d’un pays dont la constitution fut toujours précaire.
On n’en aura jamais fini avec ce qui nous a incité dès l’enfance à prendre de l’écart – à perturber, ne serait-ce que d’un signe discret du regard ou de la main, l’ordonnancement sévère de la photo de classe, pour aller cheminer du côté des artistes, au lieu de courtiser, en bon élève, les maîtres : préférer l’inaccessible ouvert à tous aux sirènes de l’accessible fortement hiérarchisé. Les premiers chocs demeurent solidement ancrés dans la mémoire.
Si Josef Albers est mondialement connu en tant que plasticien, son œuvre poétique n’est sans doute pas encore suffisamment considérée. Dans l’essai qu’il lui consacre, Vincent Broqua met en évidence les rapports que la poésie d’Albers entretient avec son œuvre plastique mais aussi, et surtout, sa singularité, ses parti pris, ses enjeux.
C’est le matin sur le Vieux Port. Il fait beau et tout autour de la mer, plein de gens ne font rien. Le vent balaye les touristes de l’automne et Jérôme Bertin marche sous l’immense miroir moche sous lequel le monde entier s’est pris en photo.
Cet article est dédié à un Vainqueur qui se bat
Parce qu’Emmanuelle Bercot aime pleurer au cinéma, elle rêvait de s’essayer au genre du mélo. Inspirations du désir : réunir une nouvelle fois, après La Tête haute en 2014, Catherine Deneuve et Benoît Magimel dans un tandem mère-fils. Provocation du destin : la rencontre, à New York, avec le Docteur Gabriel Sara.
Le sujet aurait mérité plus de retenue, un traitement moins mélodramatique, Dopesick, adaptation du livre de Beth Macy en série pour Hulu et diffusé en France sur Disney+, décourage d’entrée malgré la force de son propos, une mise en scène gigogne séduisante et un casting étoilé et talentueux.
J’avais une trentaine d’années, c’était en 1995. Je fréquentais un coiffeur niçois, qui avait deux places pour aller voir Céline Dion à l’Acropolis, salle Apollon, un Palais des Congrès au centre de la ville. La personne qui devait l’accompagner avait un empêchement, et l’homme m’avait proposé de le remplacer.
Cavalier d’épée constituerait une sorte de suite, ou de complément, de supplément, à Enfant de perdition (P.O.L, 2020). Le livre commencerait là où l’autre s’arrêtait, au seuil de la vie adulte, d’un voyage dans les Balkans que s’apprête à faire le narrateur. Dans Enfant de perdition, nous étions dans les méandres de la vie d’avant, jusqu’à la décision finale de « trahir » les siens, le pays d’où nous venons. L’Enfant devait se perdre pour renaître, différent.
Certains événements résistent à être « racontés ». Le 17 octobre 1961 en fait partie. Pourtant, comme souvent, la fiction était déjà au rendez-vous. Le roman de William Gardner Smith, Le Visage de pierre, vient d’être enfin traduit en français : on découvre alors comment un jeune Afro-Américain venu à Paris pour s’éloigner de son pays a introduit dans son récit, dès 1964, ce qu’il a vu et vécu. Les écrivains français ne s’y mettront que plus tardivement : Didier Daeninckx en 1984 ; mais aussi Leïla Sebbar en 1999 et Thomas Cantaloube en 2019.