Écrire de la poésie après Trump est barbare (pour paraphraser un aphorisme souvent cité et que l’on éprouve si profondément, même si certains prétendent que nous ne le comprenons pas encore bien). Theodor Adorno, philosophe et théoricien de la culture allemand, a un jour fait cette remarque célèbre : « Écrire un poème après Auschwitz est barbare ».

Ce mercredi 8 février se déroulera l’épisode 6 de l’histoire du vertige brossée par Camille de Toledo à la Maison de la Poésie de Paris en partenariat avec Diacritik et Remue.net. Dans ce sixième et nouvel épisode, Camille de Toledo nous invite à prendre au sérieux une phrase d’Umberto Eco selon laquelle la langue commune de l’Europe serait la traduction…

A l’automne 2016, la revue TransLittérature proposait un numéro consacré à des portraits de traducteurs, une manière de mettre à l’honneur ces acteurs essentiels du monde du livre, cependant trop souvent ignorés dans la presse qui parle souvent des livres étrangers comme s’ils s’étaient miraculeusement traduits tout seuls. Sans les traducteurs, pourtant, qui pourrait avoir un accès aussi large aux littératures du monde ?
Chez Diacritik, pas de numéro spécial mais la mention systématique (et naturelle) de leurs noms et des articles réguliers sur le travail de plusieurs d’entre eux, Laurent Margantin, Danièle Robert, Julia Chardavoine pour ne citer que les derniers. Et aujourd’hui un long entretien avec Carine Chichereau, traductrice de l’anglais.

« Révélation », « phénomène » : les termes les plus élogieux ont accompagné dans la presse la publication du premier roman d’Aura Xilonen, El Universal saluant par exemple sa « langue originale et éblouissante ». Ces soudains emballements médiatiques peuvent souvent sembler excessifs, ils disent parfois une réelle découverte, une stupeur quand une voix se fait jour : c’est le cas avec Gabacho, qui vient tout juste de paraître chez Liana Levi dans une traduction stupéfiante de Julia Chardavoine.
Rencontre.

Paris, un jour comme les autres. Après avoir parcouru rapidement du regard les titres des livres exposés dans la vitrine d’une librairie, j’aperçois, parmi les nouveautés, une copie de Si par une nuit d’hiver un voyageur, le chef d’œuvre d’Italo Calvino. Stupeur : pourquoi le livre de Calvino, paru en Italie en 1979, a-t-il été mis en exposition parmi les nouvelles sorties au lieu d’avoir été rangé, comme l’on s’y attendrait, parmi les classiques de la littérature du XXè siècle ?

Danièle Robert propose aux éditions Actes Sud une traduction renouvelée de l’Enfer de Dante, traduction qui pour la première fois en français fait l’effort d’être le plus fidèle à une contrainte fondamentale, autant rhétorique que rythmique et signifiante, de cette œuvre : la terzina. L’entretien ci-après avec Danièle Robert examine certaines dimensions de cette contrainte, les possibilités qu’elle ouvre, ainsi que certains enjeux du travail de la traduction.

Au début de l’année 2014, l’hebdomadaire italien L’Espresso demandait à quatorze personnalités du monde de la culture, d’écrire une lettre ouverte et idéale à leur fils pour affronter les grands thèmes de la vie. Umberto Eco écrit à son petit fils pour lui donner des conseils sur le futur. Il s’en dégage une réflexion sur la technologie, le sexe, la poésie et la mémoire.

En 2014, Laurent Margantin entame un projet que l’on pourrait qualifier de prométhéen : traduire les 1000 pages du Journal de Kafka. Traduire et non retraduire tant la version qu’il propose est différente de celle à laquelle les lecteurs français avaient alors accès (signée Marthe Robert), une version amendée par Max Brod, coupée, délestée de tout ce qui pouvait faire scandale (la fréquentation des bordels) ou paraissait extérieur à la pratique diaristique : les fragments de récits, un chapitre de l’Amérique en cours d’écriture.

Nous apprenons la triste nouvelle de la mort de Jean-Pierre Carasso, traducteur hors pair des plus grands : Carver, Hemingway, Norman Mailer, Alice Munro, la liste est infinie… C’est à travers ses mots, et ceux de sa compagne Jacqueline Huet, que nous avons lu La Conjuration des imbéciles, Jay McInerney, redécouvert Last Exit to Brooklyn («œuvre hallucinée» selon ses propres termes en postface de la nouvelle traduction du livre, en 2014), lu Jim Dodge ou Stanley Elkin. Il a traduit plus de 400 livres depuis le tout premier, Hamlet et Œdipe d’Ernest Jones.

The Archivists est un site qui propose de découvrir des lieux et des personnes, des bibliothèques, des livres, des passionnés de culture, des photographies, des titres de livres aimés. Chaque semaine, depuis février 2015, un nouveau portrait, comme un espace qui s’ouvre et un labyrinthe dans lequel on aime à se perdre : quelqu’un se dévoile à travers un lieu, des livres aimés, les archives (présentes) d’une intimité.