Marie Cosnay : « Chargé de poésie sans plus être poète » (Création et politique 6)

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Marie Cosnay (DR)

Marie Cosnay, entretien avec Emmanuèle Jawad, Création et politique 6.

Votre parcours d’écriture semble marqué par différents axes de travail, du récit à la traduction de textes antiques. Ainsi, la traduction des Métamorphoses d’Ovide avec D’Orphée à Achille, la transposition de King Lear dans un monde actuel avec Cordelia la Guerre, un road-movie SANZA LETTERE et, autour de Stendhal, Vie de HB. Vos différentes publications se portent conjointement au regard de l’histoire littéraire et d’un réel actuel. Privilégiez-vous une forme d’écriture plutôt qu’une autre ? Comment le travail d’écriture se construit-il dans cette pluralité d’axes d’intérêt ? D’autre part, comment s’opèrent ces différents glissements dans votre parcours et dans vos textes : glissement d’une période historique, d’une référence littéraire à une autre ? 

L’histoire littéraire, c’est-à-dire ce à quoi j’ai eu la chance d’avoir à faire, ou plutôt les quelques-uns dans cette histoire littéraire qui sont les jalons, mes amarres : Ovide, Shakespeare, Stendhal, Manchette, qui est cité et présent même quand il n’est pas cité, dans Sanza lettere. Et il y en a beaucoup d’autres : Bernanos, présent partout, Vittorini, par qui commence A notre humanité. L’histoire littéraire et les quelques-uns, je les écris pour les lire. C’est une façon de lire et relire, de lire mieux, quand on retrace, à sa façon, modestement. Je me permets d’aller voir là-dedans, je me permets d’écrire là-dedans. Ecrire là-dedans. Carrément. Qu’Edmond et Edgard soient pour moi ! Des personnages pour moi ! Que d’Artagnan quand il attrape Fouquet dans Le vicomte de Brageleonne, soit mon d’Artagnan – un beau salaud, cela dit. C’est un enchantement, de « lire-écrire » dedans. J’ai commencé comme ça, dans ma chambre d’enfant, à écrire la suite des livres que j’aimais le plus, ce sont des amours forts, qui ne passent jamais. Je ne les connais même pas si bien que ça, j’ai la lecture du dedans légère ! Je ne connais bien ni les livres ni les personnages. Juste, je les ai rencontrés – et ce n’est pas fini. Au fond je ne sais pas si j’ai jamais eu envie de faire autre chose que ça : lire, lire, encore, mieux, c’est-à-dire pas mieux du point de vue des connaissances mais mieux parce que je les aurais ré-écrits, ils seraient à moi, les personnages et les auteurs qui me montrent comment tout est plus grand – ou différent ou plus fou ou plus nombreux ou plus vivant ou plus torturé – qu’il n’y paraît.

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Le deuxième axe que vous soulignez, c’est le réel, l’actualité. On dirait qu’il y a entre ce réel et mes personnages ou auteurs à ré-écrire, qui appartiennent à des siècles lointains ou moins mais à un temps passé, quelque chose qui s’oppose ? Je lis ou traduis le vieil Ovide d’il y a 21 siècles. Cependant les horribles grimaces d’un ancien président qui se sert avec indécence d’un micro événement – une tenue estivale – me rendent malade. Ou le déguisement de cochon adopté – ou presque – par un autre homme politique plus haineux encore que le premier, quoi que ce genre de haine ne se mesure pas, me rend malade. Il y a eu des scènes fondatrices dans mon enfance ou adolescence qui expliquent, peut-être – et je suis née au pays basque en 1965. Je ne cherche pas – trop – à comprendre pourquoi certaines injustices me sont insupportables au point qu’elles vont mettre en péril mon rapport au temps, mon rapport au corps, à l’envie, au besoin – plus rien ne tourne rond. Il faut en tenir compte, c’est tout. Il y a des symptômes de corps, des migraines, de gros chagrins. Faire tenir Ovide et ce que m’inspire la tête de cochon de Philippot dans une même journée. Avoir l’impression – assez sûre, hélas – qu’est en train de se dessiner, depuis quelques dizaines d’années, lentement mais sûrement, un sale destin. On laisse mourir en mer et à nos frontières une population désespérée. On déteste regarder le désespoir d’ici créé à force de rejet et de perte de liens, de signes. On joue – il n’y a plus d’autre mot – à exaspérer ce désespoir. Bref. Je n’ai pas le choix. J’ai de la peine et une immense colère. Les personnages que j’aime, les auteurs que j’ai cités ne sont pas loin de cette peine et de cette colère. Ils s’y tiennent tout proche.

Ecrire, c’est plein de questions. Tu écris, d’accord – mais qui a envie ou besoin de t’entendre ?

Ce n’est pas une coquetterie, ce que je dis là, ni l’expression d’une paranoïa soudaine, je ne parle pas de moi ni pour moi. Franchement, qu’est-ce qu’on fait avec nos livres, avec nos textes, comment on fait pour trouver une scène – ou quelque chose comme ça – qui fasse du bien aux livres qu’on écrit, comment on fait pour ne pas être lus par les deux cents personnes que nous aussi nous lisons mais par ceux qui ne connaissent pas encore ce dont nous parlons ou voulons parler ? Il ne s’agit pas d’être lus par quatre cents ou quatre mille, ce n’est pas ce que je veux dire, juste je me demande : comment faire pour que ma voisine, la pharmacienne des quartiers Nord de Bayonne, tel prof ne se dise pas : attention, littérature, littérature exigeante, c’est pas pour moi. Ou bien ne se dise rien – parce qu’elle ou il n’a entendu parler que de trois bouquins de rentrée littéraire. Comment faire pour qu’il n’y ait pas 30% de la population qui ne possède pas ce qu’on appelle la lecture implicite ? Pas de lecture implicite ? Tu peux toujours essayer de lire Shakespeare… Comment faire pour amener nos livres ou nos textes ou nos tentatives ailleurs qu’à l’endroit connu déjà ? Parce que ça fera le plus grand bien à nos textes, ils deviendront un peu différents d’eux-mêmes. Ovide, ce jeune homme… Il y a ou aurait plein de choses à mener.

Comment s’opèrent les glissements historiques ? J’ai du mal avec les successions parce que les successions, ça veut dire la perte. La perte de ce qui était avant puisqu’un événement en a chassé un autre. Je ne veux pas. Tout est en même temps ou tout peut l’être. On porte l’aura – tragique la plupart du temps – de bien des histoires. Les histoires se présentent. L’Histoire aussi. Les femmes et les hommes qui l’ont écrite aussi.

Dans SANZA LETTERE, un récit qui tient également du polar, les repères et les marquages temporels relèvent aussi de faits d’actualité, sociaux et politiques et de l’Histoire. En quoi le réel dans ses dimensions sociales et politiques est-il partie prenante dans votre écriture de la construction du récit ? Comment précisément l’actualité et l’Histoire participent-elles dans vos livres à la fiction dans une interrelation ?

2Je ne peux pas écrire quelque chose quand ce quelque chose est totalement décollé du contexte singulier qui est celui d’aujourd’hui, qui est le mien, qui est celui des gens qui m’entourent, celui des gens que je connais ou que je connais moins. Situer, ancrer, ne me fait pas de mal. Un peu de territoire – pas seulement géographique – ne me fait pas de mal. Parlons du château d’If, de la mère des fictions qui y est attachée, du XIXème siècle, de Napoléon et d’Alexandre Dumas père. J’écris ça – le château d’If – le 4 septembre 2016. Ce jour où il se passe ceci, cela. La tête de cochon de Philippot. Et j’écris dans mon bureau : j’aperçois le magnolia, superbe. Le yucca, éléphantesque, qui essaie de soulever la maison. Ils sont là, magnolia et yucca, dans le texte. Magnolia et yucca ne resteront peut-être pas dans le texte mais au départ ils sont là, garants du reste. Le reste ? Napoléon, le château d’If, le racisme grimpant. J’écris le 4 septembre et je n’écris que de la place où je suis – c’est bien limité. Pourtant, tous les événements peuvent se tenir là, en ce 4 septembre. Les faits politiques contemporains sont des repères pas comme les autres, c’est ce que j’essayais de dire tout à l’heure, ils risquent de nous pousser à en finir avec tout ça. J’ai intérêt à bien me tenir avec eux, c’est-à-dire à en faire quelque chose, à en tenir compte, sinon, ce que je tente d’écrire peut m’essouffler, s’essouffler, me désintéresser ou plus grave, je peux m’y désespérer complètement. Des désirs de « départs pour toujours » très semblables aux départs pour le ciel et le feu de Phaéthon (Ovide) ? Des désirs qui sont des désirs de polars ? Le désir d’être dans l’univers de tel polar de Manchette ? Oui, mais pour que ce soit possible « d’y aller », il faut que le texte qui s’écrit conserve en lui, secret ou pas, le souvenir de ce qui s’est passé au jour de l’écriture – la mini espérance, bien déçue, de mai 2012, par exemple – dans Sanza lettere.

 En 2011, votre livre Comment on expulse, responsabilités en miettes se réfère explicitement, dès son titre, à une question politique. Le regard porté est d’emblée critique, se confronte à l’expérience et à l’engagement. L’actualité est omniprésente dans SANZA LETTERE avec des interventions critiques portées sur les faits sociaux. Quels enjeux critiques et politiques traversent vos livres ? Quel parcours au fil des livres, de l’expérience à la réflexion critique ?

5 Je suis allée l’année dernière dans des camps d’exilés en Grèce. C’est une expérience. Les textes qui en sont sortis n’ont pas fait un livre. Je n’ai pas cherché à ce qu’ils fassent un livre. J’ai écrit et publié sous forme de chroniques les textes au fur et à mesure. Un partage, immédiat – ou presque. Il y avait cette urgence. La forme livre ne m’a pas plus intéressée que la forme qui passe, qui passe par là, ce que j’appelle la chronique. De la même manière, j’ai rendu compte d’une expérience d’accueil, dans un village du pays basque, de jeunes garçons qui étaient jusque-là bloqués à Calais. Cette suite de chroniques d’accueil, on va la lire à haute voix autour de nous, ici et là, ces jours-ci. Cela semble nécessaire : un peu de fierté et de re-territorialisation ne nous fait pas de mal. Et puis la forme orale atteindra des personnes qui ont ignoré l’expérience, d’autres qui étaient sceptiques. C’est peut être un enjeu à venir, je le sens utile et nécessaire : raconter les expériences réussies qui contredisent le champ et les criailleries politiques. C’est-à-dire peut-être : passer de la critique – on ne peut pas assister à la mise à l’écart de la population mondiale sans être au moins critique, en fait, sans être furieux – au récit de ces expériences joyeuses inconnues d’un large public qui fleurissent un peu partout : oui, un peu partout des gens vivent « autrement ». Des villages accueillent, des jeunes gens apprennent à très peu consommer, des collectifs de voisins se partagent les tâches, etc. Passer du chagrin à l’espérance. Est-ce que cela ne nous ferait pas de bien ? Ne nous serait pas, à tous, utile ? La question de l’utilité, c’est une question un peu grossière, sans doute. On n’aime pas se demander à qui et à quoi on est utile avec nos livres. Il y a dans Poésie en forme de rose, de Pasolini, ce poème, triste, qui commence comme ça : « auteur / qui n’est plus indispensable, chargé / de poésie sans être plus poète ». On continue à être chargé de poésie.
Mais où on va apporter tout ça ? A qui ?

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 Le travail en résidence peut s’apparenter à un temps voulu en prise étroite avec le réel et qui rejoint un projet et des questions d’écriture. Ainsi l’auteure Virginie Poitrasson à la Cimade dans une série d’ateliers pour les femmes migrantes et vous-même à Emmaüs en 2015. Vous menez des activités en résidence et d’autre part tenez un blog sur Mediapart en prise avec des questions d’actualité. Y a-t-il porosité entre ces différents domaines d’intervention ou y voyez-vous des domaines très distincts ? Ce travail s’introduit-il d’une façon ou d’une autre dans celui de l’écriture de vos livres ? Participe-t-il directement du travail de création ?

 Le blog témoigne, essaie de le faire. Ne laisse pas filer.
Il fait aussi autre chose : chaque fois que quelque chose déborde, je me mets à l’écriture d’une chronique. Cela peut être douloureux. Ce n’est pas tout à fait le genre d’un livre d’être douloureux. Un livre, chez moi, ce n’est pas douloureux. Voici une grosse différence. Attention, quand je dis qu’il y a de la douleur, c’est avant l’écriture et au tout début de celle-là. Non, je me trompe, c’est tout au long de l’écriture de la chronique que je connais une sorte de douleur : elle se change en impatience, puis vers la fin de l’écriture la douleur lâche, bientôt on dirait que ça va mieux, je vais même être décontractée, épuisée mais décontractée. A moi-même je suis très utile, en fait ! Un livre ce n’est pas du tout le même processus. Le livre part d’une excitation, d’un motif, de motifs au pluriel, de personnages, d’envies très fortes de donner une forme à tout ça. Le livre : la forme imaginée est large, on voit large. Large mais pas long. Et si jamais il y a douleur ce n’est pas la même que celle qui précède et accompagne les quelques heures de l’écriture d’une chronique. Ce n’est pas cette douleur de tenir en soi un monde insupportable qui promet le pire et offense à tour de bras. Comment on fait pour approcher la vie des gens à qui nos quotidiens ne nous permettent pas de nous adresser facilement ? Il y a ces résidences d’écriture en des lieux qu’on choisit.
J’ai choisi de travailler auprès d’Emmaüs, à l’Agora, abri de jour, à Châtelet. Avant, pour moi, en plus de ce genre de résidences, il y avait l’école. Je la quitte cette année, épuisée. Pour plusieurs raisons – personnelles : un peu de fatigue, et moins personnelles : elle fait trop souvent n’importe quoi et finalement, c’est pareil, un peu de fatigue. Je la quitte cette année. L’école et les enfants m’ont beaucoup apporté. C’est encore – pour longtemps ? – un lieu d’un peu de mixité. Ce ne l’est pas partout, je sais bien, mais pour moi ici, au pays basque, ça marchait encore. Je suis au milieu de personnes qui, par leur âge ou leurs conditions sociales, ne pensent pas tout à fait comme moi, n’imaginent pas tout à fait comme moi, n’ont pas tout à fait les mêmes références que moi. J’aime ça. J’ai aimé ça, avant le trop de fatigue. Je ne sais pas définir ce qui de ces expériences – école, résidences, je ne distingue pas – passe directement dans les livres. Dans les chroniques, c’est évident que ça passe. Souvent même, une série de chroniques est destinée à dire quelque chose de ces mondes rencontrés. Les collégiens, les personnes de passage à l’Agora. Mais dans les livres ? Dans les livres, qu’est ce qui passe de l’expérience ? Il y a quelque chose qui résiste, là. Peut-être que les présents, Ovide, Shakespeare, ceux dont on a parlé jusque-là, ne leur laisse pas, aux autres grands vivants rencontrés par-là, assez de place ? Peut-être j’hésite à me servir de l’expérience directe pour en faire fiction ? J’hésite à l’intégrer à une fiction même rêveuse, échevelée ? J’hésite n’est pas bien dit : je n’hésite pas, je n’y arrive pas. Ce n’est pas encore tout à fait ça. Je n’essaie pas. Je n’en ai pas envie. C’est que lors de l’expérience, je rencontre des personnes, je parle d’eux dans le cadre que je me suis fixé, la question de leur nom se pose, je la pose et parfois j’y réponds avec justesse, parfois un peu moins. C’est de toute façon difficile. La relation – brève ou longue, ça dépend, et qui dépasse forcément le fait que j’écrive quoi que ce soit, livres ou chroniques –, que j’entretiens avec les personnes m’empêche de poser ces personnes dans un livre – même sous la forme la moins figée qui soit. Ou alors… Passent, dans les livres et les fictions, les expériences, transformées. Passent aussi plein de personnages rencontrés mais ils en ont subi, pour se retrouver là, des métamorphoses. Ils sont augmentés d’autres, ils sont méconnaissables. Ovide, quel jeune homme… 

Quel travail privilégiez-vous actuellement et sous quelles formes : récits, traductions, textes en chroniques, résidences ? Quels projets d’écriture ?

3La traduction des Métamorphoses d’Ovide, un travail de presque dix années, va voir le jour en janvier 2018, aux éditions de l’Ogre, qui ont publié Cordélia la guerre l’an dernier. C’est une joie immense. Les éditions de l’Ogre font un travail qui m’enchante, et relire ce texte, le corriger, imaginer les notes, est une fête. Un livre que je n’aurai pas osé écrire il y a encore quelques années, parce qu’il dévoile quelque chose de très intime, ma fascination pour une petite sainte du XIXème, béarnaise, Bernadette Soubirous, va paraître prochainement, toujours aux éditions de l’Ogre. C’est un livre qui compte beaucoup pour moi, pour le rapport que j’entretiens avec mon enfance et mon adolescence. Avec l’enfance et l’adolescence, en général. Un autre livre est écrit, qui attend de voir le jour chez Cheyne éditeur – et qui ne saurait tarder : le parcours d’un jeune homme qui fait une expérience non pas mystique mais politique ultime, à l’âge de 15 ans. Encore l’adolescence. Comme pour Bernadette, pour lui l’expérience va jusqu’au bout. Dans les camps de la mort. Et puis il y a un travail d’écriture commencé à Marseille cet été, qui interroge l’Histoire, Marseille en 1962 où arrivaient ceux qu’on a appelés les rapatriés, même s’ils n’avaient plus de patrie et ne revenaient vers rien. Où on côtoie Edmond Dantès prisonnier du château d’If, la littérature, et de l’Histoire précédente.

D’autres choses encore, en projet : des chroniques politiques et musicales en cours de préparation, la traduction à venir du Rhésos d’Euripide… Et puis il y a le blog hébergé sur Mediapart, et puis celui où parfois je propose des textes poétiques, des extraits de traduction en cours, des prolongements de lectures, je dis alors que « j’écris dedans », dans les textes. Un projet débutant auquel je tiens beaucoup et qui n’a pas la forme livre mais un rapport avec l’oral, le théâtre, la danse et la musique – bref, le corps. C’est l’écriture collective, partagée, d’une immense épopée contemporaine et orale. Nous sommes une poignée et nous travaillons à en lancer l’idée et le désir. Nous en parlerons bientôt. Un autre projet collaboratif qui a vu le jour il y deux ans je crois et qu’il faudrait réanimer un peu : la traduction collective de l’Enéide, sur le site de remue.net.

Entretien réalisé pour Diacritik par Emmanuèle Jawad


Les blogs de Marie Cosnay : Chroniques & Maison des Ecrivains (Des aubes particulières)

Un texte inédit de Marie Cosnay dans Diacritik : Ecrire

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