Avec Bilan métaphysique après Auschwitz, Didier Durmarque s’efforce de comprendre, en quelques pages resserrées, comment Auschwitz impose un questionnement métaphysique auquel la littérature nous donne accès. Il ne s’agit pas, pour l’essayiste, de valider ou non l’existence de Dieu mais de se demander pourquoi l’idée de Dieu mérite d’être réinterrogée après Auschwitz. Or poser cette question revient, inévitablement, à en formuler une autre : « qu’est-ce que l’homme ? ».

Ce dont rêve la littérature française, ce n’est pas d’une île, mais d’un château ou d’un jardin, toutes époques et versions confondues — de l’éden de Jean-Jacques à la résidence secondaire de nos contemporains : la jonction des deux se trouve peut-être dans le pré de Candide. Et l’écrivain français, quand il voyage, ce n’est pas dans l’espace, mais dans le temps qu’il le fait : Rome, Athènes, Jérusalem. Citadin traversé par l’imaginaire des îles, Luc Dellisse est donc moins écrivain français qu’écrivain tout court.

Peu de cinéastes contemporains s’obstinent encore à faire œuvre. Précarité, désir de visibilité, cynisme parfois, tout les pousse à se renouveler, à se saisir un à un des créneaux du film de genre, à se passer commande, suradaptés qu’ils sont à des systèmes de financements au coup par coup. Pourtant certains, en une ascèse de plus en plus intenable, continuent coute que coute à creuser leur sillon, à construire leur cinéma patiemment, comme en sourdine, au risque d’un déclassement.

C’est un exercice périlleux que de chercher à dire encore « quelque chose d’intelligent » sur Hold-up, après la somme de « discours critiques » produits depuis la sortie de ce film. Si mon propos assumera la fonction d’une « déconstruction », il s’agira moins d’une déconstruction de la mécanique du film à partir d’une position extérieure immunisée, que d’une déconstruction de cette position extérieure immunisée, au profit d’une autre posture de commentaire.

Une étude sociologique montre que les jeunes Américains entre 10 et 14 ans sont capables de reconnaître 1000 logos de marques mais qu’ils ne sont pas capables d’identifier 10 végétaux de leur région. Le constat est sans appel : nos rapports à la nature sont totalement désaffectés. En cause : notre modèle de civilisation moderne qui réduit la nature à un domaine extérieur et indifférent à l’homme. La pensée de Baptiste Morizot apporte, à travers l’exemple du pistage, un éclairage à la fois original et très accessible à ce problème écologique classique du « grand partage » entre nature et culture.

Guillaume Métayer, poète et traducteur littéraire du hongrois et de l’allemand, nous invite dans son dernier livre A comme Babel, à entrer dans son atelier de traducteur qu’il appelle sa « cuisine ». On y observe le traducteur à l’œuvre, aux prises avec les difficultés, les défis, les enjeux de la traduction poétique. Le livre traite de ce qui est au cœur de l’activité du traducteur, la lecture et l’écriture. L’auteur aborde la traduction comme « une écriture à deux », nous conduisant à travers tous les chemins de lecture-interprétation, changements, pertes, enrichissement, dialogue entre les langues, les sonorités, les rythmes, les références culturelles, les processus de création et recréation textuelle poétique.