Un jour de mars, un messager des étoiles publiait les résultats de ses observations célestes : il racontait des massifs montagneux présents sur la lune, d’un nombre d’étoiles inimaginable dans le ciel, des planètes qui tournent autour de Jupiter… Les rapports entre monde terrestre et monde céleste seront révolutionnés : l’imperfection terrestre sera projetée par ce livre jusque dans les astres, le monde deviendra d’un coup plus large et corruptible, la perfection et la causalité divine tomberont des cieux. Ce nouveau regard porté sur le ciel déterminera une révolution dans la conception du monde et le dépassement d’un système de pensée : le monde moderne est en train d’ouvrir le ciel. Ces observations furent effectuées pendant les nuits de l’automne et de l’hiver 1609 et 1610, grâce à des lunettes astronomiques plus puissantes, inventées par un auteur sidéral, Galilée. Le livre, Sidereus Nuncius, était écrit en latin et sera publié le 12 mars 1610.


Joost Swarte est né en 1947, la veille de Noël. Il a donc toujours eu quelques heures d’avance sur ceux que l’attente du lever du jour dit “des cadeaux tombés du ciel” tient en éveil – ce dernier mot allant comme un gant à son regard d’une acuité sans égal. Je ne sais si sa main a tremblé, ne serait-ce qu’une fois, dans sa vie, mais ce dont je suis certain, c’est qu’il est on ne peut plus sensible aux tremblements d’un monde dont il reste un des plus fameux interprètes.

Page d’accueil de la plateforme « ParcourSup »

Nous, professeurs de lycée, sommes confrontés aujourd’hui aux côtés de nos élèves au nouveau système ParcourSup censé garantir l’accès au post-bac pour les élèves de Terminale. L’État a prétendu par la voix de Jean-Michel Blanquer, Frédérique Vidal et Emmanuel Macron que ce système permettrait de remédier à l’injustice flagrante qui avait ému l’opinion l’an dernier : la sélection arbitraire des bacheliers par tirage au sort. En vérité, cette nouvelle fake news étatique est là pour cacher l’absence flagrante de toute politique de création de postes dans le Supérieur et de construction de nouvelles universités qui, de fait, prive un grand nombre d’élèves de toute poursuite d’études. C’est ainsi, au bas mot, l’équivalent de dix Universités qu’il faudrait créer pour accueillir dignement les élèves.

Entre la fiction et le réel, les frontières sont poreuses. Les dystopies semblent s’épanouir dans la première. Tellement, même, qu’il devient difficile de penser que leur abondance, en ce début de XXIe siècle, soit sans rapport avec le contexte où elles s’expriment. Tensions sociales et politiques, emportements et envahissements techniques, féodalisations économiques, dégradations écologiques (liste évidemment non exhaustive) paraissent redonner des conditions historiques favorables à ces descriptions de sociétés ayant déraillé du chemin du progrès collectif : littérature, cinéma, jeux vidéo et autres supports culturels les ont largement accueillies.

La cité, c’était chez les Grecs à la fois la ville, rassemblée autour de ses lieux sacrés ou civiques, et la contrée, un territoire plus ou moins vaste qui lui était associé. C’était aussi une communauté politique, et à Athènes une communauté de citoyens, une démocratie des hommes libres, excluant les femmes, les esclaves et les étrangers, les « métèques » – le mot vient de là, avant de prendre une dimension péjorative. Depuis, la démocratie est devenue un régime élargi de la manière d’être ensemble. Nous n’excluons plus les femmes et nous avons aboli l’esclavage, mais qu’en est-il aujourd’hui de l’exclusion ? Qu’en est-il de l’étranger ?

Des enfants évacués de La Ghouta

380 000 personnes sont actuellement piégées dans une nasse infernale en Syrie, dans la région de la Ghouta orientale, à l’est de Damas. Leur survie physique et politique s’organise grâce à des structures civiles et administratives qui, créées il y a cinq ans, résistent à la fois au régime officiel de Bachar Al-Assad et aux brigades et groupes islamistes.

Jean-Marie Blas de Robles (DR)

Jean-Marie Blas de Roblès nous surprend avec chacun de ses livres. On savait qu’il avait enseigné au Brésil, qu’il avait séjourné en Chine, entamé des fouilles d’archéologie en Libye, et qu’il était un grand adepte de la plongée sous-marine. Et avait tiré de ces expériences variées des romans singuliers, caractérisés par un goût de l’imaginaire, dont en particulier Là où les tigres sont chez eux qui obtint le Prix Médicis et le Prix du Roman FNAC en 2008 et, en 2016, L’île du Point Némo. Romans d’aventures, aux titres mystérieux, qui attestaient une authentique capacité d’invention, entraînant leurs personnages dans des histoires insolites à Cuba ou au Brésil. Cependant, il n’avait jamais parlé, du moins dans ses textes publiés, de ses origines algériennes, par son père qui fut le type même d’européen dont la famille était partie vivre, dans cette Algérie lointaine, que l’on disait française mais qui était coloniale, une épopée extraordinaire qui devait se terminer, en 1962, par le malheur d’un rapatriement, dans des conditions dramatiques.

© Vivianne Perelmuter

Le pays étant voisin, son histoire relatée dans nos livres d’histoire, entremêlée à la nôtre avec des périodes de conflits et d’autres d’alliances, on arrive moins vierge qu’ailleurs, ou plutôt avec une curiosité balisée. Mais la curiosité n’a que faire de vos balises, elle les envoie valdinguer. Sur le terrain, les représentations préalables trop figées se mettent à vibrer.

Sylvie Blocher (photographie Antoine Idier)

                                                                                                                                                                                          

À l’invitation de la Triennale d’art contemporain SUD2017, une œuvre éphémère de Sylvie Blocher a été posée mercredi 6 décembre sur un carrefour de Douala au Cameroun. Sylvie Blocher y présentait ses excuses pour les exactions commises par la France pendant la période coloniale. L’œuvre devait rester quelques jours en place mais a été détruite jeudi 7 décembre par un activiste, Blaise Essama, à la suite d’une campagne instrumentalisée par la radio-télévision Équinoxe et qui a passé sous silence le projet de l’auteur, au profit d’enjeux politiques locaux. Des discussions publiques passionnées ont débuté, certains soutenant, d’autres contestant les intentions de Sylvie Blocher, mais ouvrant en tous les cas un espace de réflexion sur l’histoire coloniale, l’occultation des questions mémorielles dans la société et l’espace public camerounais, et la reconnaissance par la France de ses crimes.
Le texte « L’art du coup d’État » a été écrit avant ces événements.

L’écrivain camerounais Patrice Nganang est porté disparu depuis mercredi

Monsieur le Président de la République,

Vous vous intéressez à l’Afrique. Il y a peu vous vous êtes rendu sur le continent africain. Vous y avez affirmé avoir le souci de l’avenir sans chercher à reconduire les pratiques néocolonialistes anciennes.