La plupart des Français qui ont vu passer dans la presse la nouvelle de la mort de Lokman Slim le 4 février 2021 ou les jours suivants, n’avaient jusque-là pas lu une ligne de lui et n’en avaient pas même entendu parler. Ils pourraient dire comme l’a fait l’écrivain italien Stefano Massini à propos d’Anna Politkovskaia, dans Femme non-reééducable : « la première fois que j’ai entendu parler de cette femme, ce fut précisément à l’annonce de sa disparition ».

J’aimerais commencer l’histoire par son début, non par paresse ou par manque d’ardeur, ni non plus pour éviter les entraves qui risquent de se dresser face à un ouvrage relatant les événements survenus en Syrie entre 2011 et 2015 du point de vue de la « révolution ». En effet, ce que je vais raconter n’est pas LA vérité, car dans un tel contexte la vérité va de pair avec l’imaginaire.

Le texte qui suit, « Des lieux et des hommes. Les débuts de la révolution syrienne », a été prononcé à Beyrouth par Lokman Slim le 12 janvier 2018 lors d’une présentation du travail de « Creative Memory of Syrian Revolution / Mémoire créative de la révolution syrienne » : site web créé par Sana Yazigi en mai 2013. Son objectif est de construire une mémoire collective de l’histoire syrienne depuis le soulèvement de 2011, à travers l’expression « libre et créative » de ceux qui l’ont vécue. Il compose sur la toile un impressionnant « musée de l’insurrection syrienne » (Benjamin Barthe, Le Monde , 17 janvier 2021), et beaucoup plus encore.

L’actualité d’Albert Cohen au théâtre est léonine : avant d’adapter Mangeclous, Olivier Borle (Le Théâtre Oblique) porte à la scène deux épisodes extraits de Mangeclous (1938) et Les Valeureux (1969) dans une « fable burlesque » tout public : « Mangeclous et la lioncesse ». Littérature au Centre nous donne l’occasion de revenir avec Philippe Zard puis avec Olivier Borle sur la richesse du motif de l’animal, hyperbolique chez le romancier : la faune se déploie dans des listes surréalistes, se niche dans de petits contes allégoriques, habite l’imaginaire des personnages et envahit les forêts. Le bestiaire est à la fois le support d’une poétique, variée, et d’une rhétorique, profuse. Elle porte une vision du monde complexe et contradictoire.

Outrages, le premier roman de Tal Piterbraut-Merx, écrivain et chercheur en philosophie, frappe par son écriture singulière dont le cœur est le rapport entre le langage et le corps affecté. Comment écrire et comment dire ce qui frappe le corps, le dire à soi mais aussi aux autres ? Comment rendre compte des complexités de nos chairs situées dans des espaces sociaux complexes, de nos corps qui sont si dépendants et toujours en excès par rapport aux catégories qui les incarcèrent ? Et comment penser le processus infini de soin de ces corps scandaleux de sentir et de parler ?

Le Président Emmanuel Macron, lors de l’annonce du premier confinement, au soir du 16 mars 2020, encourageait le peuple de France à la pratique de ce vice encore impuni qu’est la lecture. On se souvient de ses mots : « Lisez, retrouvez aussi ce sens de l’essentiel… » Nous sommes un certain nombre à n’avoir pas attendu ce précieux conseil prodigué sur un ton douceâtre et paternel, mais qu’importe ?

Comment se façonnent une ville et son esthétique ? Comment est décidé ce qui rend la ville « belle » ou, à l’inverse, ce qui l’enlaidit ? Dans Gouverner les graffitis (Presses universitaires de Grenoble), la politiste Julie Vaslin décrit la transformation opérée depuis vingt ans dans la perception et le traitement des peintures murales urbaines : le « tag », jusque-là considéré comme un problème de propreté et d’insécurité, et réprimé comme tel, est devenu du « street art », valorisé par des politiques culturelles et touristiques au service de l’image d’une ville jeune, décontractée et ouverte sur le monde.

Il y a quelques jours, j’ai posé le mot « uncaring » sur un morceau de papier déchiré. Je l’ai écrit en anglais, une des cinq langues dans lesquelles je pense, je lis, j’écris et je crée. Une langue vers et depuis laquelle je traduis.
J’ai du mal à exprimer le sentiment que ce mot, « uncaring » me fait ressentir en français (cette quête-là mériterait un essai en soi). Je pense à l’indifférence, à quel point on s’en fiche de ce qui ne nous touche pas ; « uncaring » – le manque de soin, d’attention, de responsabilité.

Nous sommes entourés de bruits, de sons indistincts, de craquements inquiétants, d’échos étranges, parfois effrayants. Mais lorsque ces bruits se mélangent et se transforment pour former une langue, la langue qui nous lie et nous relie, alors nous pouvons distinctement entendre des chuchotements poétiques, des paroles mélodieuses qui nous élèvent et nous réveillent. C’est cette transformation magique, cette actualisation de la langue dans le domaine littéraire qui peut s’opérer à Bruits de Langues.

Le cinéaste Alexandre Dereims est un homme chanceux. Peut-être même le plus chanceux du monde, du moins, c’est ce qu’il suggère. En juillet 2019, tandis qu’il prenait place dans un TGV, il s’est aperçu que son compagnon de voyage n’était autre que Donald Sutherland. Alexandre Dereims a demandé au grand acteur américain la permission de l’entretenir un moment et, après avoir reçu une réponse courtoise, a profité du hasard de leur rencontre pour lui montrer la bande-annonce de son documentaire, Nous sommes l’humanité.