À la tête d’une des œuvres les plus intéressantes de ces vingt dernières années, Florence Pazzottu fait paraître J’aime le mot homme et sa distance aux éditions Lanskine. Comme dans ses livres précédents, le travail de la forme y sert une investigation capitale — dans nos rapports aux autres, aux mots, au monde. Cette poésie, follement libre et magnifiquement tenue, qui fait feu de tout bois et à laquelle rien n’est a priori étranger, se donne pour tâche de « répondre au chiffrement du réel ». Comment y parvient-elle ? Entretien avec Florence Pazzottu, mené par Pierre Vinclair entre le 20 juin et le 30 juin 2020.

Le Secret du mal, publié en 2009 aux Éditions Christian Bourgois dans une traduction de Robert Amutio et repris dans le premier volume des Œuvres complètes de Roberto Bolaño aux Éditions de l’Olivier, réunit dix-neuf nouvelles trouvées par ses ayants droit dans des fichiers d’ordinateur parmi des poèmes et des esquisses, des fragments, des entretiens, des conférences.

Socrate : taille sur tes réponses, et si je dois te suivre,
Fais-les plus courtes
Platon, Protagoras (334a)

Brachylogie : le volume collectif Réinventer la brachylogie remet à l’honneur ce mot qui pourrait sembler démodé, entre pratiques anciennes et contemporaines. Cet ensemble, dirigé par Patrick Voisin, témoigne de la vitalité et de la modernité d’une notion peu connue et qu’il faut réinventer parce qu’elle fut considérée comme « un trope de valeur péjorative classée dans les figures de rhétorique ».

Dans La Carte au trésor, Mo Yan raconte comment je rencontre par hasard un vieux camarade de classe sur l’avenue Chang’an, non loin de la place Tian’anmen, et comment à la suite de cette rencontre je l’emmène dans un petit restaurant de raviolis qui contient trois tables et neuf tabourets, tenu par un vieux à la tête entièrement blanche et une vieille au visage tapissé de rides qui ont trois cents ans à eux deux.

L’été arrivant, vous vous laisserez peut-être tenter, si la situation sanitaire le permet, par la visite d’un des nombreux musées consacrés à la Shoah, d’un lieu de mémoire en France ou à l’étranger, ou même par la découverte d’un des camps d’extermination, parmi lesquels Auschwitz-Birkenau est celui qui attire le plus de visiteurs chaque année.

Les lecteurs européens que nous sommes connaissent la démesure des paysages canadiens au travers des récits virils de voyageurs aventuriers, de carnets d’écrivains géographes aux accents volontiers lyriques. Le premier recueil de Kristina Gauthier-Landry, publié par les Éditions La Peuplade, nous donne à voir un tout autre Québec : celui d’une femme, Montréalaise native de Natashquan, qui revient sur ses pas pour retrouver la magie et les secrets du pays de son enfance. Et c’est une voix talentueuse.

« Tu en connais, toi, des gens qui ne sont pas dans le système ? Si demain arrive un extraterrestre, un type vraiment bizarre, avec un cul cimenté, une tête en plastique, je me dirais tiens, celui-là, il vient vraiment d’ailleurs. Et il ne restera pas trois jours sans entrer dans le système. Et à Libération, ils ne sont pas dans le système ? Où est-ce qu’ils achètent leur papier ? leur encre ? Les mecs qui travaillent dans leur imprimerie, ils sont à quelle sécurité sociale ? Et Jean-Paul Sartre, directeur de Libération, il est édité où ? (…)  Libération est dans le système. » Léo Ferré, interview par Louis-Jean Calvet, Libération, 25 février 1974, en réponse à ce journal qui l’« accusait » » d’« être dans le système ».

Le nouvel élu, visiblement ému  (debout derrière son petit pupitre) : Madame la Ministre des Troubles Séditieux à budget préservé, Madame la Présidente du Syndicat européen de l’Oligopole à frange, Monsieur  le Président du Centre national des lunch-box et des kit P.L.V, Monsieur le Secrétaire perpétuel des Revues émeutières entre elles, Madame la représentante des librairies réfractaires offrant une rose un jour par an pour tout achat dans leurs locaux, Mesdames et messieurs de l’Académie, chers amis,

On aurait intitulé ce texte : « Éloge du silence ». Parce que cela fait longtemps que ce titre-programme trotte en tête. Et puis, au moment de se mettre à l’écriture, découvrir que le titre existe, qu’il a été celui d’un livre à succès il y a trente ans et seize fois réédité depuis : un essai sur le silence qui est surtout un livre de sagesse, par un auteur qui puise dans la philosophie asiatique et cite le maître zen Deshimaru : « Vous devez pouvoir méditer sous les bombes ! »