Ce matin il y a du vent sur la mer et pourtant tout est déjà chaud. La télé parle en continu et en même temps que la radio et que les gens qui font la queue de partout. Les avions low cost font des allers-retours dans le ciel et déversent sur le Vieux Port des gens qui se ressemblent tous. Et qui se perdent comme ils peuvent dans les petites rues. Et qui cherchent un morceau de la mer. Et qui achètent des savons. En plein milieu d’une tempête de soleil qui bombarde tout.

Avec Le Contrat, Ella Balaert signe un roman polyphonique qui nous fait suivre le destin de plusieurs personnages inquiets d’eux-mêmes, plongés dans un monde où ils peinent à trouver leur place, comme Jeanne, une professeure d’allemand au lycée, écrivaine en panne et dépressive, Christophe Lambert, jeune homme ambitieux à qui son ami Pierre Camus, romancier à succès, a confié son dernier manuscrit avant de mourir dans un accident de voiture, et Marie-Madeleine, une vieille femme impotente qui vit recluse dans son appartement. Grâce à une écriture attentive à cerner l’intimité des êtres et les mouvements imperceptibles de leur conscience, tout l’art d’Ella Balaert consiste à tresser ces fils de manière vertigineuse.

Le régime parfait, premier roman de l’écrivaine et chercheuse Estelle Benazet Heugenhauser, est un texte au style corrosif qui produit avec une noire jouissance une réflexion politique sur le corps, ce qu’on y met, ce qui en sort, sur les forces tant physiques que politiques qui le mettent en mouvement et le figent.

« Solitude sans consolation. Le désastre immobile qui pourtant s’approche » (Blanchot. L’écriture du désastre)

En septembre 2021, la BnF a rendu hommage à l’écrivain Mohammed Dib (1920-2003), figure majeure de la littérature algérienne de langue française. La lecture de passages de son œuvre, par Eric Génovèse de la Comédie Française, a donné à entendre la diversité de son écriture et des thèmes abordés. Édité au Seuil, chez Gallimard, chez Albin Michel, un certain nombre de ses romans sont réédités à la Découverte, dans la collection Minos. L’univers de Mohammed Dib ne peut être ignoré dans la littérature du XXe siècle.

Un essai remarquable de Valérie Gérard, Les formes du chaos, nous rappelle que Virginia Woolf fut non seulement un des grands écrivains métaphysiques anglais du XXe siècle, l’équivalent féminin en prose de T.S. Eliot (la conversion de celui-ci au christianisme rendant plus tangible cette interprétation), mais également une auteure politique et sociale, consciente des aliénations de son temps. Prise dans l’étau des deux catastrophes majeures que furent 1914-1918 et 1939, elle n’a cessé d’explorer de nouvelles formes pour les confronter au chaos des guerres, à l’arrogance de l’Empire, à la toute-puissance du patriarcat.

« Fin du monde, fin du mois : même combat ! » scande la jeunesse engagée dans les  mobilisations pour le climat. Ce slogan bien ficelé révèle un malaise théorique, une difficulté philosophique : la compatibilité entre l’amélioration du niveau de vie et la protection de la planète. Alors que la révolte des Gilets Jaunes a mis en lumière le possible antagonisme entre la préservation du climat et l’intérêt des classes populaires, la gauche se questionne : comment concevoir une articulation convaincante entre écologie politique et amélioration des conditions matérielles des classes laborieuses ?

2666, le sixième et dernier (pour l’instant) volume des Œuvres complètes de Roberto Bolaño vient de paraître aux Éditions de l’Olivier, qui à partir de 2020 a pris le relais de Christian Bourgois, son premier éditeur français. Une telle entreprise ne peut que susciter notre respect. Le lecteur francophone qui ne lit pas l’espagnol peut désormais se faire une idée globale d’un auteur majeur, à cheval entre deux siècles. Savourer une œuvre. Piocher ci et là au gré de ses envies. C’est ce que je fais depuis pas mal de temps, ayant la chance de pouvoir lire Bolaño dans sa langue originelle.

Troisième et dernière partie de l’entretien de Yassin al Haj Saleh avec Catherine Coquio et Nisrine Al Zahre, traduite de l’arabe par Marianne Babut. L’entretien s’est déroulé sous forme écrite sur plusieurs mois entre mars 2021 et janvier 2022. La première partie de l’entretien est à lire ici, la deuxième là.

Deuxième partie de l’entretien de Yassin al Haj Saleh avec Catherine Coquio et Nisrine Al Zahre, traduite de l’arabe par Marianne Babut. Cette traduction de l’arabe a été financée par l’équipe de recherches CERILAC, dont Catherine Coquio est membre et que nous remercions vivement. L’entretien s’est déroulé sous forme écrite sur plusieurs mois entre mars 2021 et janvier 2022. La première partie de l’entretien a paru dans Diakritik le 9 décembre 2021 (lire ici).