En partenariat avec Diacritik, Camille de Toledo, développe, au sein du Labo de création de Ciclic, une réflexion aussi intense que neuve sur les rapports entre littérature, photographie et histoire familiale, Écrire la légende. Ciclic, Diacritik et la Maison Max Ernst proposent une série de rendez-vous autour de ce projet qui jalonne l’écriture de son roman Le livre des morts. Avant la nouvelle lecture qui aura lieu le jeudi 19 avril à la Maison Max Ernst à Huismes (37), voici en intégralité le premier inédit de ce nouveau texte de Camille de Toledo.

Au cours d’un entretien accordé à Diacritik, Hirokazu Kore-Eda reste ferme : « Je ne peux pas parler au nom du film ou en mon nom. Ce n’est pas à moi de donner une interprétation, c’est à vous de trouver la vôtre. » Et précisément, ce film, The Third Murder, ne nous facilite pas la tâche, ou plutôt nous missionne d’aller contre cela même que nous voyons.

« Il y avait un homme à terre : les cheveux gris, mal fringué, inconscient. Et un autre penché au-dessus de lui : le teint pâle, les lèvres rouges, tendu. Comme je m’approchais, il m’a semblé qu’il griffait le visage de l’ivrogne. Sa main ressemblait à une araignée figée par le gel ». C’est en décrivant une scène dont il a été témoin que commence le narrateur de « Certains ont disparu ». La nuit, il se met à voir apparaître des mains qui tentent de le saisir. Comme dans « Le Horla » de Maupassant, le narrateur semble hanté par une présence étouffante, ici plurielle et qu’il baptise « les antigens ». Mais à la différence du personnage de Maupassant, il retombe dans l’indifférence et montre un certain détachement face au surgissement ponctuel du fantastique. C’est ainsi que se dessinent la plupart des personnages de Joel Lane : davantage préoccupés par un quotidien déprimant et lugubre, dominé par le chômage ou le deuil, que par des apparitions qui ne font que donner chair au malaise ambiant.