Si désormais les arts poétiques paraissent des plus insuffisants pour définir aussi bien une esthétique qu’une éthique, il nous reste cependant des questions procédant comme des machettes, promptes à défricher les chemins parmi de denses végétations, comme la hache destinée à briser la glace.
Entretien avec Véronique Pittolo à l’occasion de la sortie récente de deux livres : Elle raconte toujours des histoires (de l’art) et Casanova.
Le nouveau projet de l’artiste JR a vu le jour sur le Pont Neuf à Paris le 20 mai, mais son ouverture au public, prévue le 6 juin, a été retardée par des intempéries qui ont détruit en partie la toile imprimée recouvrant la structure – manière de rappeler que son art est bien éphémère.
Siri Hustvedt nous confie, avec Ghost Stories, un livre du deuil, après la mort de Paul Auster en avril 2024, Paul Auster, son compagnon de vie et d’écriture durant quarante-trois ans. Comment demeurer vivante, comment écrire encore alors que le « Paul et moi » a disparu, qu’à la douleur de la femme s’ajoute le vertige de désormais écrire sans lui ? Ghost Stories est cette survie, un livre bouleversant, incandescent, une forme d’œuvre commune, qui poursuit un dialogue littéraire que la mort elle-même ne peut interrompre.
L’acte poétique d’Elke de Rijcke dans Paradisiaca. Un Lac-Opéra relève autant de l’inédit que de l’audace.
À une époque où le mot littérature se réduit souvent à l’idée hégémonique de roman, il n’est pas désagréable de se souvenir de l’emploi mémoriel et vital que la littérature a eu en des temps paniques – ainsi que l’illustre l’œuvre haute, première, essentielle de Nadejda Mandelstam, alors que paraît au Bruit du Temps l’édition du Troisième livre.
Comment échapper à l’overdose de corps au sein de l’exposition Michel-Ange, Rodin. Corps vivants, actuellement présentée au musée du Louvre ? En s’intéressant de près à ce qu’ils sont.
Christian Jouhaud est historien, il travaille sur le XVIIè siècle (« le terrain sur lequel a été installé mon travail d’historien »). C’est par exemple son livre sur « Richelieu et l’écriture du pouvoir » (Gallimard, 2015), ou encore « Le Siècle de Marie du Bois » (Seuil, 2022) qu’il avait sous-titré : « Ecrire l’expérience au XVIIè siècle ». Historien qui mêle aussi passé et présent, Christian Jouhaud voudrait écrire l’histoire elle-même.
Soudain, le bruit. Plus jamais le silence, je n’entendrai plus jamais le silence. Condamné au bruit.
27 mai 2026. Dôme de chaleur – personne n’y échappe, même si certains pensent que ça n’arrive qu’à eux. On fait avec, ou plutôt on ne fait rien, ou presque. Impossible d’écrire, sinon à l’aube. On lit tard le soir, fenêtres ouvertes, jusqu’à ce que le sommeil finisse par l’emporter. La ralentissement est général ; seule la musique garde le tempo. Quand il faut changer la face d’un vinyle, on se dit que vingt minutes viennent de passer. Et quand on n’a plus envie de se lever, on écoute les bruits de la maison.
De l’écriture de la relation au vivant au déplacement des frontières entre humain et animal, entretien avec Camille Ruiz, autour d’Un chien arrive et de l’ensemble de son territoire chien.
Alors que son directeur John Jefferson Selve en avait annoncé la fin il y a deux ans, la revue imprimée d’avant-garde Possession Immédiate est de retour avec un 13ème volume fort riche. Placée sous l’orbe d’une citation attribuée à la poétesse américaine Anne Sexton « Colle ton oreille à ton âme et écoute bien », elle mène le lecteur vers une profusion de formes : courts textes, poésie, photographies, pensées, dont de véritables révélations.
« Marjane Satrapi est morte de chagrin. Elle a dit merde à cette vie qui lui a arraché son grand amour. Elle a tiré un trait. Ce même trait puissant qui a fait sa renommée, son talent », peut-on lire dans Libération. La phrase frappe parce qu’elle dit trop et pas assez. Elle console peut-être ceux qui restent, elle donne à la mort une forme, presque un récit. Mais que signifie exactement « mourir de chagrin » ?
Le poète Jordi Gallizia s’est prêté au jeu du grand entretien autour de son ouvrage Brasucade. Il y est question de mémoire, de goûts, de mots, dans un parler propre aux milieux des étangs et des garrigues occitanes. L’auteur nous invite au festin de la brasucade, un plat de moules marinées et braisées typique de l’étang de Thau dans l’Hérault. De la langue comme des rives de l’étang surgissent des racines occitanes, dont Jordi Gallizia se fait la voix renouvelée. Le texte se donne à lire comme la brasucade, les mots sont grillés et décortiqués par l’auteur qui nous convie à un banquet aussi populaire que littéraire.
Sy Baumgartner est professeur de philosophie à Princeton, veuf depuis une dizaine d’années. Un matin, alors qu’il poursuit l’écriture d’un essai sur les pseudonymes de Kierkegaard, dans son bureau au premier étage de sa maison, il descend chercher un livre oublié la veille dans le salon. S’enclenche alors une série de hasards et coïncidences, motif central de l’œuvre de Paul Auster, comme un étoilement d’effets papillon, qui provoque un puissant effet d’anamnèse. Un double huis clos sert de cadre au récit, la maison de Princeton, le cerveau de Baumgartner, avec échappées mémorielles et réflexions sur le sens d’une vie, de toute vie, quand un deuil frappe et qu’une vie doit (ou non) se reconstruire.