Connaissez-vous la très belle revue d’histoire de l’art de la Villa Médicis, la revue Studiolo que les éditions Macula ont entrepris de publier depuis quelques années ? On pourra citer le numéro consacré à Raphaël en 2020-2021, mais aussi le numéro sur le thème de « l’indétermination » en 2021-2022 ; ou encore « La vie des œuvres » en 2023-2024 et aujourd’hui : « Atlas. Soutenir, Soutenable » qui est déjà le numéro 20. Car c’est en 2002 qu’avait été créée cette magistrale revue annuelle, internationale, trilingue (français, italien, anglais) par l’Académie de France à Rome – Villa Médicis…

Le sort des femmes, soit le thème de l’essai de Colette Soler Lacan et l’Être femme (Puf). Soler et non « Sollers », qui a quant à lui commis un célèbre roman en la matière, Femmes (Gallimard, 1983) et s’ouvrait sur la phrase programmatique suivante : « Le monde appartient aux femmes. / C’est-à-dire à la mort. / Là-dessus, tout le monde ment. » Lacan trouvait Sollers illisible (comme lui).

« Qu’on se le dise : Histoires de Samora Mâchel est un des rares livres où le lecteur ne pourra relever aucune faute d’orthographe », comme le soulignent malicieusement ses éditeurs Guillaume Fau, Gérard Nguyen Van Khan et Briec Philippon dans les différents textes d’introduction qu’ils ont concoctés pour ouvrir ce livre d’une nouveauté « indépassable et indépassée » – qui « a été écrit, plus que par un écrivain, par un conteur dont la vie s’est confondue avec la quête insatiable d’une éloquence soucieuse de rythmes, de cadences, d’harmonies, de sonorités ».

Il faut en finir avec le Jugement de Freud, dit en substance aujourd’hui Paul B. Preciado dans son essai suivant le texte de N.O. Body, Mémoires des années de jeune fille d’un homme (qui paraît aujourd’hui aux éditions du Seuil dans la collection La Librairie du XXIè siècle), récit d’un jeune homme enfermé dans une assignation sexuelle qui ne lui correspondait pas.

Pour paraphraser Marx parlant du « génial Leroux », député socialiste de Paris qui, en juin 1848, tout frais élu, avait pris la parole à la tribune de l’Assemblée constituante plaçant les parlementaires devant un choix radical : « Si vous ne voulez pas sortir de l’ancienne économie politique (…), je dis que vous exposez la civilisation ancienne à mourir dans une agonie terrible » ; voici le livre du « génial Godin ».

Joyce avait donné voix à une rivière dans Finnegans Wake : la Liffey ou encore Anna Livia (Annis Liffey) Plurabelle… Ce roman se terminait sur la lettre « l’ » (the). C’est le nom que Camille de Toledo donne à une rivière – « L » – qui demande devant le tribunal la reconnaissance de son « corps travailleur », pour devenir une rivière-personne, un être hydrogéologique, qu’on allait désormais devoir payer, les uns et les autres…

Jacques Jouet est membre de l’Ouvroir de Littérature Potentielle (Oulipo) depuis 1983. Il écrit ses livres à l’enseigne de cette société secrète fondée en 1960 par quelques membres du Collège de pataphysique parmi lesquels Raymond Queneau ou Georges Perec (qui en était devenu le principal représentant). C’est d’ailleurs une sorte de « Vie, mode d’emploi » que Jacques Jouet nous livre aujourd’hui en inventant la vie de Rakki Nouha, « artiste météore » de la musique contemporaine, qui a disparu aussi vite qu’elle était apparue. Vivre, c’est aussi partir, s’évader, tracer une ligne, disparaître (désapparaître), passer la ligne d’horizon.

Le prix Nobel de littérature 2008 Jean-Marie Gustave Le Clézio est un grand amoureux du Mexique, sur lequel il a beaucoup écrit, où il vit une partie de l’année et où il a d’ailleurs été décoré en 2010 de l’ordre de l’Aigle aztèque. Celui qui parle volontiers des oiseaux du Mexique, comme par exemple des tordos (en français, les étourneaux, les passereaux) nous parle encore dans Trois Mexique du ciel mexicain et au-delà, du carnaval des paradoxes de ce grand pays de littérature.

« Avec les paysans, tenez, j’ai douté parfois qu’ils sachent ce que c’est qu’un paysage, un arbre… Ça vous paraît bizarre… J’ai fait des promenades parfois, j’ai accompagné derrière sa charrette un fermier qui allait vendre ses pommes de terre au marché. Il n’avait jamais vu Sainte-Victoire. » (Conversations avec Cézanne, Editions Macula, 2022).

Il y a près de trois ans déjà, paraissait chez Flammarion Cézanne – Des toits rouges sur la mer bleue, Marie-Hélène Lafon publie aujourd’hui un récit (qu’elle appelle « roman ») sur son frère Gilles, paysan, en train de perdre sa ferme, sans doute parce qu’il n’a pas su suivre le mouvement, emprunter, investir… Mais Gilles vit dans sa ferme solitaire dans le Cantal. Il ne voit pas Sainte-Victoire.

L’annonce de la mort de Staline le 5 mars 1953 est tombée le matin où le PCF réunissait une conférence nationale – qu’il annula avant même qu’elle eût commencé. Tous les communistes étaient bouleversés. Le 12 mars paraissait à la une du n°456 des Lettres françaises le portrait du « petit père des peuples » par Picasso – qui allait faire éclater un scandale resté dans les annales du parti communiste.

Venise, millefleurs est le portrait romanesque de la ville qui rend la parole aux femmes – avec une narratrice « lassée du nombre de romans écrits sur Venise par des hommes qui projetaient sur la ville une image féminine pour mieux la fantasmer ». (Sollers est visé, Hemingway, et les autres…) La narratrice de Ryoko Sekiguchi pense que les écrivains n’ont jamais vraiment réussi à parler de Venise – moins bien, en tout cas, que les personnes qu’elle rencontre dans son récit, architectes, historiens, écologistes, militants ; les Vénitiens eux-mêmes à qui elle se présente avec un curieux projet : écrire un livre – un roman – sur Venise et ses fleurs, sa forêt…

Léa Bismuth s’empare du dernier texte que Blanqui écrivit dans sa dernière prison – au fort Taureau, dans la baie de Morlaix – et qui était resté totalement négligé jusqu’à aujourd’hui (comme le disait déjà Walter Benjamin il y a bien longtemps). C’est le texte L’Eternité par les astres, où Blanqui écrit : « Je me réfugie dans les astres où l’on peut se promener sans contrainte. »