« Nous adorons les femmes de Renoir (…) » disait Proust – « dans lesquelles, avant le traitement, nous nous refusions à voir des femmes. » (Essais, Pléiade/Gallimard, 2022). Dans sa correspondance qui paraît aujourd’hui, Auguste Renoir (1841-1919) raconte des horreurs sur les femmes artistes, en particulier – qui ne sont que des « veaux à cinq pattes » (il le dit aussi des femmes littéraires, avocates et politiques). Il dit être pour la femme qui sait faire un œuf sur le plat et raccommoder des chaussettes : « Ce sont les vraies », disait-il carrément. Il épargne juste la chanteuse et la danseuse : « Dans l’antiquité, et chez les peuples simples, disait-il, la femme chante et danse et n’en est pas moins femme. La grâce est de son domaine. » Renoir misogyne ?
Auteur : Didier Pinaud
On sait qu’au théâtre ou en musique une œuvre est inséparable de son interprétation et qu’il faudrait ainsi toujours citer l’interprétation la meilleure – comme par exemple Mozart dans son lied le plus célèbre, intitulé Abendempfindung, en fa, K. 523, par l’incomparable mozartienne Irmgard Seefried – ou encore le 23è concerto pour piano et orchestre, en la, K. 488, joué par Clara Haskill… « Interpréter c’est jouer », dit aujourd’hui Johann Michel dans son essai éponyme, savamment sous-titré « Herméneutique musicale », où il montre – en trois temps – qu’interpréter c’est déchiffrer – c’est performer – c’est aussi écouter …
« Le Moyen Âge est un enfant élevé par un vieillard… », disait Antoine Auguste Cournot que Marc Bloch citait dans ses Carnets inédits 1917-1943, qu’on peut lire aux éditions Amsterdam. Dans La Société féodale (qui a reparu le 22 avril dernier dans une édition revue et augmentée avec une préface de Mathieu Arnoux), Marc Bloch dit que ce monde qui se croyait très vieux était en fait dirigé par des hommes jeunes.
Christian Jouhaud est historien, il travaille sur le XVIIè siècle (« le terrain sur lequel a été installé mon travail d’historien »). C’est par exemple son livre sur « Richelieu et l’écriture du pouvoir » (Gallimard, 2015), ou encore « Le Siècle de Marie du Bois » (Seuil, 2022) qu’il avait sous-titré : « Ecrire l’expérience au XVIIè siècle ». Historien qui mêle aussi passé et présent, Christian Jouhaud voudrait écrire l’histoire elle-même.
« La poésie de Derrida » a dit un jour Emmanuel Lévinas (dans Noms propres) ; « Derrida écouté comme une musique » a dit de son côté Guy Petitdemange (dans « Philosophes & philosophies du XXè siècle »). Alors que paraissent de nouvelles éditions de certains de ses textes (le séminaire « La Chose », des années 1975-1977, mais aussi les discours et lettres politiques « Force de loi », « Voyous » et « Fichus »), on peut citer à nouveau Guy Petitdemange : « Comment en parler ? Faut-il en parler ? ».
Rimbaud avait souhaité « réinventer l’amour » ; Jarry l’avait fait dans Le Surmâle, qu’il avait sous-titré : « roman moderne », et qui commençait par cet axiome : « L’amour est un acte sans importance, puisqu’on peut le faire indéfiniment. » Ça se passait il y a un peu plus de cent ans. C’était l’aventure d’Ellen et de Marcueil, qui prenait à revers toute la tradition amoureuse.
Il ne s’agit pas là « d’entrer dans l’arène des interminables arguties concernant l’adhésion du philosophe à l’idéologie nazie » dit Georges Didi-Huberman dans ce nouvel essai pour parler de l’auteur d’Être et Temps, de « L’origine de l’œuvre d’art » et de son voyage en Grèce en 1962. Essai qu’il n’a pas intitulé « l’oubli de l’être » mais L’éboulis.
Voici les Œuvres choisies de Curzio Malaparte (1898-1957), un gros volume Quarto/Gallimard où l’on a notamment ses deux grands romans, Kaputt (1944) et La Peau (1949), sans lesquels on aurait sans doute oublié l’écrivain qu’il a été – lui qui a pourtant écrit beaucoup de livres, essais, polémiques, observations, souvenirs – « tous intelligents » dit Kundera qui figure en ouverture de ce gros volume Quarto avec son essai intitulé « La Peau : un archi-roman », extrait de son livre de critique littéraire : « Une Rencontre » (Pléiade/Gallimard).
Voici le nouveau roman d’Eric Chevillard, Jaune soleil, qui paraît comme il se doit chez Minuit avec la réédition simultanée de son autobiographie Monotobio dans la collection de poche « Double », où Chevillard cite l’Organon d’Aristote sur la question du hasard… pour dire, au fond, que « tout arrive nécessairement et sans aucune indétermination ».
Connaissez-vous la très belle revue d’histoire de l’art de la Villa Médicis, la revue Studiolo que les éditions Macula ont entrepris de publier depuis quelques années ? On pourra citer le numéro consacré à Raphaël en 2020-2021, mais aussi le numéro sur le thème de « l’indétermination » en 2021-2022 ; ou encore « La vie des œuvres » en 2023-2024 et aujourd’hui : « Atlas. Soutenir, Soutenable » qui est déjà le numéro 20. Car c’est en 2002 qu’avait été créée cette magistrale revue annuelle, internationale, trilingue (français, italien, anglais) par l’Académie de France à Rome – Villa Médicis…
Le sort des femmes, soit le thème de l’essai de Colette Soler Lacan et l’Être femme (Puf). Soler et non « Sollers », qui a quant à lui commis un célèbre roman en la matière, Femmes (Gallimard, 1983) et s’ouvrait sur la phrase programmatique suivante : « Le monde appartient aux femmes. / C’est-à-dire à la mort. / Là-dessus, tout le monde ment. » Lacan trouvait Sollers illisible (comme lui).
« Qu’on se le dise : Histoires de Samora Mâchel est un des rares livres où le lecteur ne pourra relever aucune faute d’orthographe », comme le soulignent malicieusement ses éditeurs Guillaume Fau, Gérard Nguyen Van Khan et Briec Philippon dans les différents textes d’introduction qu’ils ont concoctés pour ouvrir ce livre d’une nouveauté « indépassable et indépassée » – qui « a été écrit, plus que par un écrivain, par un conteur dont la vie s’est confondue avec la quête insatiable d’une éloquence soucieuse de rythmes, de cadences, d’harmonies, de sonorités ».
Il faut en finir avec le Jugement de Freud, dit en substance aujourd’hui Paul B. Preciado dans son essai suivant le texte de N.O. Body, Mémoires des années de jeune fille d’un homme (qui paraît aujourd’hui aux éditions du Seuil dans la collection La Librairie du XXIè siècle), récit d’un jeune homme enfermé dans une assignation sexuelle qui ne lui correspondait pas.
Très tôt elle eut droit à l’attention du grand critique littéraire Jean-Pierre Richard (1922-2019), dans ses Essais de critique buissonnière (Gallimard, 1999), où il disait que « sans être des contes de fées, les textes d’Anne Serre relèvent pourtant quelque peu de leur thématique et de leur fantasmatique ».
Pour paraphraser Marx parlant du « génial Leroux », député socialiste de Paris qui, en juin 1848, tout frais élu, avait pris la parole à la tribune de l’Assemblée constituante plaçant les parlementaires devant un choix radical : « Si vous ne voulez pas sortir de l’ancienne économie politique (…), je dis que vous exposez la civilisation ancienne à mourir dans une agonie terrible » ; voici le livre du « génial Godin ».