A l’occasion de son exposition à Paris, A backroom is a backroom is a backroom, à la Galerie Arnaud Deschin, rencontre avec le photographe et vidéaste Marc-Antoine Serra pour un entretien où il est question, entre autres, d’images et de littérature, de désir, de Walter Benjamin et de Roland Barthes, de Marseille, de Cézanne, de BD, d’imaginaire, d’Instagram, de jeunesse ou de solitude.

Si les connexions entre poésie contemporaine et cinéma apparaissent d’emblée dans la réappropriation du cinéma en tant que sujet, thématique, figures, par le texte poétique, et en particulier dans les références filmiques très présentes qui entrent dans la composition des textes poétiques, le réinvestissement des pratiques cinématographiques dans le poème reste un axe des plus intéressants de convergences, d’influences, de porosité entre les deux domaines. La confrontation du texte poétique avec les outils techniques de l’écriture cinématographique sera ainsi l’axe privilégié dans cette première approche de la question « poésie contemporaine et cinéma », sous l’angle de leurs interférences et de leurs connexions.

Qu’est-ce qu’un poème ? demande Jacques Rivette quand il écrit sur Cocteau : « une pauvreté retournée en richesse, une boiterie devenue danse, en bref, un heureux dénuement ».
Un heureux dénouement – j’avais lu d’abord, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. La vie du poème ne donne pas le sens de la vie, c’est l’interprétation que je ferais de mon erreur. Le poème renverse plutôt le destin, il est la parodie de l’existence, sa revanche. Et à la fin, il n’y aura peut-être que lui, et son visage de film, qui répondront de la vie, à la place du destin.

Je pressentais bien que l’on rentrait dans une ère clinique. Tracks l’a bien compris dans son émission sur Arte du 8 mars dernier qui présentait le film juste avant un rapide reportage sur des artistes chinois proposant la mise en scène de cadavres humains et montrant une préoccupation envers la « surmédicalisation » de notre monde.
Grave, est le premier long métrage de Julia Ducournau, jeune réalisatrice diplômée de la Femis et fille de médecin. Elle y dépeint comment Justine, adolescente issue d’une famille végétarienne, se retrouve, sur la trace de sa sœur aînée et de leurs parents, en première année d’une école vétérinaire. Son arrivée est marquée au fer rouge par un violent bizutage : une absorption forcée d’organes crus d’animaux. Suite à quoi l’étudiante plonge dans une faim carnivore sans limites qui se transforme peu à peu en faim cannibale.

Le Secret de la chambre noire, de Kiyoshi Kurosawa, peut être envisagé selon un tropisme en lien avec la serre où Marie (Constance Rousseau), quand elle n’est pas la fille aux daguerréotypes, élève des plantes rares.
Le sujet principal du film, ainsi que les attendus fantastiques de son récit, concernent pourtant bien la réalisation de portraits sous forme de daguerréotypes. Stéphane Hégray (Laurent Gourmet) photographie sa fille dans un atelier situé au sous-sol de sa demeure ancienne, à Gennevilliers. Le terrain des Hégray est isolé, dans un paysage en attente de reconstruction, selon un étrange déplacement des zones désertes que le cinéaste a su filmer au Japon.

Erreur d’enveloppe mise à part, Moonlight était intrinsèquement taillé pour avoir l’Oscar et faire consensus — Oscar du meilleur film, du meilleur acteur dans un second rôle pour Mahershala Ali, du meilleur scénario adapté. Il s’agit, de fait, d’une fausse surprise et surtout d’un vrai faux ami pour les LGBT qui crient aujourd’hui victoire. Joffrey Speno expliquait pourquoi le 15 février dernier, nous republions son article.

« On ne s’absout pas de ces péchés dans une église, on le fait dans la rue, le reste ne vaut rien, et je le sais ! », déclarait Harvey Keitel au début du Mean Street de Martin Scorsese, cinéaste ayant toujours mis la foi et le mystère au cœur de son œuvre. Il aura fallu des années au cinéaste pour réussir à monter l’un des projets qui lui tenait le plus à cœur : Silence, magistral film sur la foi et le doute.

Le film de Ang Lee, Un jour dans la vie de Billy Lynn, est en salles depuis le 1er février. Le scenario de Jean-Christophe Castelli est l’adaptation d’un roman remarquable de Ben Fountain, paru en France en 2013 chez Albin Michel dans une traduction de Michel Lederer, et désormais disponible en poche chez 10/18 : Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn.
Or le roman était justement centré sur un projet hollywoodien : s’emparer de l’histoire vraie de huit soldats de la compagnie Bravo, si du moins ces films sur l’Irak ne commencent pas à « « contreperformer » au box-office ». Le film joue donc d’une mise en abyme pensée par le roman.

Le récent épisode médiatico-idéologique autour du film Sausage Party a mis en lumière un phénomène pas si nouveau sur les réseaux sociaux : la montée en puissance des fâcheux et de la « fâcheux-sphère » que l’on pourrait définir comme le comportement des imbéciles pratiquants qui croient devoir et pouvoir gouverner la pensée d’autrui pour d’obscurantistes raisons.