Boris Vian (pré)disait qu’il ne vivrait pas jusqu’à quarante ans. À l’occasion des 100 ans de sa naissance, les éditions Dupuis rééditent Piscine Molitor de Cailleaux et Bourhis (en tirage limité à 1 500 exemplaires, avec un dossier inédit de 16 pages). Son imagination était débordante, ses talents multiples, sa maladie était sa solitude : Cailleaux et Bourhis signent le portrait de Boris Vian dans un roman graphique d’une grande sensibilité où percent mélancolie et admiration.

La Castiglione fut Circé et Narcisse, une artiste des métamorphoses. Sa quête identitaire prit, durant sa vie, la forme d’un portrait toujours inachevé (plus de 500 photographies) de soi en Autre : c’est cette femme réelle, d’autant plus énigmatique qu’elle se mit elle-même en scène, que Nathalie Léger prend pour centre fuyant de son roman L’Exposition, paru en 2008 et que les éditions P.O.L republient en poche.

C’est à l’occasion du vingtième anniversaire de la disparition de Nathalie Sarraute, intervenue le 19 octobre 1999, que fleurissent, notamment cette semaine, nombre d’événements célébrant l’œuvre de la romancière. A commencer par la parution, chez Flammarion, d’une première grande biographie de l’auteure d’Enfance signée par Ann Jefferson, professeure émérite d’Oxford.

La solitude Caravage qui vient de paraître chez Fayard est un livre qui fera date dans la connaissance et la portée de l’œuvre du génie italien. Comme dans ses romans, Yannick Haenel dévoile une suite prodigieuse de précisions, de scènes et d’illuminations qui se lisent par bonds. C’est un tour de force : ces toiles si connues, si commentées et qui ont quatre siècles se posent devant nos yeux comme si c’était la première fois. Voici le Caravage vivant, miraculeusement là. L’auteur nous a accordé un grand entretien.

Winston Churchill et Charlie Chaplin, le 19 septembre 1931, à Londres.
Winston Churchill et Charlie Chaplin, le 19 septembre 1931, à Londres.

La plage n’est certainement pas le premier lieu auquel on associerait spontanément Churchill et Chaplin. C’est pourtant sur le sable que les deux hommes se plaisaient à cheminer côte à côte pour converser, comparer, échanger leurs impressions quant à leurs projets et leur mal-être. Plutôt leur mal-être et leurs projets… Que tout ceci soit ou non véridique importe peu. Maniant habilement les outils de la vraisemblance historique, documentaire et narrative, Michael Kölmeiher nous invite à suivre les vacillements et rebondissements de ces deux grands hommes. Que pouvaient avoir en commun Winston Churchill et Charlie Chaplin ?

L’Énigme Tolstoïevski paraît aujourd’hui, nouveau paradoxe d’un menteur, pour décaler le titre du premier essai de Pierre Bayard (1993), fondateur d’une collection des éditions de Minuit comme d’une œuvre tout entière sous le signe d’un jeu à la fois sérieux et ludique, visant à transformer notre rapport à la littérature, donc à la représentation du monde.

Carson McCullers

Il n’est pas nécessaire de présenter Carson McCullers, superbe météorite de la littérature américaine, une autre sudiste, comme William Faulkner, née vingt ans après lui, en 1917, en Géorgie. Il est également superflu de présenter l’excellente Josyane Savigneau, qui a dirigé et animé avec talent Le Monde des Livres, pendant de nombreuses années, dans le célèbre quotidien du soir, selon l’image désormais consacrée. Cette dernière avait publié une biographie remarquable de Carson McCullers, en 1995, aux éditions Stock, qui avait été saluée à sa juste valeur, lors de sa publication. Le Livre de Poche a eu la brillante idée de republier cet ouvrage au début de l’été 2017.

En 1975, dans Le bref été de l’anarchie, Hans Magnus Enzensberger écrit que l’histoire est une représentation collective mais aussi « une fiction dont la réalité fournit la manière première ».
Même si la citation originale place davantage l’Histoire du côté de l’invention et de la découverte (« Die Geschichte ist eine Erfindung, zu der die Wirklichkeit ihre Materialien liefert »), l’Histoire n’en demeure pas moins une fiction au sens latin du terme, fictio, action de façonner, de travailler une matière pour lui donner une forme : elle est une (re)composition et une façon (fictio), ce dont témoignent deux livres récemment republiés en poche par Verdier : Le Brigand de Cavanac de Dominique Blanc et Daniel Fabre et Vidal, tueur de femmes par Philippe Artières et Dominique Kalifa — deux livres qui chacun, dès leur cosignature, figurent un dialogue, celui du réel et de sa fiction, dans un travail par montage d’archives et segments de discours.

Poète marquant de la scène poétique actuelle, croisant travail poétique, performance et musique, écrivain, batteur, auteur notamment du Théorème d’Espitallier, (Flammarion), Tractatus logo mecanicus, Army (Al Dante), De la célébrité : théorie et pratique, (10/18), Salle des machines (Flammarion), France Romans (Argol), Tourner en rond : de l’art d’aborder des ronds-points (PUF), Jean-Michel Espitallier livre avec Syd Barrett – Le rock et autres trucs un ovni sidérant, portrait croisé des Sixties et de Syd Barrett, le génie foudroyé, le fondateur de Pink Floyd.

Isabelle Eberhardt

Qui peut résister à Isabelle Eberhardt après l’avoir découverte ? La nouvelle bio-fiction de Tiffany Tavernier, chez Tallandier, confirme la règle qu’on ne plonge pas impunément dans l’aventure de celle que les prédécesseurs en biographie ont, tour à tour, nommée, « la bonne nomade », « une Russe au désert », « La Louise Michel du Sahara », « la Révélation du Sahara », « l’amazone des sables », « l’errante », « une rebelle », « une Maghrébine d’adoption », « Nomade », « Isabelle l’Algérien », « Si Mahmoud »… Dans La couronne de sable, Françoise d’Eaubonne suggérait même qu’elle serait la fille de Rimbaud… Entre document, fantasme et reconstitution, la vie d’Isabelle Eberhardt fait rêver. En ces temps où l’islam est au banc des accusés, il peut être intéressant de relire sa vie et surtout de lire ses textes et de comprendre, des uns aux autres, cette quête profonde pour construire son identité hors des chemins de sa naissance.

Bob Dylan vient de recevoir le prix Nobel de littérature 2016. Au-delà de la surprise sur le moment (même si son nom revenait depuis des années parmi les favoris), du ballon de baudruche de la soi disant modernité qu’il y aurait à couronner la chanson (dont les liens avec la littérature remontent à la nuit des temps…), Bob Dylan, donc, ou comme l’écrivait François Bon qui donne peut-être là les clés de ce choix : « Dylan comme masque obscur de nous-mêmes.