Etty Hillesum. Un nom que j’ai découvert au détour d’un cours de philosophie morale sur « Le mal ». À la suite de la lecture du Concept de Dieu après Auschwitz, de Hans Jonas, je plonge dans la Vie bouleversée, d’une jeune universitaire dont je n’ai jamais entendu parler. Je découvre alors le journal intime qu’elle a tenu de 1941 à 1943 avant d’être assassinée, ainsi que toute sa famille, à Auschwitz, parce que juive.

Huit ans après My Absolute Darling, Gabriel Tallent signe un nouveau roman virtuose, La Voie. Deux lycéens, Dan et Tamma, poursuivent leur rêve : grimper ensemble toute leur vie. Deux adolescents du désert qui s’échappent de chez eux, la nuit, pour escalader à l’aube, avant d’aller en cours. Deux amis évoluant dans des familles désargentées, fumant des joints et rêvant de faire corps aux canyons. Un roman d’escalade subversif, où « espérer est synonyme de terreur et d’exposition ».

Deux livres de Forough Farrokhzâd viennent de paraître simultanément dans une nouvelle traduction : l’un rassemble des textes en prose (principalement des lettres, avec des nouvelles, un récit de voyage en Europe, le scénario de la Maison est noire, quelques articles et des entretiens) ; l’autre, l’œuvre poétique complète, qui comprend cinq recueils, La Prisonnière (1954), Le Mur (1955), Rébellion (1956), Une autre naissance (1964) et Croyons à l’approche de la saison froide (posthume).

Le Palmier entraîne le lecteur sur les pas de Vive, huit ans, dans un jardin en apparence merveilleux et protecteur mais soumis à des intrusions violentes et à la mort. « Le langage est un rempart contre l’oubli », confie Valentine Goby. Dans ce parcours vers un dévoilement final, l’enquête menée par Vive sur ce palmier, qui n’est pas qu’un palmier, déploie une poétique du dédoublement et de l’attention au détail, au monde, à sa beauté et à ses failles, comme le souligne l’entretien que l’autrice nous a accordé.

Avec Nos invisibles (Cambourakis, 2024), Charlotte Bonnefon tisse un récit onirique et fragmentaire où se croisent mémoires traumatiques, violences coloniales, exils et résistances féminines. Entre archives morcelées et motifs obsédants, ces mémoires entravées tourbillonnent et se cristallisent en une sensation à la fois intime et universelle. Le livre est un objet totem, mosaïque de silences et de fulgurances, qui interroge : comment représenter l’invisible sans le trahir ou le figer ? Notre entretien avec l’autrice explore la genèse de ce texte labyrinthique, son rapport aux archives, la symbolique du tissage, des plantes et du minéral, et la manière dont l’écriture peut devenir acte de réparation collective.

Catherine Malabou réédite deux de ses livres, Au voleur ! Anarchisme et philosophie, dans la belle collection Quadridge des Presses Universitaires de France, et Ontologie de l’accident dans la merveilleuse Petite Bibliothèque/ Rivages poche. Elle avait jadis écrit La contre-allée avec Jacques Derrida (La Quinzaine/ Louis Vuitton, 1999), où l’on lisait notamment que « la déconstruction, c’est l’Amérique » (et aussi : « La déconstruction, c’est ce qui arrive »). L’Amérique, où Catherine Malabou enseigne la philosophie (à la New York University et à l’université de Californie, Irvine).

Francesco Petrarca naît à Arezzo en 1304 et meurt à Arquà, près de Padoue, en 1374. Sa famille s’installa à Carpentras après le déplacement de la papauté à Avignon en 1309. Pétrarque, François Pétrarque, serait par conséquent un peu français, lui qui chanta inlassablement Laure d’Avignon, qui effectua de longs séjours à Fontaine-de-Vaucluse ou qui donna son nom au pétrarquisme en fécondant les lettres françaises, de Ronsard à René Char (voir l’étude de Martin Rueff dans la revue Po&sie [131-132, 2010], « De la rectitude des noms – note sur le pétrarquisme français »). Étienne Anheim, en historien, s’applique à restituer la « famille » de Pétrarque.

Voici quelques années maintenant que la dark romance soulève régulièrement débats et polémiques. La presse s’empare souvent du phénomène littéraire pour ne relayer que les controverses dans les pages « société » des quotidiens et hebdomadaires qui s’inquiètent des effets de cette littérature sur un lectorat souvent jeune, et parfois, il est vrai, trop jeune. Avec Dark romance – Guide amoureux que publient les éditions Goater, la chercheuse Fleur Hopkins-Loféron s’est attachée à décrypter le genre et à analyser cette littérature qui représente actuellement (New romance et dark romance confondues) près de 8% du marché mondial du livre.

Le rat ne revient pas seulement dans les caves, les ports ou les arrière-cours des grandes villes, il resurgit dans les replis les plus anciens de notre imaginaire. À la faveur dune alerte sanitaire liée à un Hantavirus sur un navire de croisière, cest toute une mémoire enfouie des épidémies qui resurgit brutalement. Depuis le Covid-19, le simple mot de « virus » suffit désormais à produire un effet psychique immédiat : aucune menace infectieuse n’est anodine et chaque épisode semble réactiver un état latent dinquiétude collective.

Parce que les crises écologiques que nous traversons nécessitent de l’imagination, dans l’action comme dans le renouvellement des formes littéraires, Laure Limongi crée avec l’Invention de la mer une fiction qui entrelace les genres littéraires. Paru aux éditions du Tripode en janvier 2025, son récit hybride roman, conte, essai et poésie, dessinant un futur utopique de créatures chimériques marines. La narratrice, elle-même chimère de poulpe, traduit au lecteur, en « obsohumain », un langage fait d’odeurs et de vibrations dans un texte qui s’enrichit de notes de bas de page, d’intertextualité et de lexiques. L’hybridité de la langue rejoignant celles de la structure du récit et des personnages, témoigne de la volonté de l’autrice de raconter autrement un monde à réinventer.Entretien avec Laure Limongi.

Mathilde Girard, cinéaste, écrivaine et psychanalyste, se consacre à Adrien Borel (1886-1966) psychiatre et psychanalyste français, analyste de George Bataille, dans un roman mêlant histoire, psychanalyse et littérature, où jaillissent les mots des grands acteurs intellectuels des années 30. On entre chez Borel et on écoute George Bataille, on saisit les mouvements de Michel Leiris et la puissance de Colette Peignot. Elle nous a accordé un grand entretien à l’occasion de la sortie de ce cinquième volume de la collection Aventures dirigée par Yannick Haenel chez Gallimard.

Dans Erreur sur la marchandise, l’économiste Amine Messal propose de « reprendre » le libéralisme à ceux qui, selon lui, lont vidé de sa substance. Lessai, publié aux Éditions Rue de l’échiquier, se présente comme une tentative de clarification intellectuelle dans un moment où le mot « liberté » semble saturé de sens contradictoires.

En 2022 paraissait Les autres ne pensent pas comme nous, le livre majeur du diplomate Maurice Gourdault-Montagne. Trois ans plus tard, alors que les lignes de fracture se déplacent, que les conflits senkystent comme de mauvaises tumeurs et que lOccident découvre, souvent avec retard, que ses idéaux n’éclairent plus le monde avec la même évidence, cet ouvrage simpose « en force nouvelle ». On y revient, comme on revient toujours aux grands textes de discernement.