Virginie Despentes (DR)

C’est quoi l’esprit d’un peuple ? Vieille question des romantiques et des nationalistes, des philosophes et des politiciens, qui revient hanter, en boomerang, la trilogie de Virginie Despentes, et que son dernier tome, tout juste paru, loin de boucler, relance de façon vertigineuse. Une « sorte de bande », « brigade bisounours », « communauté bizarroïde », « secte »,
« convergence » ou « égrégore », tels sont les termes qui tentent de saisir l’insaisissable bande à Vernon, constituée au fil des épisodes.
Vernon Subutex, au départ, n’est pourtant que l’histoire d’un type qui survit. Par Chloé Brendlé

L’enfouissement, la sensation d’enfouissement. Ma tanière : quatre-vingt mètres carrés dans une petite rue bordée d’orangers, vue sur un coin du port de plaisance (l’antique d’Athènes), balcon côté chambres avec vue plongeante sur le quartier, deux chambre, oui-oui, livres, canapé, La Dame de Leche cadeau d’anniversaire de François Martin, tapis, bougies le soir et, suprême chic, quatre tables de travail – autant dire calme, luxe et volupté après des décennies de niches parisiennes.

Citation Jorge Semprun

Point zéro. Souvent, le bureau de poste, à partir duquel on calcule les distances. Point zéro de l’écriture. Le « je ». Mon point zéro, en Grèce. Grèce intérieure, autofictionnée, objectif agrandissant, ou rapetissant les distances, focus, zoom grand angle, gros plan, laboratoire de pataphysique (science des solutions imaginaires), remontage de la réalité. Lieu trouvé, trouvaille, langue retrouvée. Sauf que là, c’était la zone. Ma réalité, démontée. Je roulais à toute allure dans ma voiture autofictionnelle, des chansons grecques plein la tête, j’allais d’une chronique à l’autre au petit bonheur, et soudain, police. Ma voiture, arrêtée en rase campagne. Madame, vos papiers, vous avez enfreint la réalité, vos petits trafics ne nous ont pas échappé. C’est du lourd. C’est La Disparue d’Egine, qui excite l’agent. Voiture confisquée. Plus de point zéro. Des mois à raturer. Finito la musica, finito la fiesta.


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L’exposition présentée par le Centre de la photographie de Genève ne porte ni sur un artiste, ni sur un objet ou un domaine que la photographie explorerait en tant que medium. Elle porte sur un dispositif dont la photographie est l’opérateur par excellence : celui de la surveillance. C’est, de ce point de vue, une exposition véritablement conceptuelle. Mais en même temps, l’exploration des dispositifs plonge dans un bain d’images qui, même si nombre d’entre elles n’ont originellement pas une vocation esthétique, produit un véritable environnement esthétique, faisant surgir comme objet d’un regard artistique le milieu dans lequel nous sommes immergés sans même songer à le voir. Elle produit aussi un environnement sonore : celui des grésillements technologiques, ou des voix superposées d’une salle à l’autre, d’une vidéo à une autre, d’un montage auditif à un autre. Par Christiane Vollaire.

Bill Cunningham photo NYT

Journaliste et photographe de mode, Bill Cunningham vient de mourir à l’âge de 87 ans. Depuis 1978, il tenait une rubrique photographique hebdomadaire dans le New York Times, fixant dans son objectif toutes les excentricités vestimentaires rencontrées au cours de ses déambulations cyclistes. Jean-Louis Legalery, en hommage.

Le professeur émérite David Crystal en 2004, photo University of Salford, UK
Le professeur émérite David Crystal en 2004, photo University of Salford, UK

Il n’y a pas que l’appartenance à l’Union Européenne pour enflammer le Royaume-Uni. Le célèbre linguiste David Crystal, professeur émérite à l’université de Bangor, au Pays de Galles, et à l’université de Reading, qui est, depuis de très nombreuses années, la référence internationale en matière de linguistique anglaise et de langage en général, est entré dans une grande colère, à la fin du mois de mai, contre les règles illogiques et anti-pédagogiques imposées aux élèves grands-bretons par la plupart des LEA (Local Educational Authority) et leur tutelle hiérarchique, the department for educationPar Jean-Louis Legalery. 

 

Au cas, peu probable quand même, où on ne se souviendrait plus dans les chaumières du groupe anglais punk The Clash, formé en 1976 par Joe Strummer, Mick Jones, Paul Simonon et Nicky Headon, rappelons que le titre de cet article est emprunté à leur grand succès de 1982, Should I stay or should I go ? D’une part parce que le rythme est superbement endiablé, d’autre part parce que les paroles, fondées sur le devenir d’une relation sentimentale entre deux individus, ont pris une résonance prémonitoire dans la mesure où 1982 fut l’année du début du déclin du groupe et finalement de leur séparation. Vingt-quatre ans plus tard ces mêmes paroles prennent un tour que l’on pourrait aisément qualifier de politiquement cocasse, puisque le thème principal, la rupture, est à l’ordre du jour chez nos amis et voisins les Grands-Bretons. Par Jean-Louis Legalery.

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Cest un peu cavalier de vous appeler par votre prénom et de m’adresser ainsi à un défunt. Mais si nous ne nous connaissions pas, enfin vous ne me connaissiez pas (le contraire eût été peu probable), cependant vous m’étiez tellement familière pour de multiples raisons. Vous étiez tellement attachante, sympathique et digne d’un profond respect que votre disparition m’a affecté comme si nous étions de la parenté comme disent nos cousins québécois. Par Jean-Louis Legalery.

La députée assassinée Jo Cox, photo The Houses of Parlaiment
La députée assassinée Jo Cox, photo The Houses of Parliament

Helen Joanne (‘Jo’) Leadbeater, épouse de Brendan Cox, députée travailliste de la circonscription de Batley and Spen, dans le West Yorkshire, où elle était née le 22 juin 1974, est morte, hier jeudi 16 juin 2016, d’une très violente agression, devant la bibliothèque de Birstall où elle venait de tenir une réunion avec ses électeurs (a constituency surgery) pour les convaincre de la nécessité pour le R.U. de rester dans l’UE, sous les balles et les coups de couteau d’un individu qui a hurlé Britain First, slogan qui en rappelle fâcheusement d’autres et qui est aussi le nom d’un minuscule parti d’extrême droite au Royaume-Uni. Par Jean-Louis Legalery.

© Dominique Bry
© Dominique Bry

Il ne s’agit pas d’une métaphore pour annoncer que les Grands-Bretons pourraient décider de quitter l’Union Européenne après le 23 juin, ont-ils été vraiment dedans jusqu’à présent ? Mais ceci est une autre affaire… Non il s’agit bien d’une question technique et matérielle qui va nécessiter une réparation qui s’étendra sur de longs mois à partir de janvier 2017 et qui privera les londoniens du célèbre carillon.

António Lobo Antunes
António Lobo Antunes

« Il n’est pas à la beauté d’autre origine que la blessure, singulière, différente pour chacun, cachée ou visible, que tout homme garde en soi, qu’il préserve et où il se retire quand il veut quitter le monde pour une solitude temporaire mais profonde » (Jean Genet)

« Le monde a été fait à l’envers », a dit un jour un vieil homme dans un hôpital psychiatrique à António Lobo Antunes. Un homme que « les médecins appelaient schizophrène » et qui, en proie à ces mots qui le torturaient, a donné au jeune écrivain la plus simple leçon d’écriture qui soit : on ne peut écrire qu’à partir de ce qui précède les mots. Par Melina Balcazar Moreno.

Zlatan Ibrahimovic
Zlatan Ibrahimovic

Quelques jours avant que ne commence la coupe d’Europe des nations de football, surnommée de façon significative l’Euro puisque cette compétition engendre beaucoup de profits financiers, l’envoyé spécial de Diacritik aurait rencontré l’ex-attaquant du PSG, Zlatan Ibrahimovic, sur l’îlôt de Clipperton où il était parti se ressourcer parmi les siens. Monarque auto-proclamé (« arrivé comme un roi et parti comme une légende »), on pensait davantage à la phrase de Pierre Dac, « parti de rien et arrivé à pas grand’chose », c’est la raison pour laquelle il semblait nécessaire de rencontrer ce nouveau roi-soleil serbo-suédois. Par Jean-Louis Legalery.