Roland Barthes, l’homme de la Vita Nova

Tout semble se trouver dans la biographie de Thiphaine Samoyault qui vient de paraître en poche, chez Points : Le Barthes orphelin de père et épris de mère. Le Barthes atteint par la tuberculose et passant quatre ans dans des sanas. Le Barthes qui connaît une carrière disloquée dans les marges des champs universitaire et littéraire pour terminer par une chaire de Poétique au Collège de France. Le Barthes créant une version bien à lui de la savante sémiologie mais l’appliquant à des sujets à la portée de tous comme en ces Mythologies qui démontent les fantasmes des Français au temps du gaullisme. Le Barthes engagé qui défend le théâtre de Brecht et celui de Vilar, mais évite manifestes et manifestations, se disant marxiste non communiste tout en accompagnant Sollers en Chine au temps de la Révolution culturelle. Le Barthes à demi zen et ne redoutant rien tant que l’hystérie. Le Barthes plus attentif aux signes qu’aux choses et se donnant pour cible cette doxa qui régit toutes les conventions et toutes les régressions. Et tant d’autres Barthes encore qui ont assuré le rayonnement d’une figure intellectuelle majeure auprès des meilleurs spécialistes comme d’un public plus large.

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Vendredi 1er juillet : n’en déplaise à la météo, l’été est là, pour certains ce sont les premiers départs, rêves d’archipels et exils sur le sable, horizon bleu. D’autres voyageront immobiles, « à quoi bon bouger quand on peut voyager si magnifiquement dans une chaise » comme l’écrivait Huysmans, parangon des A Rebours.

Diacritik s’installe aussi dans son rythme estival : des articles inédits toujours, de nouvelles signatures durant tout l’été, et des projets passionnants et fous pour septembre. Pour nos critiques littéraires, une pile de 560 nouveautés françaises et étrangères traduites — le chiffre est tombé via Livres Hebdo, ici on ne compte pas — à découvrir, arpenter, des choix à opérer, des entretiens à mener (certains sont déjà dans la boîte). L’été est un paradoxe pour les acteurs du monde du livre, leur farniente est un « ad legendum« . La rentrée littéraire commencera mi-août, dans vos librairies comme dans nos pages.

10330307_1128951637156793_8888554737983979618_nQuatre livres signés Colette Fellous, Antoine Compagnon, Philippe Sollers et Chantal Thomas : tous ont Roland Barthes pour centre irradiant, qu’il s’agisse de La Préparation de la vie et de L’Age des lettres, de L’Amitié de Roland Barthes : un Pour Roland Barthes, feuilleté, aimé, connu, rappelé. Quatre images du désir du texte, d’un amour de la langue et du goût du présent.
Après Colette Fellous, arrêtons-nous sur le texte de Philippe Sollers, publié au Seuil en octobre dernier.

Roland Barthes, 1978 — Photo : Sophie Bassouls / Sygma / Corbis
Roland Barthes, 1978 — Photo : Sophie Bassouls/Sygma /Corbis

Quatre livres signés Colette Fellous, Antoine Compagnon, Philippe Sollers et Chantal Thomas ; tous ont Roland Barthes pour centre irradiant, qu’il s’agisse de La Préparation de la vie, de L’Age des lettres, ou de L’Amitié de Roland Barthes : un Pour Roland Barthes. Un Roland Barthes par d’autres, connu, aimé, feuilleté. Quatre images du désir du texte, d’un amour de la langue et du goût du présent.
Et d’abord, premier texte de cette série, Colette Fellous, sa préparation de la vie et Barthes « aimant », dans tous les sens de ce si beau terme. « Je me souviens qu’il disait : je n’aime pas qu’on parle de moi ni en bien ni en mal, j’écris pour être aimé de quelques-uns mais de loin ». Roland Barthes, si loin, si proche, « sorte de reporter spirituel » et « guide vagabond ».

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Déjà récompensé au début de la rentrée littéraire par le prix du Roman Fnac, Laurent Binet a reçu aujourd’hui le prix Interallié 2015 pour La Septième fonction du langage (Grasset). Retour sur le livre sous-titré «qui a tué Roland Barthes ?», primé 100 ans jour pour jour après la naissance du critique littéraire et sémiologue français.

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Ce sont deux expositions terminées que Diacritik a souhaité rouvrir, celle des écritures de Roland Barthes à la BNF, celle que la collection Lambert a consacrée à Patrice Chéreau et qui se termine ce week-end à Avignon (article ici). Dans les deux expositions, des agendas ouverts, fascinants, comme l’entrée du visiteur dans une intimité absolue, une présence mais aussi le laboratoire de la création, faussement ordonné. L’emploi du temps devenu œuvre.

Roland Barthes, 1978 — Photo : Sophie Bassouls / Sygma / Corbis

Dans les dernières minutes du splendide documentaire que Chantal Thomas et son frère Thierry Thomas consacrent tendrement à Roland Barthes, on entend le sémiologue revenir sur les raisons qui l’ont conduit à s’intéresser à la photographie dans La Chambre claire, son ultime essai :

Dans les dernières années de sa vie, Roland Barthes caressait le doux et infini projet, toujours repoussé jamais accompli, d’écrire un essai qu’il désirait intituler La Phrase au cœur duquel, comme il s’en explique dans son Roland Barthes par Roland Barthes, il aurait traqué, parmi ses auteurs favoris, la phrase comme une savante érotique et une patiente idéologie. Sans doute ce même Roland Barthes serait-il aujourd’hui pour le moins surpris de se découvrir héros malgré lui de La Septième fonction du langage de Laurent Binet, un des romans parmi les plus plébiscités de cette rentrée littéraire, où pourtant ne figure paradoxalement pas l’ombre d’une phrase, pas l’amorce d’une écriture, pas même le ton inexpressif d’une quelconque voix : La Septième fonction du langage inventerait malgré soi le degré gelé de la Littérature, le degré moins un de l’écriture.
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