Sans doute le moment est-il inédit dans l’histoire de la Ve République pourtant riche en mouvements sociaux : après désormais plus de 50 jours de contestation sociale et de grève, 70% de Français plus que jamais hostiles au projet de loi, des conflits d’intérêt en pagaille, des millions de gens dans les rues et maintenant un avis assassin du Conseil d’Etat, macron n’a toujours pas retiré sa « réforme » des retraites.

Le 1917 de Sam Mendes s’ouvre sur un soldat au pied d’un arbre et se termine… au pied d’un arbre, le temps d’un film entièrement tourné en plusieurs plans-séquences qui, magie du montage numérique, n’en forment qu’un seul. Entre-temps, la caméra n’aura pas lâché un instant ce soldat, le suivant à chaque pas dans sa mission. Mais il serait vraiment dommage de réduire 1917 à cette seule prouesse visuelle.

A l’occasion de la publication d’Europe Odyssée, entretien avec Jean-Philippe Cazier où, entre autres, il est question de l’écriture politique, de la poésie et du débordement de la langue, de la violence de l’Histoire et de ceux et celles – migrants, réfugiés, déportés, exilés – qui la subissent et la contestent, de la possibilité d’une épopée contemporaine, d’une cosmopolitique comme résistance à l’ordre policier du monde.

« Car c’est là où je suis, là où se tient ce texte : entre les nouveaux morts et les anciens vivants, entre la vie qu’on eut et celle qu’on n’aura plus. Là exactement. » Tels sont les mots, vibrants et poignants, et bientôt ultimes qui viennent presque clore le splendide dernier livre de Mathieu Riboulet, Les Portes de Thèbes qui vient de paraître aux éditions Verdier.

Le styliste et designer Walter Van Beirendonck est aussi artiste. Ou plutôt : il ne l’est pas « aussi », il l’est constamment, lorsqu’il crée des vêtements comme lorsqu’il réalise des œuvres. Ce n’est pas que la création de vêtements soit en soi de l’art, mais chez Van Beirendonck celle-ci implique toujours une tension vers la création artistique, de même que la création artistique reprend les moyens et matériaux de la haute-couture. Walter Van Beirendonck occupe une place singulière, entre l’art et le stylisme, mêlant sans cesse l’un à l’autre, chacun de ces domaines étant travaillé par l’autre, et par là-même transformé, dépassant ses propres limites.

Si le premier livre de Pierre Chopinaud est une sorte de cosmogonie, c’est aussi un roman d’apprentissage. Enfant de perdition est également un livre habité par l’histoire contemporaine, par sa violence définitoire. Et il s’agit tout autant d’un texte qui tend vers le roman épique ou picaresque, ou vers le fantastique, ou l’onirique, ou la réflexion philosophique… Dans cette multiplication des formes, le livre prélève tel ou tel trait de chacune et les entremêle librement, sans les distinguer, en les fondant au contraire, pour de nouvelles formes hybrides ou mutantes.

« Il n’y a rien d’inhumain dans une ville, sinon notre propre humanité » avançait Georges Perec dans Espèces d’espaces au cœur d’un questionnement plus inquiet qu’amusé sur l’espace urbain dont nous sommes faits. Nul doute que cette condition urbaine, ontologie profonde d’une modernité qui continue à se croire modernité, innerve avec force le beau et singulier nouveau roman d’Agnès Riva, Ville nouvelle qui vient de paraître à L’Arbalète chez Gallimard.

L’histoire pourrait être kafkaïenne, et Benjamin Balint le souligne dès le titre de son essai Le Dernier procès de Kafka, qui vient de paraître aux éditions de La Découverte : la saga des manuscrits et inédits de l’un des plus grands écrivains du XXe siècle, par ailleurs docteur en droit, semble tout droit inspirée du Château comme du Procès, elle est au centre de ce livre passionnant qui se lit comme un roman.