Fête de l’insurrection gitane : entretien avec Pierre Chopinaud

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La Fête de l’insurrection gitane se tiendra ce dimanche 15 mai sur le parvis de la Basilique de Saint-Denis. Si elle est l’occasion de commémorer un événement peu connu de l’histoire, elle est aussi l’expression d’une forme de résistance politique autant qu’un lieu de rencontre, de réflexion, de découverte – et d’amusement. Entretien avec Pierre Chopinaud, de l’association La voix des Rroms.

La fête de l’insurrection gitane se tiendra bientôt à Saint Denis, comme chaque année. Peut-être pourrais-tu rappeler de quelle insurrection il s’agit puisque cette histoire n’est pas très connue.

Le 16 Mai 1944 les femmes et les hommes du « camp des familles tziganes » se sont soulevés devant les gardes SS qui venaient les conduire aux chambres à gaz. J’ai raconté ces faits, autant qu’on a pu les exhumer jusqu’ici, dans un 2texte : La nuit de Walpurgis, paru dans Avava-Ovava, aux éditions Al Dante. La voix des Rroms conduit en partenariat avec le réseau européen ternYpe  et l’Institut Tom Lantos de Budapest, un ensemble de recherches dont l’objet est  la résistance Rromani durant la Seconde Guerre Mondiale et après. Nous espérons avec les travaux de chercheurs rendre vie à une multitude de grands et petits faits héroïques qui sont autant pour nous de lumières par quoi nous voulons éclairer l’avenir.
Le 16 Mai 1944 commençait la livraison, le tri, et la destruction des juifs hongrois dans l’ahurissante machinerie d’Auschwitz II-Birkenau : la plus dense et intense opération de massacre réalisée là,  400 000 cadavres en moins de 3 mois. La direction du camp avait besoin de vider les lieux pour recevoir cette  fabrique de cadavres en flux tendu. La direction a donc décidé la liquidation du « camp des familles tziganes ».

Mais les prisonniers (comment faut-il les appeler ? les concentrés ?)  en ont été informés. Là commence l’histoire de la résistance. Ils en ont été informés par des agents de liaison, des informateurs, qui étaient parfois des chefs de secteur, travaillant avec l’administration et qui étaient « retournés ». Dès que l’on essaie de connaître la résistance, même dans cette horreur, on apprend que là-bas la vie humaine, sociale, politique, était complexe, avec une résistance qui passait par le détournement, le vol de menus objets : qui « organisait une cuillère » comme l’écrit Primo Levi, racontant sa vie à Auschwitz III, détenait une arme, et un pouvoir, ou un capital, dont il usait souvent, d’ailleurs, contre ses semblables plutôt que contre ses maîtres. Il y avait une économie clandestine du camp, et donc un réseau de résistance, d’informateurs. Les femmes et les hommes du « camp des familles tziganes » ont été informés donc, et se sont préparés. Ils ont introduit dans leurs baraquements des outils de travail, pioches, pelles, pics, etc. Et lorsqu’ils ont été encerclés par les SS, l’acte de résistance a consisté en un refus. « Nul ne sortira d’ici sans vous  livrer un combat à mort ». Les Nazis avaient horreur du désordre. Birkenau était un long massacre organisé. Un affrontement désordonné était une pagaille qu’ils ne voulaient pas s’autoriser. Ils ont donc, ce soir-là, reculé, et reporté l’opération. Les semaines suivantes, ils ont identifié les meneurs, les ont isolés dans d’autres camps du Reich.

3Le « camps des familles  tziganes » a été intégralement liquidé dans la nuit du 2 au 3 Août 1944. Filip Müller, survivant des Sonderkommandos (les groupes spéciaux de prisonniers qui travaillaient aux chambres à gaz et crématoriums), raconte dans un livre, Trois ans dans une chambre à gaz, cette nuit. Il raconte ce qu’il a vu dans le vestiaire où les femmes et les hommes et les enfants sont forcés par des soldats à se mettre nus ; et ce qu’il a vu et fait après l’opération industrielle quasi instantanée de meurtre de masse. C’est un document presque inconnu qui vous fait fondre la chair, mais spécialement ce qui vous fait le cœur s’affoler est que ce qui particulièrement le frappe alors (« de nombreux hommes seraient passionnément leur femme dans une ultime étreinte »), c’est l’amour.

C’est le poète Pierre Guyotat qui m’a indiqué ce document, s’étant souvenu l’avoir lu il y a longtemps et, étant ce qu’il est, ne l’ayant jamais oublié. Cet amour-là, c’est ce que nous appelons le « soulèvement de la vie nue », c’est l’acte politique à quoi nous voulons être fidèles, c’est la promesse à quoi nous voulons être tenus. C’est le point d’intensité amoureuse à quoi la Fête de l’insurrection gitane et tout le  mouvement international Rromani Resistance veut porter le présent.

Ce qu’a vu Filip Müller aussi, et ce qu’il a entendu, c’est des coups de feu, dans un couloir entre la chambre et gaz et le crématoire – il faut imaginer une usine à deux niveaux avec des ascenseurs, une machinerie de paquebot –, puis le cadavre d’un certain Kaminski, mis en évidence, sur le long tas de cadavres « tziganes » qu’il allait devoir brûler. Kaminski était le chef du réseau de résistance de Birkenau, dont l’avant-garde était constituée des membres des Sonderkommandos. Il était exposé là comme un trophée de chasse, et un avertissement. La « police du camp » avait « coupé la tête » du réseau. Pour ne pas pousser le souvenir dans la fiction j’indiquerai seulement que voilà une piste des recherches universitaires internationales que nous pilotons : le soulèvement du « camp des familles tziganes » est lié au réseau des Sonderkommandos et particulièrement au plan de soulèvement général du camp qui sera mis en œuvre de façon incomplète à l’automne 1944. Mon hypothèse est que les Rroms Allemands devaient y jouer le rôle de gardes SS au commencement de l’insurrection. Quoi qu’il en soit – nous le saurons à l’avenir –, cette histoire nous est arrivée par la bouche du fils d’un des meneurs de cette insurrection, l’ayant lui-même étant enfant alors, vécu : Hugo Hollenreiner, disparu il y a un an, le temps presse, que la terre lui soit légère…

1Comment interprètes-tu le fait que l’histoire du soulèvement des Rroms à Auschwitz n’est pas très connue, ni apparemment enseignée ?

Il n’y a pas que le soulèvement du « camp des familles tziganes » qui soit méconnu. D’une façon générale, le « génocide des tziganes » est méconnu, et peu se soucient vraiment de savoir ce qu’il s’est passé. C’est la « Shoah oubliée » ou la « petite Shoah », et la relation à cela est structurée faiblement par la prescription morale « regarde et n’oublie pas ». Nous disons qu’entre le voir et la mémoire, il manque le savoir, qui est le savoir du rôle du bourreau. Et si l’on ne sait rien justement, c’est pour dissimuler ce rôle, et la vraie identité de l’assassin.

C’est comme dans Hamlet. Nous sommes un peu des Hamlets qui tâchent de faire affleurer à la conscience de tous la réalité sur la mort du Roi du Danemark. Pour nous les morts aux barbelés de l’Europe, en Méditerranée, et ceux qui arrivent dans les camps de concentration « Frontex » en Asie mineure, c’est la pourriture du cœur contemporain de l’Europe qui remonte. L’assassin du Père est toujours masqué et son crime se perpétue. Mais revenons à la méconnaissance des insurrections. La mémoire prescriptive « plus jamais ça » n’est pas de l’ordre du savoir mais de l’enregistrement instantané. Elle tait l’identité du bourreau. Quelle place faire à la révolte de la victime ? Il n’y en a pas. C’est comme si la confusion sur l’identité du bourreau dépendait du statut absolu de la victime. Qui sait quoi que ce soit sur cette révolte des Sonderkomandos ? Qui sait quoi que ce soit de Witold Pilecki, membre de la résistance polonaise qui s’est introduite intentionnellement dans Birkenau pour y coordonner le réseau de résistance ? L’insurrection du Ghetto de Varsovie ? Alors le « camp des familles tziganes » ? La mémoire prescriptive est toujours le fait des pouvoirs présents. Et je ne vois pas quel pouvoir aurait intérêt à se souvenir de la réalité des insurrections qui se font toujours, quand on les regarde bien, suivant des catégories, des voies, des alliances, qui ne peuvent que les desservir. Mais il y a des livres, des films, ces toutes récentes années, qui sont habités par ces histoires, il y a ce que nous faisons, il se passe quelque chose, et étant su par nous ce qu’ont fait ces héros là où ils étaient, c’est la moindre des choses.

Est-ce que la Fête de l’insurrection gitane ne peut pas aussi s’entendre comme une insurrection actuelle, contre le présent, la situation présente ?

7Nous écrivons : « Étant la parodie d’une foire, la Fête de l’Insurrection Gitane sera la parodie d’une insurrection ». Cette notion de parodie est importante car elle situe l’événement sur le plan du semblant, de la scène et du masque avec l’intention de subvertir les catégories de la représentation : représentation de fête foraine, et représentation d’insurrection. Sans être ni l’une, ni l’autre, ni n’en répudier aucune, nous sommes la rencontre mutante des deux sur la scène du réel. La représentation neutralise l’événement, s’avancer comme une parodie de quoi que ce soit c’est neutraliser la neutralisation et vider – plutôt que remplir – les conditions pour que l’événement ait lieu.

Pour les éditions précédentes, dans les discussions que nous avions entre nous, la chose devait pour certains être une émeute et pour d’autres le tournage d’un film. En ce qui me concerne l’élément dans lequel je veux voir l’événement surgir – certains diraient le messie –, c’est le rire, et particulièrement le rire de Charlie Chaplin. S’il devait il y avoir une figure charismatique  de Rromani Resistance, ce serait Charlot ! L’humour est un extraordinaire pays. C’est le lieu d’un trou dans le temps et dans l’espace où la loi est suspendue, c’est, s’il devait y en avoir pour moi, le lieu du temps réconcilié, le lieu de la réparation. Ce que je veux dire seulement, c’est que l’humour est une modalité de la résistance.

6 (M.Guaillard - DR)En outre, je suppose que toute communauté de partisans ne doit pas être triste.
Mais pour répondre non avec moins de sérieux, mais plus gravement : oui il y a contre quoi se lever pour les Rroms ! La situation politique est différente partout dans les modalités de la destruction d’un peuple multiple. Mais partout en Europe les gens meurent de la situation politique. La destruction d’un peuple, d’un groupe, ce n’est pas que 2000 personnes brûlées en une nuit. Aussi infâme l’image puisse être ! C’est des décennies d’abandon dans des espaces urbains toxiques, avec concentration de tout le mal social sur les corps vivants qui  sont dévorés, intérieurement, extérieurement, biologiquement, spirituellement. Il y a des politiques publiques dans les pays d’Europe qui veulent soigner ce mal, en tentant de mettre les gens au travail, à l’hôpital, à l’école, etc. Toutes choses indispensables. Mais nous savons que la source du mal est à l’intérieur des sociétés elles-mêmes et que si l’état des gens est le symptôme de ce mal, il en est surtout le produit. La « médecine » dominante dit : « ces gens sont malades d’un mal qu’ils secrètent, il faut extirper la source de ce mal, il faut les intégrer spirituellement… ou les détruire. Il y a deux possibilités offertes aux Rroms, cesser d’être Rrom ou le Mal : la réussite dans une société qui produit la destruction des tiens ou la destruction elle-même – le deuxième choix étant le plus massivement proposé. Nous croyons que la source du mal est dans l’organisation sociale elle-même et c’est à ça que nous nous attaquons et nous ne comptons pas nous y attaquer seuls. La guérison ne viendra que de l’insurrection, aucune politique publique n’en sera capable, car elle ne comprend pas le mal. Pire, elle travaille à sa progression !

5 (L.Versace - DR)
La culture Rrom – ou les cultures Rroms – n’est pas non plus très connue et ce qui en est véhiculé s’apparente beaucoup à de gros clichés, le plus souvent stigmatisants et dévalorisants. Quels seraient selon toi les traits caractéristiques de cette culture ?

Le concept de culture ne m’intéresse pas autrement que par ce qu’il représente. Qu’est-ce que la culture italienne ? Vous répondrez selon votre imaginaire : Les spaghettis, les gondoles, le farniente ou bien, Verdi, Visconti et Dante. C’est une représentation, une catégorie du pouvoir structurée toute entière par la catégorie de l’un. Il y a des milliers, des millions de manière d’être italien, et ces manières changent. Après il y a cette catégorie de la culture structurée par le pouvoir qui va définir le « patron » relativement à quoi chacun va voir évaluer son « italianité ».

Pour les Rroms, le « patron » ne peut venir que de la représentation des autres. D’où que cette si secrète et mystérieuse culture attise tant de curiosité. Le secret le plus vivace est comme une boîte sans contenant. Sa ténacité tient justement à ce qu’il ne contient et ne cache rien, il dure car il ne peut être dévoilé, et sa vie consiste dans la réinvention régulière de ses formes et ornements. Il n’y  a pas de culture Rromani et c’est ça qui fascine tant ! Il y a un jeu avec la représentation des autres. Il n’y a pas de culture Rromani car il y a un trop grand nombre de formes de vie rromani qui ne peut être synthétisée dans un concept et quelques représentations. En gros, chez les Rroms, il n’y a pas de « patron ». D’où la difficulté pour les « Gadjés » à faire émerger une représentation politique Rromani. Ça ne prend pas ! Il n’y a de culture que majoritaire. Dans les minorités, il y a une multiplicité de formes de vie. Dès lors qu’un groupe minoritaire tâche de se synthétiser dans un concept unique, il bascule dans la représentation majoritaire et s’aliène. Le plus souvent, il n’y a que le concept qui s’aliène, l’auto-proclamée tête représentante qui se sépare du corps et puis pourrit. Même le nom est multiple, il n’y a pas de nom unique. Il y a des Rroms, des Manouches, des Sintés, des Kalés, et quelques autres. A beaucoup cela pose un problème, moi je n’en vois pas. C’est toujours pareil, on perçoit la différence de la représentation majoritaire et on l’éprouve comme un manque : je manque de gadjo. Alors que c’est par là que passe la puissance, dans la multiplicité des noms, par exemple. Des décennies d’immobilisme de la tête auto-représentée s’explique par ce qu’elle se cherchait un nom et un visage !

Après, moi-même, qui ne suis pas Rrom, mais qui est vécu avec des Rroms dans de nombreux pays différents, je puis dire cela sur la multiplicité à quoi il faut se résoudre jusqu’à l’éprouver comme puissance, je peux décrire le secret comme boîte sans contenant mais je dois dire qu’il y a une énigme, qu’on le veuille ou non. Car en dépit de la multiplicité des noms, il y a une communauté de gestes, de traits, d’usages qui sont le fait d’un groupe qui dure à travers les siècles en-deçà de toute représentation, et survivant à tous les massacres. Parmi ces usages il y a un type d’humour et au fond de tout, irréductible, il y a le passage de la mère à l’enfant.

Tu t’occupes de La voix des Rroms. Quelle est la fonction de cette association ?

La voix des Rroms, déjà, est un groupe multiple, au plan de la race, du sexe, du genre, et de la classe. Il y a des Français, des Bulgares, des Roumains, des Bosniaques, des Italiens, des Rroms, des Gadjés, des Arabes, des Noirs, des hommes, des femmes, des homos, des hétéros, des « chasseurs des têtes », des voleurs, des « doctorants », des « avocats », des « mendiants », et ils ne sont pas ceux que vous croyez. Nous parlons entre nous entre 5 et 6 langues et pour certaines dans des dialectes variables. Pour tenir ensemble, il a fallu dynamiter les représentations en chacun, ce qui n’est pas sans danger.

Pour donner un exemple, nous avons mis en place une organisation que nous appelons justement le « mouvement du 16 mai » et que nous voulons être justement une sorte de « syndicat des bidonvilles » et qui ne fonctionne pas en outre auprès des seuls rroms. Or, un jour nous nous déployions dans un bidonville près de la porte de la Chapelle à Paris, pour présenter en porte à porte un service juridique de défense contre les violences policières. Nous étions 10, tous Rroms, sauf moi, qui pour compliquer le tout parle plusieurs variantes du Rromani. Quand nous allions partir un homme s’approche de nous, préoccupé à ce qu’il semble par une affaire sérieuse qu’il veut nous confier. Croyant s’adresser ainsi à la personne compétente, il demande en roumain à parler au français. Comprenant cette langue aussi je m’avance au milieu des miens en disant que je suis français. Là il me fait part, en roumain encore, d’une situation juridiquement compliquée. Je lui dis dans une variante du Rromani que je crois être la sienne, que les juristes sont les deux personnes ici : un homme et une femme, tous deux rroms, de nationalités différentes. L’homme poursuit son récit en roumain face à l’un des deux, l’albanais,  qui pour plus d’aisance lui demande de le faire en Rromani. Là, l’homme, un peu honteux, confesse qu’il est un Tismânar, c’est-à-dire un métisse – avec une connotation un peu humiliante –, et que pour cette raison il ne parle pas bien la langue. Là, la femme juriste, Rromni, Roumaine, reprend avec lui la conversation en langue roumaine sur un cas de violence policière. Pour arriver à une langue et un espace commun d’échange sur des violences policières, nous avons dynamités 5-6 représentations : raciales dans plusieurs sens, sexistes et sociales.

Nous sommes en tant que groupe politique et en tant qu’individus traversés par des histoires multiples, croisées, et nous mutons au contact les uns des autres. Ce qui peut apparaître dans la situation décrite comme une difficulté est en fait le motif d’innombrables scènes hilarantes qui nous fait comme vivre perpétuellement dans un film de Chaplin. C’est la subversion des représentations qui produit la situation de gag. A tel point que nous ne sommes jamais sûrs d’être nous-mêmes. Il y a eu un groupe de Rroms en Roumanie durant l’horreur de l’esclavage là-bas, qui était un peu comme les « nègres marrons ». Ils avaient fui les villes et les villages pour échapper à la servitude, et vivaient cachés dans les montagnes et les forêts. On les appelait les « ne-toti », les non-tout, les non-intégraux. Souvent pour rire nous nous disons que nous sommes nous aussi des « ne-toti », affranchis des servitudes de la représentation et réfugiés dans l’humour comme dans une forêt.
Bon, après, plus précisément, un soulèvement des Rroms seuls n’a aucun sens. Nous avons des amis à l’étranger partisans d’un « Roma Power » avec une vision un peu suprématiste, et un peu d’humour là-dessus quand même. Nous disons souvent, si les Rroms se lèvent seuls, ils vont vite se rasseoir. Il faut se lever avec ses voisins, mus par l’identification d’une communauté de situation.

C’est par là que passe le véritable antiracisme, qui est interracial, nécessairement. C’est ce que nous avons tâché de faire à la Courneuve par exemple. Ou pour l’une des premières fois, nous avons vu des jeunes, noirs, arabes, blancs, filles, garçons, du quartier à côté venir rendre visite aux gens du bidonville, participer à des réunions, à des actions, à des repas, intégrant les Rroms qui étaient là dans la communauté de galère du quartier, et donc se battre avec eux. Les gens ne se percevaient plus justement racialement mais en tant que membres d’une communauté en lutte. Et à ce titre la révolte à Birkenau est exemplaire. Je dis souvent que c’est dans la lutte que la multiplicité croit et que se subvertissent les représentations. Quand on lit le plan d’insurrection décrit dans son livre par Filip Müller, on imagine que tous les prisonniers y avaient un rôle suivant leur pouvoir, leur langue, leur positionnement, leur métier. Le motif de cette extraordinaire communauté de partisans était justement l’insurrection.

Le site de la Fête de l’insurrection gitane : présentation de l’événement, lieu, horaires, activités

Le site de La voix des Rroms

Anina Ciuciu, Lise Foisneau, Pierre Chopinaud, Saimir Mile, Valentin Merlin, Avava-Ovava, éditions Al Dante, 2014, 191 pages, 15 €

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