Enthousiasmant, vivant et généreux : comment penser autre chose après avoir lu Marseille Festin ! de Delphine Bretesché qui vient de paraître aux toujours passionnantes éditions LansKine ? Dans ce poème continu sur Marseille, la poète nantaise déploie sa joie à explorer la ville, s’interroge sur la manière de l’habiter et d’être poète à la cité. Réflexion sur le foyer mais sur aussi la solitude provisoire, Marseille Festin ! est sans doute l’un des textes contemporains parmi les plus accomplis sur l’acte poétique de la résidence d’écrivain : ce qu’elle implique du vivant et de l’écriture. Autant de questions que Diacritik s’est empressé d’aller poser à Delphine Bretesché le temps d’un grand entretien.

« Vous ne faites plus dans le cocu ? »
Non. Fort de sa réussite dans le mystère des bijoux de la Bégum, Atom Vercorian a décidé de ne plus prendre que des affaires dans lesquelles le détective n’aurait pas à traquer l’adultère. En attendant des clients prestigieux, les héros de Yann et Schwartz en sont réduits à courir après un boucher indélicat tandis que s’annonce une enquête qui conduira le lecteur de détails méconnus de la seconde guerre mondiale en personnalités du cinéma des années 50, jusqu’à l’arrestation de René la Canne.

1. Dans un entretien réalisé par Anne Malaprade et Jérôme Mauche pour le Cahier Critique de Poésie 32 (cipM, 2016), Jean Frémon (né en 1946) retrace son parcours d’écrivain d’abord accueilli au Seuil par Jean Cayrol dans l’immédiat après-68, puis par Bruno Roy à Fata Morgana en 1972, avant que ses livres les plus ambitieux (ceux qui présentent un certain volume) ne soient confiés à son compagnon d’études et ami, Paul Otchakovsky-Laurens, à partir de 1976 : “Je vivais dans l’illusion gratifiante que j’étais un écrivain, alors que je n’avais publié que des sottises [ses premiers romans avec lesquels il a rapidement pris distance]. Au moins ai-je toujours su que ce ne serait jamais mon métier et qu’il m’en fallait un. Mes études terminées, j’ai été embauché par l’intermédiaire de Bernard Noël chez Jean-Jacques Pauvert que j’ai quitté à la demande de Jacques Dupin pour rejoindre la Galerie Maeght.”

« C’est à Berlin que cette histoire commence, comme peut-être commencent désormais à Berlin toutes les histoires de ruine, de hantise et d’oubli ». C’est dire que Freshkills sera un livre sur les lieux, ce que les lieux disent de l’Histoire, mais aussi sur le paradoxe qu’ils révèlent puisque le mémorial berlinois évoqué est « un cimetière sans morts », un espace construit et sans passé ; et que Freshkills, qui donne son nom au livre, répond à la même décision de changer notre rapport au lieu : la décharge à ciel ouvert à Staten Island, « Mondor urbain » doit devenir un immense parc, recouvrant les déchets enfouis.

Dans Menaces, son précédent livre traduit en français, Amelia Gray mettait en scène une sorte d’enquête délirante au sujet d’une mort qui pouvait être un meurtre. Mais l’enquête ne pouvait qu’échouer face à l’insistance et au développement d’un monde imperturbablement incohérent et énigmatique. L’enquête ne résolvait rien, ne permettant pas de synthétiser, de rationaliser la prolifération du chaos. Dans Cinquante façons de manger son amant, l’enquête a disparu : ne restent que des faits développés pour eux-mêmes, sans explication, sans contextualisation, sans rationalisation – des faits incompréhensibles, illogiques, une sorte de chaos brut.

François Hartog, dans un tout récent essai, a rappelé que l’expérience du temps a une histoire : le temps vectorisé qui se lance vers le futur comme une flèche que la modernité occidentale a faite sienne n’est pas une expérience commune. Voilà pourquoi il faudrait constituer une histoire du temps ou une archéologie de la manière d’occuper la durée. Bruno Remaury en livre ici quelques fragments dans un deuxième livre : Rien pour demain.

C’est devenu une sorte de mantra : il faut référer à la République pour que la parole acquière force et gravité. On n’en finit plus de les entendre, ces mots, proférés la main sur le cœur et réitérés le buste bombé. Il suffirait d’ajouter « de la république » pour que le discours soit investi d’une solennité confinant à la transcendance. La police de la République, l’école de la République, l’autorité de la République, l’unité de la République, le symbole de la République