« Petit Hanneton » de Yann et Schwartz : la Rochambelle et la bête

« Vous ne faites plus dans le cocu ? »
Non. Fort de sa réussite dans le mystère des bijoux de la Bégum, Atom Vercorian a décidé de ne plus prendre que des affaires dans lesquelles le détective n’aurait pas à traquer l’adultère. En attendant des clients prestigieux, les héros de Yann et Schwartz en sont réduits à courir après un boucher indélicat tandis que s’annonce une enquête qui conduira le lecteur de détails méconnus de la seconde guerre mondiale en personnalités du cinéma des années 50, jusqu’à l’arrestation de René la Canne.

Avec Petit Hanneton, deuxième aventure de l’Atom Agency signée Yann et Schwartz, c’est à nouveau un voyage dans le temps et la mémoire populaire qui est proposé au lecteur. De la pointe de Grave en janvier 1945 aux pavés parisiens et le 36 Quai des Orfèvres au début des années 50, on plonge dans la nostalgie et l’humour au fil d’une enquête bondissante qui convoque les bons et les méchants d’antan, les rivalités ambiguës entre flic et malfrat, l’histoire oubliée et les valeurs de boy-scout chères aux petits miquets de l’âge d’or de la bande dessinée.

Jean Marais, Jean Gabin, les Rochambelles, la guerre et ses stigmates, Roger Borniche, René la Canne, les actrices et les acteurs (au sens propre comme au sens figuré) de cet épisode permettent à Olivier Schwartz de croquer des gueules comme personne. On notera le clin d’œil et l’hommage appuyé à Tillieux et son emblématique Crouton tiré des pages de Gil Jourdan, la peinture et la photo presque sépia du Paris populaire. On est une fois de plus séduit par la patte franco-belge tout en minutie et en aplats de couleurs, par le cadrage et le rythme imprimé par le dessinateur.

Avec un scénario impeccable, une action qui a une gueule d’atmosphère, des personnages qui ont le physique de l’emploi, Petit Hanneton se lit comme on regarde les films de Georges Lautner ou d’Henri Verneuil : on goûte les bons mots, on aime la langue fleurie, l’argot ou le louchébem (on n’entrave que pouic, reconnaissons-le). Yann a une fois encore concocté une intrigue qui évoque le roman de truands et s’anime de scènes que l’on se plaît à lire et relire pour la musicalité des dialogues, la complexité des relations entre les protagonistes et le découpage soigné de la narration. Chaque personnage, chaque détail compte, les moments de respiration (les réunions familiales, l’Agra Hadig du dernier né de la tribu Vercorian) comme les allers et retours dans le temps et l’espace (la Résistance, la traque de René Girier, les beaux quartiers et la rue livrée aux Apaches, Pigalle, les faits d’armes des Gabin, Marais dans la 2ème DB…) sont là pour servir le récit et confèrent au livre une tonalité savoureuse d’Histoire(s) dans l’histoire.

Yann et Schwartz confirment avec ce second tome qu’Atom Agency est une série en devenir, peut-être un futur classique digne de ses illustres prédécesseurs. Petit Hanneton manie les références et la nostalgie avec subtilité pour perpétuer l’héritage du polar à l’ancienne tout en insufflant modernité et ironie de la première à la dernière case.

Yann & Schwartz, Petit Hanneton, , 56 p. couleur, Dupuis, 15 95 — Les premières planche sur le site de Dupuis.