« Des doutes ? Mais qu’est-ce que ça veut dire avoir des doutes ? Pourquoi ne dit-il pas que je suis suspect ? Et suspect, c’est sûr que je suis suspect. Même à mes yeux, je suis suspect, pas seulement aux siens.
À Clermont-Ferrand, chaque année au printemps, depuis 2015, le festival « Littérature au centre » imagine des rencontres avec des écrivains et des scientifiques : entretiens, tables rondes, conférences dédicaces en librairies nomades. Les journées sont rythmées par des spectacles, des performances et lectures par des comédiens.
« Parle est une rhétorique pure qui court après la vie » (Tais-toi)
Après son très remarqué Poétique de l’emploi paru en 2018, Noémi Lefebvre publie aux Éditions Verticales Parle, accompagné de Tais-toi qui lui sert, en quelque sorte, de postface. Avec ce cinquième ouvrage dont elle précise dans Tais-toi qu’il n’est ni roman, ni poésie, ni théâtre, non plus que pièce radiophonique ou cinéma, elle met en place un dispositif original, différent de ses livres précédents, tout en réorchestrant plusieurs de ses motifs de prédilection à travers une écriture qui privilégie une dynamique verbale d’une grande force critique.
Constellations de Sinéad Gleeson, qui vient de paraître chez Quai Voltaire dans une traduction de Cécile Arnaud, est l’autobiographie d’un corps diffracté : il s’agit pour l’autrice irlandaise de raconter son histoire, depuis les blessures, marques et cicatrices sur et dans sa chair — soit d’une forme de réponse au programme d’Hélène Cixous, dans Le Rire de la Méduse, cité en première épigraphe du livre : « À censurer le corps, on censure du même coup le souffle, la parole. Écris-toi : il faut que ton corps se fasse entendre ».
Passionnant : tel est le mot qui vient à l’esprit pour qualifier le fort et bel essai que Julien Lefort-Favreau consacre à l’édition indépendante qu’il vient de faire paraître chez Lux sous le titre de Le Luxe de l’indépendance. Dans ses Réflexions sur le monde du livre, Lefort-Favreau réfléchit à ce que signifie être indépendant, de nos jours, dans le monde du livre, à savoir comment s’élabore au quotidien mais aussi dans le long terme une indépendance esthétique, politique et économique. Qu’en est-il de l’engagement de l’éditeur ? Comment se construit le récit de cette indépendance ? Comment trouver un équilibre financier qui tienne compte du désir d’avant-garde ? Autant de questions que Diacritik a désiré poser au professeur de littérature française et d’études culturelles à l’Université Queen’s au Canada.
Et une fois de plus, écrivant non au fil de la plume, mais au crayon et à la gomme, le prétendu critique s’aventure du côté de la chronique. Il note en passant que ces deux mots ont six lettres en commun : crique, soit le lieu d’abordage qui ouvre sur les sentiers du terrain vague. Il fait attention de bien écrire crique, et non cirque – ou alors en accordant à ce dernier mot un sens lunaire, notre chroniqueur l’étant forcément un peu (dans la lune), surtout quand il esquisse ses “papiers” en marchant, ou en rêvant.
En février 2021, Johan Faerber s’entretenait avec Yamina Benahmed Daho, à propos de son roman récent, A la machine et de ce qui avait guidé l’écrivaine dans l’élaboration de sa fiction, à mi-chemin de l’enquête historique et du souvenir autobiographique. Dans ce « livre social et politique », on plonge dans l’injustice du conflit entre intelligence inventive d’un ouvrier et moyens financiers du capitalisme qui permettent de priver un inventeur des fruits de son invention. Car Barthélémy Thimonnier a inventé la machine à coudre et il est pourtant mort dans la misère.
Pierre Parlant et Jean-Philippe Cazier ont suivi les parutions des trois volumes de La Divine Comédie de Dante traduits par Danièle Robert pour les éditions Actes Sud. Les voici réunis en un volume chez Babel.
Pascal est mort dans les salles années de plomb qui ont suivi les feux d’artifice.
L’« année terrible » que chronique le formidable Témoigner pour Paris, n’est pas seulement celle de la Commune dont nous commémorons aujourd’hui, 18 mars 2021, le 150e anniversaire. C’est aussi celle du Siège de Paris : en quelques mois, Paris est le théâtre d’une série d’événements historiques majeurs dont Éléonore Reverzy éclaire une contiguïté qui n’est pas uniquement chronologique mais souligne « la vie invincible de Paris, que rien ne peut tuer », selon les termes de Théophile Gautier dans ses Tableaux de siège. Ces pulsations sont au cœur de son anthologie, chronique d’une année par celles et ceux qui l’ont vécue, journal qui épouse, dans sa forme même, la présence quotidienne conjointe des Parisiens et des événements.
Novateur et indispensable : tels sont les mots qui viennent spontanément après la lecture de l’essai majeur d’Edith Thomas, Les « Pétroleuses » que Chloé Leprince a eu l’excellente idée de rééditer et de préfacer pour les 150 ans de la Commune de Paris. D’abord publié en 1963, cet essai fit date en montrant combien le rôle des femmes dans la Commune a toujours été non seulement minoré mais, par misogynie, dévalué sous le terme de « pétroleuse ». Combattant ce stigmate et réfléchissant au rôle politique et actif des femmes dans ce mouvement révolutionnaire, Edith Thomas contribue à faire naître une histoire des féminismes en restaurant le rôle politique des femmes. Diacritik ne pouvait manquer d’aller interroger, pour ces 150 ans de la Commune, son enthousiaste éditrice, Chloé Leprince, qui nous fait découvrir aussi bien les Communardes et que cette figure majeure de la pensée qu’est Edith Thomas, trop longtemps invisibilisée.
18 mars 1871 : c’est le début de l’insurrection où le peuple de Paris prend les armes pour s’opposer à la défaite française et à la majorité monarchiste ; le début de la Commune de Paris dont on fête aujourd’hui les 150 ans. À l’occasion de l’anniversaire de ce soulèvement qui marquera l’imaginaire des luttes sociales, Alice de Charentenay et Jordi Brahamcha-Marin ont réuni dans une passionnante et indispensable anthologie les récits, témoignages d’époque ainsi que textes rétrospectifs sur cet événement sans précédent. De Vallès à Hugo en passant par Louis Rossel mais aussi Rosa Luxemburg, La Commune des écrivains donne à lire cette littérature qui se tisse au printemps 1871, les échos qu’elle trouve plus loin dans le temps et interroge nos propres critères littéraires : qu’est-ce qu’un Grand écrivain, et qu’appelle-t-on littérature ? Autant de questions qui nous ont poussé à interroger les deux anthologistes le temps d’un grand entretien.
Frank Smith est un artiste du langage. Guantanamo est élu, en 2014, meilleur livre de poésie par Le Huffington Post. Entre poésie contemporaine et film-manifeste se loge son œuvre. Il questionne l’actualité, le pouvoir, la violence des hommes, il décortique le sens des mots et compose le mirage des images.
Publié une première fois en 1993 par les Éditions Plume, De Berlin à Broadway, imposant recueil d’Écrits de Kurt Weill établi par Pascal Huynh, est réédité aujourd’hui par les Éditions de la Philharmonie de Paris. Réédité ? Mieux que cela : “Repris et révisé dans sa totalité, le corpus initial de soixante-huit textes se voit aujourd’hui augmenté de vingt-six textes allemands, de quatorze textes de la période américaine et d’un entretien en français réalisé par Gabrielle Buffet-Picabia au printemps 1933 avant la création des Sept Péchés capitaux.”