Les jours voyous de Philippe Mezescaze

Pascal est mort dans les salles années de plomb qui ont suivi les feux d’artifice.

Tout est image quand on écrit, les mots procèdent d’images mentales, fruits de la mémoire, strange fruits.

L’écriture toujours se noue à l’intersection de la vie et de la mort, sur la matière du temps.

C’est l’histoire d’une vie belle, d’une certaine jeunesse éternelle. Philippe Mezescaze vient de publier Les Jours voyous et c’est plein d’images fascinantes, un tourbillon de visages et de corps. Je viens de refermer le livre et je sais qu’elle me hanteront, ces images d’antan et d’aujourd’hui.

C’était une drôle d’époque, comme bénie par les dieux, la catastrophe du Sida n’avait pas encore éclaté, les trente glorieuses agonisaient, dans cet entre-deux le désir était vif et les images, nombreuses.

C’est l’histoire d’une liberté, d’une volupté sans nom.

On est à Nice, il sort de prison.

Je pense à Duras, L’amant devait s’appeler La photographie absolue à l’origine, c’était un projet avec Michèle Porte je crois, Duras avait écrit des commentaires aux images de sa vie, c’est Jérôme Lindon qui lui avait dit qu’il y avait un livre, un livre possible, si on enlevait les photographies. Alors Duras a réécrit et c’est devenu L’amant… paf, chef-d’œuvre et Goncourt 84 !

Il y a Barthes aussi, et Téchiné, il y a aussi de beaux personnages aux jours voyous, inconnus.

L’histoire, je ne vais pas en parler, pas déflorer, c’est le passage d’un bac sur le Mekong, il n’en finit pas, Marguerite attend, et Philippe Mezescaze dévore des yeux.

De la vie coule dans ces lignes, de la vie qui échappe, s’échappe, fuit, toute la vie de Philippe Mezescaze, son âge d’or, tout son travail et tout son désir, sa foi, son ambition de retrouver ça, son temps retrouvé.

Bravo pour le désir ! Merci pour la mémoire. Cette histoire est d’hier, mais aussi de demain.

Les jours flottent autour de moi. Je ne sais pas comment m’y prendre, je n’ai prise sur rien. J’existe à la place d’un autre et cet autre est celui que j’étais avant. Je ne me retrouve pas, je me souviens seulement que je vais vivre. P.M