Le roman d’Abdellah Taïa, Vivre à ta lumière, a comme figure centrale Malika : personnage de mère, de femme marocaine. En même temps que ces identités immédiates, individuelles, cette figure condense un réseau de dimensions et relations plus larges : la colonisation, les rapports de pouvoir, les strates de la société marocaine d’hier et d’aujourd’hui, celles d’un psychisme pluriel, obsessionnel, complexe, écartelé.
« Après l’agression de Londres, ma mère inscrivit sans tarder Rachel dans un pensionnat à la frontière du pays de Galles. Quant à moi, on m’expédia, pour ma sécurité, dans une école des États-Unis, où rien de m’était familier.
Nécessaire et puissant : tels sont les deux termes qui viennent à l’esprit au terme de la lecture de La Perspective du possible de Haud Guéguen et Laurent Jeanpierre qui vient de paraître à La Découverte. Dans cet ambitieux essai, dont chaque page pose une question passionnante, les deux chercheurs retracent l’histoire multiséculaire du possible afin d’en mesurer ce que nous pouvons, nous, en faire aujourd’hui, comment il peut venir nourrir un nouvel horizon politique. Il est temps de sortir de la mélancolie de la Gauche pour rouvrir, grâce au possible, l’action, et cet ouvrage en est l’un des outils majeurs. Autant de perspectives qui ont incité Diacritik à rencontrer les deux essayistes le temps d’un grand entretien.
Comment écrire l’histoire aujourd’hui, telle est la question que pose Anouchka Vasak à travers l’année 1797. Penser et écrire météore revient à se saisir autrement de ce qui n’est ni l’almanach d’une année de traîne de la Révolution française ni un calendrier sous forme d’annales, ni même une chronique mais bien la mise en réseau, par choix de moments, des matériaux sensibles de 1797 : des événements collectifs, des publications, une iconographie (superbe comme tout l’objet livre, on est chez Anamosa), des citations, des vies illustres ou plus anonymes. Capter ce qui fait époque, depuis une « démarche buissonnière » qui met en avant des coïncidences, des failles, des suspens, dans un livre qui tient de l’essai historique comme du récit, du livre d’art comme de l’essai, jamais l’un ou l’autre, toujours dans l’articulation et les mises en regard puisque qu’il est aussi possible de comprendre et rendre 1797 via Marcel Proust ou Yves Bonnefoy, Emanuele Coccia ou Philippe Descola.
Alors que Poutine et son armée s’attaquent violemment à l’Ukraine, Jean-Luc Outers se souvient d’un autre conflit, celui qui ravagea Sarajevo dans les années 90. C’est en tant qu’écrivain relevant de Reporters sans frontières, organisme que soutenait l’ONU, qu’il se rendit en 1994 dans la ville martyrisée alors que les snipers serbes sévissaient encore et tiraient sur tout ce qui bougeait. Pour les écrivains comme pour les journalistes, il s’agissait de témoigner.
Alexander Zeldin, jeune prodige de la scène anglaise, est auteur associé au National Theater de Londres et au théâtre de l’Odéon. Il compose des spectacles réalistes, collectifs et documentés retraçant les trajectoires des oubliés de la société contemporaine.
Le ravissement de Marilyn Monroe, livre publié aux éditions Métropolis, est devenu spectacle, sous le titre « Le Vertige Marilyn ». Chaque fois l’image est au centre, non seulement comme sujet (l’icône Marilyn, la société du spectacle, etc.) mais comme forme. Dès le livre, avec les dessins d’Anne Gorouben, à la Maison de la poésie avec le dispositif scénographique pensé pour le spectacle.
Depuis deux ans, la Fête du Printemps (c’est-à-dire le nouvel an chinois, – c’est-à-dire une à deux semaines de congés accordés à un milliard et demi d’êtres humains, – c’est-à-dire, en conséquence, le plus grand mouvement de population du monde) est affectée par la pandémie.
Parce que la littérature est un vaste univers, parce qu’elle est composée de mille et une façons d’écrire et que chacune d’entre elles mérite d’être vue et reconnue, le festival Bruits de Langues a été créé. Il y a les classiques, ceux que l’on considère comme les fondements de la littérature, puis il y a le présent.
À la suggestion de son ami Ange Leccia, Jean-Philippe Toussaint rend hommage dans une mince et élégante plaquette que viennent de publier les éditions de Minuit. Toussaint donne à son beau texte une forme strophique par-delà toute poétique. Chacun des neuf alinéas commence par une même formule qui ne varie pas dans son attaque mais bien dans son développement. Voici l’ouverture de la première strophe : « Je veux saisir Monet là, à cet instant précis où il pousse la porte de l’atelier dans le jour naissant encore gris» (p. 9).
Extrait de l’album « Bleue » (Polydor, 2019).
En 2009, Guillaume Peureux avait retracé dans son impressionnante Fabrique du vers (Seuil, « Poétique ») l’histoire du vers français, histoire passionnante et infiniment plus complexe que le schéma (prosodie classique —> 1870’s, crise de vers —> vers libres) auquel nous a habitués un historicisme d’autant plus efficace qu’il est paresseux.
1. Malgré le désir d’agencer quelques nouvelles constellations se défiant de tout regroupement par genre, le hasard des publications fait que, de temps à autre, la pile jamais épuisée des lectures en cours rétablisse d’elle-même une forme d’ordonnancement privilégiant certains domaines comme la poésie ou la bande dessinée. C’est ce qui vient de se passer avec ces deux épisodes de Choses lues, choses vues publiés simultanément aujourd’hui, concernant pour le premier six livres de littérature, dont cinq touchant de plus ou moins près à ce qu’on entend par “poésie”, et pour le second (par l’effet d’une symétrie imprévue) six de nouveau, dont cinq proposés au rayon bande dessinée, auxquels s’est agrégé un roman fraîchement imprimé qui a exigé, tel un corps vivant, doué de parole, d’être lu sans plus attendre.
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Je me souviens du livre de Gustave Geffroy, Monet, sa vie, son œuvre, que Macula a réédité en 1980. Publié du vivant de Monet, c’est une somme essentielle sur ce “fort gaillard” rencontré en 1886 à Belle-Île-en-Mer avec qui Geffroy aura tissé une belle d’amitié – le critique d’art ayant suivi le travail du peintre pendant quatre décennies (les deux sont décédés en 1926).
« Ce pays de rêve où une lumière tamisée imposait à l’esprit d’autres spectacles que ceux de la réalité », Alix Aymé
Alix Aymé. Ce nom ne dit pas grand chose, même aux amateurs et amatrices d’art. Pourtant, elle a décoré de ses peintures le plus prestigieux palais du Laos. C’est elle aussi qui a réintroduit au Vietnam l’art oublié de la laque.