Le chapiteau est vaste, son centre est de gazon mais c’est d’abord dans les airs qu’il nous invite à regarder. Les jeunes élèves de la 33e promotion du CNAC (Centre National des Arts du Cirque) sont perchés là-haut, sur des balançoires à hauteurs diverses, dans le noir, penchés sur l’écran de leurs téléphones, comme isolés chacun dans sa bulle d’air, dans sa lueur, dans sa rêverie. L’image initiale nous plonge dans l’univers onirique, presque encore enfantin, de ces jeunes gens comme des oiseaux de nuit virtuoses et maladroits et nous entraîne dans une bamboche vertigineuse composée de leurs envols et de leurs chutes. Simultanément ensemble et individualisés, ils sont, dès cette très belle ouverture, autant solistes que membres d’un collectif, et aussi bien représentants de leur génération qu’athlètes exigeants, aussi semblables à leurs contemporains qu’irréductiblement étranges. Ce sont ces tensions déroutantes que le spectacle va explorer.
Jean-Yves Tadié intitule « Le Moment sacré » sa préface à la publication des soixante-quinze feuillets retrouvés d’À la recherche du temps perdu, feuillets que l’on croyait perdus à jamais. « Un grand mérite de ces pages du livre futur est d’être les premières qui aient été écrites bien que ce soient les dernières qui nous soient parvenues. »
Longtemps pressenti pour recevoir le Nobel de littérature, Ngũgĩ wa Thiong’o aurait été il y a encore quelques mois le second écrivain noir africain après le Nigérian Wole Soyinka à s’en emparer.
« Oui, je me suis fait un nom, MISS TIC. Une nuit au pied du mur, j’ai refusé les yeux ouverts ce que d’autres acceptent les yeux fermés ».
Ils sont là pendant qu’on entre et qu’on s’installe. Ils restent là pendant qu’on bavarde et qu’on les observe. Quelques corps étranges, tordus ou avachis, immobiles ou agités dans des traversées déterminées mais sans but du plateau blanc, « clinique ».
Rodolphe Burger, par exemple, est un chanteur chic. La preuve : Pierre Alferi et Olivier Cadiot lui fournissent du matériau verbal. Ils entendent, ai-je cru comprendre, se tenir à distance de la chanson à texte, laquelle leur paraît assez peu opérante, opératoire, moderne, assez peu chic.
« Fin du monde, fin du mois : même combat ! » scande la jeunesse engagée dans les mobilisations pour le climat. Ce slogan bien ficelé révèle un malaise théorique, une difficulté philosophique : la compatibilité entre l’amélioration du niveau de vie et la protection de la planète. Alors que la révolte des Gilets Jaunes a mis en lumière le possible antagonisme entre la préservation du climat et l’intérêt des classes populaires, la gauche se questionne : comment concevoir une articulation convaincante entre écologie politique et amélioration des conditions matérielles des classes laborieuses ?
En mai 2012, Vincent Truffy et moi avions rencontré un jeune écrivain américain, Justin Torres, auteur d’un premier roman, We the animals paru quelques mois plus tôt en France sous le titre Vie animale, aux éditions de l’Olivier, dans une traduction de Laetitia Devaux. Les éditions de l’Olivier font reparaître ce titre dans leur « bibliothèque », cette collection de poche qui permet de remettre en avant les titres phares d’un catalogue, les livres qui ont jalonné et marqué les trente années d’une très grande histoire éditoriale.
À l’occasion de la réédition des Célébrations et de « Péninsule » (textes initialement parus en 1980 et 1989) en un seul volume, sous le titre de Terre ancienne (Monologue, 2022), Pierre Vinclair adresse cette lettre à Yves di Manno.
2 extraits de l’album « Emotional Eternal » (Domino Records, 2022).
Les parutions de Johanne au Tripode et du Charivari au Cadran Ligné sont l’occasion d’aller à la rencontre d’un écrivains des plus singuliers. Les textes de Marc Graciano sont contemporains parce qu’archaïques et ce paradoxe fécond leur donne leur patine particulière. Depuis Liberté dans la montagne en 2013, son œuvre s’est étoffée, radicalisant peu à peu ses procédés stylistiques et narratifs tout en diversifiant ses arcs esthétiques. Entrer dans les rouages de cette œuvre dans le monde d’aujourd’hui, c’est saisir les modalités particulières d’une conjonction entre une langue extrêmement stylisée, neuve autant que vieille, et le rapport de l’écrivain à une fiction première et primale, revenue de l’aube des récits.
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Rien de moins que sept ouvrages – dont un certain nombre de rééditions, même si ces dernières sont d’une certaine manière des nouveautés – paraissent en ce début mai aux éditions de L’Atelier contemporain. Ils prennent la succession de bien d’autres parus depuis janvier, dont L’Aumaille de Kristell Loquet, Penser la perception de Jean Daive, Ce qui est arrivé par la peinture – Textes et entretiens 1953-2006 de Simon Hantaï, et Obstaculaire de Cédric Demangeot déjà recensés dans de précédentes « choses vues, choses lues ».
L’association Son et image et le Lavoir Numérique s’associent pour la première édition du festival « En temps Réel » qui propose d’explorer et d’interroger les horizons de la création documentaire contemporaine (cinéma, vidéo, œuvres audio).
2666, le sixième et dernier (pour l’instant) volume des Œuvres complètes de Roberto Bolaño vient de paraître aux Éditions de l’Olivier, qui à partir de 2020 a pris le relais de Christian Bourgois, son premier éditeur français. Une telle entreprise ne peut que susciter notre respect. Le lecteur francophone qui ne lit pas l’espagnol peut désormais se faire une idée globale d’un auteur majeur, à cheval entre deux siècles. Savourer une œuvre. Piocher ci et là au gré de ses envies. C’est ce que je fais depuis pas mal de temps, ayant la chance de pouvoir lire Bolaño dans sa langue originelle.