C’est un drôle de livre de Joyce Maynard qu’ont publié les éditions Philippe Rey, dans une traduction de Laurence Richard, en mai dernier. Parue aux États-Unis en octobre 2022, cette novella est une commande d’Amazon Original Stories. Le cahier des charges de la plateforme se piquant d’édition est rempli par l’autrice : s’inspirer d’une affaire criminelle qui venait de bouleverser les États-Unis et le monde entier, le meurtre de l’influenceuse Gabby Petito par son petit ami, en 2021. Mais le livre n’est jamais qu’une sorte de concentré aseptisé de ce type de true crime, un vade-mecum de tout ce qu’il ne faut pas faire.
Séries ou films vite faits-mal faits, sur-côtés, ou franchement mauvais et dont le succès critique ou public dépasse l’entendement, visionnages qui, eux, ne dépassent pas la fin de la séquence pré-générique… Quelques critiques expéditives histoire de passer moins de temps à écrire des roasts en règle qu’à regarder des bouses à la télévision.
Avec Des dragons dans les halls, publié aux éditions Rue de l’Échiquier, Julien Villa signe un livre incandescent, drôle, brutal, profondément tendre, où l’enfance des cités se donne comme une épopée mal rangée, une mythologie de cage d’escalier, de frites surgelées, de télé au son trop fort, de mangas et de rap surgissant comme une belle langue nouvelle.
Il est tôt le matin, il n’y a personne sur la plage, debout sur le rocher qu’elle a escaladé, Noor balbutie : « Voilà, c’est tout ce que je veux : pouvoir plonger. Je ne demande pas la lune. Je veux pouvoir venir ici quand je veux, aussi souvent que je veux. » Comme les garçons, « pouvoir plonger, nager et être libre. (…) Et ce cri, ce cri qui sort des entrailles, celui que tous les garçons poussent en sautant : « À la moriskaaaa !!!! ». Alors moi aussi, aujourd’hui en plongeant je veux crier, à m’en faire exploser les cordes vocales : « À la moriskaaaa !!!! ». »
5 juin 2026. Cette fin de saison laissera comme d’habitude sur le tapis – celui de l’atelier : un rectangle de 132 x 196 cm bon marché, mais solide, en « fibres naturelles » teintées d’une couleur sombre qui renforce leur présence – quelques titres qui, quoique intéressants, n’ont pu trouver leur place dans cet espace de recension, pourtant très ouvert (et peut-être trop – même s’il me semble qu’on n’est jamais assez ouvert, y compris à ce qui, dans un premier temps, nous repousse).
Socialisme, conseils et autogestion : le retour ? Dialogue entre Joseph Andras et Guillaume Etiévant
Deux ouvrages ont récemment paru : La Vie bonne. Notre socialisme (Divergences) puis Autogestion générale. Sortir du capitalisme : méthode (Les liens qui libèrent). Le premier est signé Joseph Andras, écrivain et contributeur régulier à L’Humanité, et le second Guillaume Etiévant, ancien secrétaire national du Parti de Gauche, expert des questions économiques en milieu syndical et co-rédacteur en chef du magazine Frustration. Les deux auteurs ne se connaissent pas, mais le désir de contribuer à un débat plus collectif sur la possibilité d’émergence d’un socialisme à la fois révolutionnaire et démocratique les a conduits à dialoguer. Le tutoiement s’est imposé, tradition égalitaire oblige.
Si désormais les arts poétiques paraissent des plus insuffisants pour définir aussi bien une esthétique qu’une éthique, il nous reste cependant des questions procédant comme des machettes, promptes à défricher les chemins parmi de denses végétations, comme la hache destinée à briser la glace.
Entretien avec Véronique Pittolo à l’occasion de la sortie récente de deux livres : Elle raconte toujours des histoires (de l’art) et Casanova.
Le nouveau projet de l’artiste JR a vu le jour sur le Pont Neuf à Paris le 20 mai, mais son ouverture au public, prévue le 6 juin, a été retardée par des intempéries qui ont détruit en partie la toile imprimée recouvrant la structure – manière de rappeler que son art est bien éphémère.
Siri Hustvedt nous confie, avec Ghost Stories, un livre du deuil, après la mort de Paul Auster en avril 2024, Paul Auster, son compagnon de vie et d’écriture durant quarante-trois ans. Comment demeurer vivante, comment écrire encore alors que le « Paul et moi » a disparu, qu’à la douleur de la femme s’ajoute le vertige de désormais écrire sans lui ? Ghost Stories est cette survie, un livre bouleversant, incandescent, une forme d’œuvre commune, qui poursuit un dialogue littéraire que la mort elle-même ne peut interrompre.
L’acte poétique d’Elke de Rijcke dans Paradisiaca. Un Lac-Opéra relève autant de l’inédit que de l’audace.
À une époque où le mot littérature se réduit souvent à l’idée hégémonique de roman, il n’est pas désagréable de se souvenir de l’emploi mémoriel et vital que la littérature a eu en des temps paniques – ainsi que l’illustre l’œuvre haute, première, essentielle de Nadejda Mandelstam, alors que paraît au Bruit du Temps l’édition du Troisième livre.
Comment échapper à l’overdose de corps au sein de l’exposition Michel-Ange, Rodin. Corps vivants, actuellement présentée au musée du Louvre ? En s’intéressant de près à ce qu’ils sont.
Christian Jouhaud est historien, il travaille sur le XVIIè siècle (« le terrain sur lequel a été installé mon travail d’historien »). C’est par exemple son livre sur « Richelieu et l’écriture du pouvoir » (Gallimard, 2015), ou encore « Le Siècle de Marie du Bois » (Seuil, 2022) qu’il avait sous-titré : « Ecrire l’expérience au XVIIè siècle ». Historien qui mêle aussi passé et présent, Christian Jouhaud voudrait écrire l’histoire elle-même.
Soudain, le bruit. Plus jamais le silence, je n’entendrai plus jamais le silence. Condamné au bruit.