Lors d’un dîner avec Joyce Carol Oates, raconté dans Sur la route et en cuisine, Rick Bass cite Richard Ford et sa « philosophie du lapin écrasé : quand on est critique littéraire, dit Ford, il est absurde de rédiger la critique d’un livre qu’on n’aime pas. Autant rouler sur la route et faire un écart pour écraser un lapin ». Critique garantie sans lapin du dernier livre de Rick Bass qui vient de paraître chez Bourgois dans une traduction de Brice Matthieussent.
Diacritik
La nouvelle traduction française de Notes of a native son (Chroniques d’un enfant du pays) de James Baldwin se trouve dans ma pile depuis un moment, et il m’a fallu plusieurs détours pour y revenir après tant d’années, un peu sous ce poids que Baldwin décrit dans les premières pages : « on a tant écrit sur le problème noir. Les rayonnages gémissent sous le poids de l’information, et tout le monde, par conséquent, se considère informé.
C’est l’histoire de cinq filles de 15 ans, seules dans une maison une journée d’été 1996. Alors qu’elles s’amusent à se raconter les histoires les plus effrayantes qu’elles connaissent un drame va s’abattre sur elles : un fait divers qui nous est narré par la voix off de l’une d’elles revenant, alors qu’elle est désormais âgée, sur ce qu’elles ont vécu.
La scène est étrange qu’observe depuis un talus le jeune Marcel. On y voit Mlle Vinteuil accueillant une tendre amie. C’est alors qu’elle vient de déposer sur un meuble un portrait de son père, le musicien récemment décédé. On y voit encore les deux jeunes femmes se livrant à une gestuelle érotique qui, tour à tour, les assied ou les couche l’une sur l’autre.
Se (re)plonger dans King Kong de Christophe Blain et Michel Piquemal, c’est faire un beau voyage. Publié il y a quinze ans dans la collection « Les grandes aventures racontées aux enfants » chez Albin Michel, le livre reparaît aux éditions Robinson en 2019, auréolé d’une réputation de livre culte, au genre (presque) indéfinissable.
Quand un livre n’a pas d’intérêt, on part du principe qu’il ne mérite pas une critique. On peut juste le laisser en l’ignorant et cela arrive à tout le monde tous les jours. Nous voilà à la FNAC frôlant ce qui nous inspire l’ennui puis passant sciemment à côté. Du point de vue médiatique, tout ce dont on nous parle est bon, a priori. Le temps actuel est lisse et nous propose sans cesse de glisser sur lui. Mais à l’approche de l’anniversaire des 50 ans de l’évènement musical américain cet été, la réédition de l’ouvrage révérencieux de Michka Assayas sur Woodstock aux éditions GM mérite une petite analyse. Histoire de révéler la passion mortifère pour le passé qu’elle engage.
Sept ans après la parution de La Vie sexuelle de Catherine M. au Seuil, Catherine Millet publiait une nouvelle œuvre moraliste et libertaire. Un recueil d’axiomes, de notations, de vérités labiles et paradoxales, en mouvement, soumises au jeu de ses sensations et de ses sentiments : Jour de souffrance, un roman fabuleux, au sens étymologique du terme.
On a cru le comprendre, Madonna a sorti vendredi son dernier album, Madame X. Alors, bien évidemment, comme à une fête scellant des retrouvailles, tout le monde y est allé de son commentaire. Et c’est peut-être ce qui est le plus intéressant pour la star américaine : devenir un sujet de conversation, terminer dans l’infini bavardage des choses et du monde. Car, controversée, Madonna l’est depuis bientôt 40 ans de carrière mais peut-être n’a-t-elle jamais été aussi violemment insultée non pour ce qu’elle incarne mais pour ce qu’elle est.
La création artistique d’Amel Zmerli ne se limite ni au dessin, ni à la peinture, mais à des procédés qui sans cesse se relancent, entre des taches, des empreintes, des arrachements, des dilutions d’encre, des tracés au fusain, au crayon, à la plume, au pinceau… Mais toujours la vitesse, le geste s’imposent à la matière, à la rencontre du support.
Une princesse aux cheveux bleus veillait sur les aventures de Pinocchio. Rezo, le youtubeur allemand de vingt six ans arbore, lui, une mèche de cette même couleur. Jusqu’à présent, ses vidéos semblaient le traîner de canapé en canapé, un pied dans le pays des jouets, un autre dans le monde adulte. On y chantait sur des traductions google, on se tapait des barres sur les photos d’enfance entre potes, on se moquait du playback des plateaux télé et on s’adonnait à des reprises aux mots bien pesés. Seulement, en s’aventurant en politique juste avant les élections européennes, le youtubeur bleuté se voit propulsé porte-parole générationnel en couverture du Spiegel.
Depuis l’Antiquité, l’art de composer un texte sur un disparu s’est incarné dans la forme du « tombeau ». La simple épitaphe inscrite sur la pierre tombale est devenue poème et par extension « tombeau » détaché de sa stèle.
Ce matin, sur France Inter, à 7h50, avant même que l’épreuve de philosophie ne débute, le ministre Blanquer annonce 5 % de professeurs surveillants du Bac en grève. Comme à son habitude, il balaie d’un revers de main tout forme de contestation en substituant au dialogue le mensonge.
Comment écrire aujourd’hui, « à quoi ça pourrait ressembler, un roman du XXIe siècle ? En quoi ça serait différent d’un roman du XIXe, par exemple ? », se demandait Pierre Ducrozet dans la note d’intention qui accompagnait L’Invention des corps, son dernier roman : ce serait un récit rhizomique sans doute, « sans centre, fait de plis et de passages, de liens, d’hypertextes, qui dédoublerait le mouvement du monde contemporain ». « Internet comme sujet et comme forme » sera donc le centre irradiant des deux grands entretiens que nous a accordé Pierre Ducrozet.