Yoko Tawada
Yoko Tawada

Si le regard animal, l’animal que nous regardons et qui nous regarde font depuis toujours partie des préoccupations humaines, ne serait-ce que pour scruter la part animale dans chacun de nous, la visibilité de cette préoccupation a beaucoup augmenté depuis la circulation incessante des images et des informations dans les réseaux mondialisés. Il ne se passe pas une journée où lorsque nous ouvrons Facebook il n’y a pas un chat qui nous regarde, un quelconque film animalier qui essaie de nous égayer ou au contraire d’éveiller notre mauvaise conscience de carnivores. La littérature n’est pas en reste depuis les fables de La Fontaine, Le silence des bêtes d’Élisabeth de Fontenay ou récemment La défaite des maîtres et possesseurs de Vincent Message, pour ne nommer que ceux qui me viennent spontanément à l’esprit. Les animaux ont obtenu droit de cité, même si cela ne change pas grand-chose à leurs conditions de vie. L’animal est donc une histoire médiate, et Davy Crockett avait raison de dire qu’ « il semblerait plus facile de rencontrer l’humain qui a vu l’humain qui a vu l’ours que de rencontrer l’ours lui-même ».

Alexander Kluge
Alexander Kluge

« Les supérieurs hiérarchiques les plus élevés ne sont pas rapatriés par leurs camarades haut placés : Hanns Martin Schleyer n’est pas récupéré en 1977, le feld-maréchal Paulus n’est pas sauvé en 1942. Les pannes ont lieu aux points de contact entre les compétences centralisatrices : la 6e armée et ses voisins en 1942 ; la police criminelle (BKA) de Rhénanie du Nord-Westphalie, Erfstadt-Liblar en 1977. Dans sa cellule de l’ancienne prison de Tegel, Horst Mahler parle des morts de Stammheim, de son programme politique d’il y a six ans : une erreur pour laquelle néanmoins des gens sont morts, méprise stratégique dans les années 1970-1978 – la position du feld-maréchal von Manstein au sujet de Stalingrad en 1943 : des erreurs on ne peut plus évitables sur le fond, des victoires perdues ou volées, « erreur de gestion ». Etc., etc. Bien que tous les détails relatifs au chaudron et au temps présent puissent être mis en relation, ainsi qu’un nombre incalculable d’exemples le souligneraient, « … L’histoire de toutes les générations disparues pèse comme un cauchemar sur le cerveau des vivants » = Karl Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, p. 504 –, il convient d’insister sur le caractère profondément révolu et inaccessible de Stalingrad du point de vue actuel. Il n’est personne en Allemagne qui ressente, voie ou pense comme l’un des intéressés de 1942 (c’est l’auteur qui souligne). »

Hanns Zischler
Hanns Zischler

Ruhla Uhren gehen nach wie vor

Dans son Visas d’un jour (Bourgois, 1994), Hanns Zischler cite cette publicité, dont la RDA avait le secret et qui par son sens à double détente pouvait aussi nourrir l’humour est-allemand : Les montres Ruhla marchent hier comme aujourd’hui ou Les montres Ruhla retardent autant qu’elles avancent. Par ailleurs, ce n’est même pas sûr qu’il ne s’agit pas d’une plaisanterie, car ladite publicité n’est pas documentée.