Tribune : la grève du Bac est une victoire

Ce matin, sur France Inter, à 7h50, avant même que l’épreuve de philosophie ne débute, le ministre Blanquer annonce 5 % de professeurs surveillants du Bac en grève. Comme à son habitude, il balaie d’un revers de main tout forme de contestation en substituant au dialogue le mensonge.

Alors encore une fois, il nous faut démentir ses propos assénés avec l’art et la manière d’un ministre de l’Intérieur plutôt que d’un ministre de l’Education Nationale.

Non, imposer des heures supplémentaires obligatoires, ce n’est pas relever les salaires. C’est contribuer encore davantage à la dégradation des conditions de travail. Avec cette « réforme », nous enseignerons l’an prochain face à des classes de 35 élèves, avec des emplois du temps absolument délirants et totalement infaisables tant pour les enseignants que pour les élèves. Ce qui nous guette, c’est ce qui a déjà si violemment frappé les employés de France Telecom. Gageons que dans très peu d’années des familles endeuillées saisiront des tribunaux compétents pour juger le ministre responsable de cette hécatombe.

Non, les programmes n’ont pas été établis dans la concertation mais imposés contre l’avis même de la Commission des programmes (fait inédit) et en dépit du bon sens à des professeurs qui devraient préparer des cours sur deux niveaux en un été. Ce n’est même pas de la précipitation, c’est de l’urgence tactique afin d’empêcher toute forme de critique possible. On l’a compris : les élèves comme les professeurs sont les otages politiques de la réélection de Macron.

Car qui sont ces élèves de Seconde que le ministre, au premier micro tendu, dit rencontrer chaque jour au saut du lit ? Les nôtres ont exprimé très tôt leur profond abattement et leur désorientation face à un choix de spécialités dont il se sentaient impuissants à comprendre les ressorts. Beaucoup enviaient alors leurs grands frères et leurs grandes sœurs d’avoir eu « la chance d’avoir des filières et un bac à passer ».

Car non, le bac n’a pas été réformé par Blanquer mais supprimé.

Oui, cette grève des surveillances suivie par des milliers de professeurs est une triste et terrible réussite. Elle aura ainsi déjà permis de réaliser l’importance du Bac, cet examen final et ce diplôme national que le ministre Blanquer a décidé de supprimer.

Qui sont donc ces enseignants, soutiens inconditionnels de la « réforme », ces gens « acceptables » qui ne « crient pas fort » mais qui murmurent, la bouche en cœur, sa réussite, que Blanquer rencontre tous les jours au saut du lit ? Car les enseignants que nous sommes et ceux qui nous entourent sont des milliers à avoir levé le tabou du Bac, ce totem. C’est que cette année avec « l’école de la confiance » de Blanquer la désobéissance s’est imposée comme le seul outil de dialogue possible avec le pouvoir, et cela afin de faire valoir l’intérêt commun.

Alors nous ne sommes pas inquiets pour l’avenir. Nous disposons à présent, par la désobéissance, d’une force neuve, qui peut prendre, mille et une formes, inédites et toujours créatives. Car nous ne sommes jamais aussi inventifs et déterminés que lorsqu’il s’agit de défendre nos élèves et notre métier.