Yan Gauchard
Yan Gauchard

Paru au cœur de cette rentrée d’hiver aux éditions de Minuit, Le Cas Annunziato, premier roman de Yan Gauchard (lire sur Diacritik l’article de Laurence Bourgeon), s’impose déjà comme l’une des plus belles et plus fortes réussites de cette année 2016. Contant l’histoire rocambolesque et pourtant statique de Fabrizio Annunziato, traducteur prisonnier d’une cellule de Fra Angelico à Florence, Yan Gauchard livre un roman distancié et joueur de la disparition ainsi qu’une fable politique sur l’Italie berlusconienne des années 2000. Diacritik a interrogé Yan Gauchard le temps d’un grand entretien sur son puissant premier roman.

En février 2015, Ernest Pépin publie Le Griot de la peinture (Caraibéditions), sur un Basquiat, « décidé à tracer dans le chaos du monde le graffiti obscur d’un éclat d’existence dans une ville impossible ». En avril 2015, Pierre Ducrozet publie Eroica (Grasset) : au centre de son roman, celui qui voulut être Picasso et sera « Prométhée, Elvis, Charlie Parker, Lou Reed, Bob Dylan, John Coltrane. Il sera Andy Warhol. Mohamed Ali, Jack Kerouac. Ulysse. Superman. Héros, on vous dit ». Un soir au Night Birds, raconte Pierre Ducrozet, il rencontre une jeune serveuse. « Il la regarde, il sait que c’est elle ». Celle à laquelle Jennifer Clement consacre un livre La Veuve Basquiat (Bourgois, mars 2016), celle que Jean-Michel Basquiat comparaît à « un personnage de BD », Suzanne Mallouk. Portrait d’un peintre et d’un homme, « au confluent », comme l’écrit Ernest Pépin, des cultures et des arts, au confluent aussi de ces trois très beaux romans récents.

Elisabeth Jacquet
Elisabeth Jacquet

D’abord : pourquoi écrire aujourd’hui ?

Pourquoi encore écrire quand tout s’écrit déjà, via sms tweets blogs et réseaux sociaux, quand chacun donc tout le monde écrit et écrivant tout le temps ne trouve plus le temps de lire autre chose que tout ce qui s’écrit dans les écrans, ne trouve plus le temps de faiblir, se laisser porter hors de l’immédiat de notre temps ?

Le siècle deleuzien de Jean-Clet Martin, n’est pas un livre sur Deleuze mais avec Deleuze. Loin de s’enfermer dans l’exercice d’un commentaire fort peu deleuzien, de vouloir expliquer Deleuze, de le réciter selon une approche très scolaire ou de le rabattre sur des questions et problèmes que son œuvre a précisément contribué à vider de leur sens, Le siècle deleuzien propose une pensée avec Deleuze, pensée qui ne peut ainsi qu’être originale, nouvelle – puisqu’il s’agit avant tout de créer.

A l’instar d’Hélène et les Garçons qui pour Fabrice Luchini était « du Rohmer réussi », on mésestime trop souvent ces joyaux d’humour brut et lapidaire que sont les shortcoms hexagonales qui sévissent sur les chaines françaises à l’heure du dîner et de l’arrêt de la publicité sur le service public et se livrent une concurrence féroce sur le créneau du rire bienvenu après une dure journée de labeur.

Au bout du conte © Ch. Marcandier
Au bout du conte © Ch. Marcandier

Le dimanche 20 mars, à Livre Paris, Michael Cunningham — à peine sorti de son entretien pour Diacritik — retrouvait Nathalie Azoulai pour une rencontre autour et « au bout du conte », animée par Sophie Quetteville. L’un comme l’autre ont récemment publié ce type de récit : Michael Cunningham voit paraître en France Ils vécurent heureux, eurent beaucoup d’enfants, et puis… et Nathalie Azoulai a participé à un recueil collectif, Leurs contes de Perrault, proposant sa version de Cendrillon ou le petit gant de soie.

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Rencontre avec Michael Cunningham dans un des petits salons mis à disposition de la presse à Livre Paris, le 20 mars dernier : l’écrivain américain, après six romans, un Pulitzer et un Pen-Faulkner Award, surprend en publiant un recueil de contes, Ils vécurent heureux, eurent beaucoup d’enfants et puisEt puis le pire arrive, mais aussi la littérature qui, toujours, s’articule sur l’adversatif.

« Je vais continuer à vivre ainsi ma vie invivable » avait dit l’écrivain hongrois Imre Kertész, prix Nobel de littérature en 2002, connu pour deux livres majeurs, Être sans destin et Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas dont Édouard Louis cite une page sublime en excipit de son récent Histoire de la violence, un titre qui pourrait être le sous-titre de l’œuvre de Kertész, témoin des horreurs absolues du XXè siècle, l’holocauste, les camps, la barbarie. Il les a vécus dans sa chair, il les écrira, inlassablement, « pour l’éternité ».