La littérature n’a sans doute jamais autant dit son souci du vivant qu’aujourd’hui, et en marge de nombreux romans qui se saisissent de cet enjeu primordial, quelques essais empoignent avec force cette urgence, comme celui de Pierre Schoentjes, Littérature et écologie. Le mur des abeilles ou celui de Jean-Christophe Cavallin, Valet noir, tous deux publiés chez José Corti.

Hypnotique, puissant et amusé : tels sont les mots qui viennent spontanément à l’esprit pour qualifier le 3e et nouvel album d’Institut. Formation pop initiée par Arnaud Dumatin avec son comparse Emmanuel Mario, accompagnée cette fois de la suave voix de Nina Savary, Institut produit une pop inquiétante, qui vient adresser autant de questions au néomanagement dans lequel chacun vit, qu’il le veuille ou non.

« De toute évidence, le livre continuait à se déplacer comme une mine perdue avec une centaine d’exemplaires qui passaient de main en main, grâce à des rencontres fortuites ou aux conseils de lecteurs moyennement intéressés, ou tout simplement parce qu’il avait attiré l’attention d’un client dans un étalage parmi d’autres livres du même genre qui exerçaient la même influence magique et éveillaient chez certains lecteurs une vague d’enthousiasme ou une sorte d’inspiration.

Avec la disparition de Benoît Sokal, ce sont deux communautés et plusieurs générations qui sont en deuil. Les bédéphiles qui ont lu et aimé Canardo, des Premières enquêtes à Un Con en hiver ; les gamers qui ont salué en lui le créateur d’univers, l’auteur de jeux à succès dès L’Amerzone jusqu’à sa trilogie Syberia. Benoît Sokal est décédé le 28 mai 2021 à Reims.

Vaan Nguyen, âgée d’une trentaine d’années, israélienne de parents vietnamiens réfugiés politiques, élevée dans un quartier populaire de Jaffa, ville majoritairement arabe, annexée à la métropole de Tel Aviv qui concentre l’effervescence poétique d’Israël, jeune poète d’expression hébraïque avec qui la poésie en hébreu ultramoderne doit désormais compter, vient de voir son recueil Ayin ha-kmahin, « l’œil de la truffe », ou The Truffle Eye, tel que l’a traduit de l’hébreu à l’anglais Adriana X. Jacobs, publié sous l’égide de la maison d’édition américaine Zephyr Press, à qui nous devons aussi The Complete Poems of Anna Akhmatova (1990), et ce n’est pas un hasard, car chez ces deux poètes, les détails de leur poésie intimiste possèdent la force de mener loin, tout en ouvrant sur l’universel.

« Je suis né le 1er avril. Ce n’est pas sans impact sur le plan métaphysique », avait déclaré Milan Kundera dans un entretien, en 1970, ajoutant, ailleurs mais toujours en 1970, que l’« on doit presque toujours au succès au fait d’être mal compris » : mal compris puisque peu lu en Tchécoslovaquie, son pays de naissance qu’il dut quitter, mal compris en France après des années de grâce quand son passé le rattrape à l’automne 2008. Ce « mal compris » fut une forme de d’ethos pour un écrivain qui a toujours cultivé ce rapport au monde et à ses lecteurs, dans un décalage constant, géographique, linguistique, ironique. C’est ce mystère qu’Ariane Chemin a interrogé dans un feuilleton du Monde, du 17 au 22 décembre 2019, qui vient de paraître sous forme de récit aux éditions du Sous-Sol.