Si Josef Albers est mondialement connu en tant que plasticien, son œuvre poétique n’est sans doute pas encore suffisamment considérée. Dans l’essai qu’il lui consacre, Vincent Broqua met en évidence les rapports que la poésie d’Albers entretient avec son œuvre plastique mais aussi, et surtout, sa singularité, ses parti pris, ses enjeux.
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L’actualité des publications françaises et étrangères ; fiction et non fiction. Sans exhaustivité, parce qu’elle est impossible et sans contrefaçon (mais pas que par des garçons). Des choix, des passions, de grosses colères aussi. La lecture des têtes de gondole que nous mettrons parfois au carré. Des portraits des acteurs du monde du livre. De longs entretiens parce qu’un livre ou une collection, ce ne sont pas deux ou trois phrases choc. Et parce que l’actu est trop souvent un diktat (et une course contre la montre perdue d’avance), de grands livres publiés dans les mois ou les années, voire les décennies et même siècles qui précèdent, parce que les grands livres n’ont pas de date de péremption.
C’est le matin sur le Vieux Port. Il fait beau et tout autour de la mer, plein de gens ne font rien. Le vent balaye les touristes de l’automne et Jérôme Bertin marche sous l’immense miroir moche sous lequel le monde entier s’est pris en photo.
Cavalier d’épée constituerait une sorte de suite, ou de complément, de supplément, à Enfant de perdition (P.O.L, 2020). Le livre commencerait là où l’autre s’arrêtait, au seuil de la vie adulte, d’un voyage dans les Balkans que s’apprête à faire le narrateur. Dans Enfant de perdition, nous étions dans les méandres de la vie d’avant, jusqu’à la décision finale de « trahir » les siens, le pays d’où nous venons. L’Enfant devait se perdre pour renaître, différent.
Certains événements résistent à être « racontés ». Le 17 octobre 1961 en fait partie. Pourtant, comme souvent, la fiction était déjà au rendez-vous. Le roman de William Gardner Smith, Le Visage de pierre, vient d’être enfin traduit en français : on découvre alors comment un jeune Afro-Américain venu à Paris pour s’éloigner de son pays a introduit dans son récit, dès 1964, ce qu’il a vu et vécu. Les écrivains français ne s’y mettront que plus tardivement : Didier Daeninckx en 1984 ; mais aussi Leïla Sebbar en 1999 et Thomas Cantaloube en 2019.
C’est un livre étonnant que nous offre Claire Fercak : à la fois enquête, récit, réflexion intime et essai, tissé d’images, quiz et citations, Après la foudre tente de cerner le phénomène du coup de foudre, dans toutes ses acceptions. Qu’est-ce que le grand après de la foudre, comment a-t-il été saisi par les sciences, l’art ou la littérature, comment à son tour le dire, pour faire de ce « qui nous dépasse » une expérience immersive ?
À l’heure où le pronom neutre « iel » entre avec fracas dans Le Robert, c’est à une réflexion importante, neuve et profondément originale qu’invite dans Lila Braunschweig dans son essai, Neutriser : emancipation(s) par le neutre qui vient de paraître dans la remarquable collection « Trans » aux Liens qui libèrent. Fondant son propos depuis Blanchot et Barthes, Braunschweig offre, par le neutre, un verbe nouveau qui, à son tour, pourrait entrer dans les dictionnaires : neutriser, verbe qui cherche à suspendre toutes les assignations identitaires, défaire la tyrannie sociale de la binarité et proposer le neutre comme voie émancipatrice. Le neutre n’y est pas une théorie molle : il est une proposition d’action pour métamorphoser le réel, lutter contre ce qui identifie sans retour. Au moment où Brigitte Macron ou Jean-Michel Blanquer attaquent « iel », Diacritik ne pouvait manquer de donner la parole le temps d’un grand entretien à Lila Braunschweig sur ce neutre qui peut tout changer.
C’est une joie et une souffrance. Un de ces moments où l’on se dit que la vie est à la fois bien faite et un peu cruelle aussi quand on a en mains le premier épisode d’un nouveau diptyque des aventures de Largo Winch. On s’empresse de se le procurer, on le dévore plus qu’on ne le lit et on le referme avec un sentiment de manque immédiat mêlé de satisfaction. L’arrivée de La frontière de la nuit en librairie ne déroge pas à la règle.
Quelles que soient ses variations, il n’est pas exclu qu’en une œuvre ne s’écrive finalement jamais qu’un seul et même livre. Reste dans ce cas à se demander ce que peut bien envelopper pareille obstination. Pour celles et ceux qui connaissent les ouvrages de Jacques-Henri Michot, notamment Un ABC de la barbarie ou Comme un fracas (Al Dante, 1998 et 2009), il n’est pas très difficile de se prononcer.
Comme le souligne Jean-Philippe Cazier, les livres de Juliette Mézenc peuvent être lus comme une réflexion au sujet de la notion de frontière mais aussi comme une pratique des frontières – réflexion et pratique subversives puisqu’elles impliquent de nouveaux points de vue sur la frontière, des traversées et déplacements des frontières constituées du monde, des catégories, des genres, des corps, des psychismes : une subversion, une mise en crise qui concernent autant le politique, l’être du monde, que le littéraire.
Nécessaire et stimulant : tels sont les deux termes qui viennent immanquablement à l’esprit après avoir achevé la lecture du nouvel essai de Laurent Demanze, Pierre Michon : l’envers de l’histoire qui vient de paraître chez Corti. Le spécialiste de Pierre Michon reprend en effet ici à nouveaux frais l’œuvre même de Michon en l’interrogeant depuis son effet de réception, sa classicisation immédiate depuis Vies minuscules dans le champ contemporain en cherchant à lui rendre sa puissance de disruption. Loin de souscrire à la figure du Grand écrivain, Michon en défait avec force le mythe et se pose comme l’intempestif de notre temps lui-même. Autant de nouvelles pistes de lecture sur la voix barbare de l’écrire que Diacritik ne pouvait manquer d’évoquer le temps d’un grand entretien avec Laurent Demanze.
Le moins qu’on puisse dire c’est que les femmes sortent de l’ombre ! On ne peut s’en plaindre. Certaines de leurs « porte-paroles » sont largement invitées à la radio et à la télévision comme Titoui Lecoq et son ouvrage, Les grandes oubliées. Pourquoi l’Histoire a effacé les femmes (L’Iconoclaste), Virginie Girod, Les ambitieuses. 40 femmes qui ont marqué l’Histoire par leur volonté d’exister (M6 éditions) ; on se souvient de l’ouvrage de Léa Salamé, Femmes puissantes, en 2020, pour ne citer que les plus médiatisées. Allons du côté des ouvrages « francophones ». En cette rentrée, Léonora Miano publie chez Grasset deux essais différents et, d’une certaine façon, complémentaires : L’autre langue des femmes et Elles disent.
Nous connaissons l’autrice douée qu’est Caroline Lamarche, celle qui donna tantôt Le Jour du chien, tantôt Carnets d’une soumise de province ou encore Nous sommes à la lisière. Et nous aimons le style sensible qui est le sien. Mais, derrière ce style, il est une autre écriture reçue d’un père aimé et d’une autre tonalité.
Chroniques de l’inactuel – tel est le titre, depuis toujours, de ces pages écrites en écho aux travaux de nos contemporains. Même s’il est question de nouveautés en librairie, ou ailleurs, ça ne change rien : l’actualité est éphémère et l’air du temps, hélas, prend de plus en plus souvent forme de dépression sur un monde en quête de lumière et de silence. L’inactuel, c’est la résistance en temps réel ; c’est l’ajout de quelques dissonances dans ce qui ronronne platement. C’est aussi manière de rester fidèle à l’incipit originel de ces chroniques. Décidément, l’automne est encore plus fertile que le printemps, cette année. Ça se bouscule dans nos constellations. So May we Start ?
Le récit-essai de Laurent Jullier consacré à Guy Debord qui paraît dans la collection Icônes des éditions Les Pérégrines agit comme une piqûre spéciale de rappel face à l’interminable épidémie mondiale de Spectacle. L’importance de la pensée et de l’œuvre du révolutionnaire disparu en 1994 y apparaît dans une fulgurante modernité tous les jours un peu plus juste.
Écrivain et critique, Guy Lelong poursuit une œuvre très singulière, imprégnée de musique, élaborée à partir de processus de transformation continue. Entretien avec l’auteur, à l’occasion de la publication de La Poursuite.