Depuis son premier numéro, la revue Le Chant du monstre poursuit des principes esthétiques comme littéraires, les incarne numéro après numéro, ne cédant rien aux impulsions de départ, n’opérant une mue que pour mieux poursuivre le credo de départ : abolir les « frontières » et « lisières » entre la littérature (dans tous ses genres, roman, poésie, théâtre) et le dessin, accompagner ceux qui risquent et tentent dans le champ du contemporain, faire montre de curiosité comme d’exigence, être un laboratoire et un espace ouvert.

On sait la passion d’Alexandre Dumas pour la cuisine. Le romancier gastronome est l’auteur d’un monumental Dictionnaire de la cuisine, entrepris un an avant sa mort qui paraîtra de manière posthume. Dans « quelques mots au lecteur », Dumas retrace une histoire du rapport de l’homme à la nourriture, passant du besoin à la gourmandise, il établit une typologie des différents types d’appétit, feuillette pays, traditions culinaires et grands auteurs ou artistes dans leur rapport à la cuisine, avant de lister les restaurateurs de son temps, dans un ample mouvement qui se donne à lire comme un art poétique de la table.

Winston Churchill et Charlie Chaplin, le 19 septembre 1931, à Londres.
Winston Churchill et Charlie Chaplin, le 19 septembre 1931, à Londres.

La plage n’est certainement pas le premier lieu auquel on associerait spontanément Churchill et Chaplin. C’est pourtant sur le sable que les deux hommes se plaisaient à cheminer côte à côte pour converser, comparer, échanger leurs impressions quant à leurs projets et leur mal-être. Plutôt leur mal-être et leurs projets…
Que tout ceci soit ou non véridique importe peu. Maniant habilement les outils de la vraisemblance historique, documentaire et narrative, Michael Kölmeiher nous invite à suivre les vacillements et rebondissements de ces deux grands hommes.
Que pouvaient avoir en commun Winston Churchill et Charlie Chaplin ?

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Comment rester immobile quand on est en feu, de Claro, invite justement à ne pas être immobile, à plonger dans le mouvement – mouvement impliquant par définition une multiplicité indéfiniment reprise, répétée, absolument ouverte à sa propre transformation. Le mouvement dont il est question ici n’est pas un simple déplacement mais un mobilisme généralisé où tout bouge en soi, se transforme soi-même en autre chose, sans cesse. Il s’agit du mouvement du devenir par lequel ce qui est devient toujours en lui-même autre chose que lui-même, toujours ouvert à un dehors qui le fragmente, le redistribue, l’agence avec autre chose, l’inclut dans des ensembles ou séries également en devenir.

Richard Milward : Écrivain anglais vivant, né à Middlesbrough en 1984. Auteur de 3 romans, quelques nouvelles et d’une flopée d’articles publiés par la presse anglaise. Également peintre. Jeune, multi-talents et pertinent : voilà une manière formelle et à peu près juste de décrire cette fine plume de la littérature contemporaine. A la fois pop, trash et rien de tout cela, Richard Milward montre qu’on peut appartenir à la génération Y, parler de sexe et de drogues, ET avoir un talent impressionnant.

L’enfant trace du doigt, sur les tomettes, des cercles et des lignes, invisibles, des représentations aussi « vivantes » qu’elles sont « abstraites ». Dans ces droites et ces courbes, « il expose la chair du monde physique » : « Quelque chose se cache ici et il sait que chaque minute qui s’écoule met davantage au jour la vérité, il sait qu’il dévoile les mystères, que le monde ne peut pas soutenir son regard d’enfant, que le monde ne peut rien lui dissimuler ».

Certains livres comptent plus que d’autres. Il est souvent difficile d’en expliquer la raison, surtout lorsqu’elle touche à une forme d’intimité devant laquelle l’objectivité reste désarmée et muette. Marcel Proust n’était pas étranger à ce sentiment, et il l’éprouvait sans doute mieux que tout autre puisqu’il en cerna l’insaisissable essence dans l’expression « famille d’esprit ».

couvDufeu

On pourrait dire que Sic, d’Antoine Dufeu, est une fiction qui se développe à partir de ce que Saussure et Benveniste ont écrit sur le langage et le signe linguistique : l’arbitraire du rapport entre le signifiant et le signifié, entre le signe et le référent. Dire que le rapport est arbitraire signifie qu’il pourrait ne pas être, être autre de manière tout aussi arbitraire. Le livre s’engouffre dans cet arbitraire et développe une écriture par laquelle le signe et le référent, le langage et la chose renvoient l’un à l’autre non selon une adéquation fixe et assurée, mais selon des rapports variables, divergents et mobiles, l’un glissant sur l’autre sans le recouvrir, comme deux séries convergentes et divergentes.