Geneviève Brisac © Carole Bellaïche
Geneviève Brisac © Carole Bellaïche

« Ce qui n’est pas écrit disparaît », notait Geneviève Brisac dans Une année avec mon père, livre du deuil et de la reconstruction. Toute son œuvre se construit contre l’oubli et la disparition, sur une ligne de fuite qui est aussi une ligne de force, une faille comme une arrête, dans ce fascinant paradoxe constitutif. De romans en essais — s’il était possible de les opposer alors que se jouent brouillage volontaire et enrichissement réciproque — s’édifie une forme de kaléidoscope, dans lequel chaque élément vient enrichir le précédent, le flouter mais aussi le nourrir, dans lequel tout passe toujours par les yeux des autres, comme si se dire ne pouvait se faire que via autrui.
C’est le cas dans cette Vie de ma voisine qui vient de paraître chez Grasset, portrait de Jenny, traversée du XXè siècle dans ses heures les plus sombres comme les plus exaltantes, et… autoportrait oblique d’une « femme-écho » : Geneviève Brisac.

Geneviève Brisac, 52 ou la seconde vie

52 histoires pour coucher « sur le papier cette seconde vie qui inlassablement se déroule derrière la vie officielle », mélanger « ce qui fait rire et qui fait pleurer ». Les citations sont empruntées à Virginia Woolf, le projet est celui de Geneviève Brisac. C’était d’ailleurs le titre de ce livre avant sa parution en Points, 52 ou la seconde vie (L’Olivier, 2007). Et l’auteur lui préfère, pour cette réédition en poche, Les filles sont au café, titre emprunté à Nadja, 20 gouaches qui croquent des échanges, sur le vif, des pauses, des « moments ».

Geneviève Brisac
Geneviève Brisac

Ce pourrait être un conte de Noël, avec pingouins, lapins, « armée de chats », un rat sauvé de l’institut Curie, Flush l’épagneul auquel Virginia Woolf consacra un livre et même une « poule qui marchait à reculons ». Un roman, une fable, de ces textes magiques qui échappent aux catégories. Il est signé Geneviève Brisac qui attend de voir passer un pingouin, image pour dire « la lutte épuisante contre l’effacement de tout ». Invitation à une double rencontre : un livre, son auteur.

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Ce livre a été interdit peu de temps après sa parution (Benoit Jacob éditions). Querelle d’héritiers : publié après la mort de Marguerite Duras par son fils Jean Mascolo, il a été interdit par son dernier compagnon et exécuteur littéraire Yann Andréa. Définitivement épuisé.

Geneviève Brisac

Geneviève Brisac revendique sans ambages sa filiation avec Doris Lessing, Virginia Woolf… Dans les yeux des autres est ainsi un « appel à la liberté » et à « marcher ensemble ».
« J’écris ce livre sous le coup de la colère ou sous le coup du chagrin. » C’est sur cette phrase que s’ouvrait La Marche du cavalier (Éditions de l’Olivier, 2002), un essai partagé entre des émotions qui ne sont contradictoires qu’en apparence : la colère et le chagrin, l’engagement et le rire, un doute et une croyance en « la force des mots ».