La semaine dernière, nous avons appris la disparition soudaine de Jean-Marie Gleize. Nous republions aujourd’hui l’entretien accordé à Emmanuèle Jawad en 2024 à l’occasion de la parution de Je deviens (séances) aux éditions Les presses du réel/Al Dante. Vous retrouverez ici les articles qui lui ont été consacrés sur Diacritik.
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Commençons par un lieu commun : disons que L’Orage et la loutre est un roman actuel qui n’a pas pris une ride.
« Tu parles d’un merdier, fit Brady. Bon Dieu d’bon Dieu. Sacré nom de Dieu. Non mais r’garde moi ça. Il a plus ses couilles !
— Je vois ça.
— J’crois bien qu’elles sont dans la main du négro, fit Brady.
— Tu as raison. » Delroy se pencha pour regarder de plus près.
(Percival Everett, Châtiment)
Entretien avec Jean-Marie Gleize alors que paraît Je deviens (séances) aux éditions Les presses du réel/Al Dante.
Quand Bastien François rencontre Estelle Moufflarge, elle est morte depuis 70 ans et il ne l’a jamais connue. Il vient de croiser son visage et son nom sur le site internet conçu par Serge Klarsfeld et Jean-Luc Pinol, permettant de localiser les lieux où des enfants juifs ont été arrêtés avant d’être déportés. Bastien François y avait entré sa propre adresse. Au 89 rue Caulaincourt, à quelques immeubles du sien, vivait Estelle. Ne demeurent qu’un nom, un visage, une date de naissance. « Je suis parti à sa recherche. Cela m’a pris des années ».
Quelle est la chose la plus précieuse au monde ? L’or ? L’élixir de vie, capable de guérir tous les maux ? Ou est-ce la recherche plus diffuse d’un sens à donner à notre existence, une complétude que nous sommes nombreux à chercher en vain dans notre quotidien ?
Je me souviens avoir lu la semaine dernière Je me souviens … de la foulée de Pérec, ouvrage collectif dans lequel chaque auteur, débutant son texte par un « Je me souviens », évoque un souvenir olympique (ou plusieurs) l’ayant particulièrement marqué.
Après Foucault en Californie, Foucault à Varsovie. Une série sans Martine mais une manière de redécouvrir un penseur majeur du côté d’une biographie aux épisodes souvent obscurs, mis en lumière par ces deux enquêtes. Michel Foucault auteur devient personnage, chaque fois étudié sous l’angle d’un lieu. Dans Foucault à Varsovie qui vient de paraître aux éditions Globe, Remigiusz Ryziński (spécialiste des questions de genre et des queer studies) tente de démêler ce qui a eu lieu alors que Foucault se trouvait dans la capitale polonaise. Nous sommes en 1958, il vient d’être nommé directeur du Centre de civilisation française au sein de l’université de Varsovie et il termine sa thèse qui deviendra Histoire de la folie à l’âge classique lorsqu’il est expulsé du pays.
Au stade Bauer, à Saint-Ouen, une tribune porte son nom. Et ce chant des supporters du Red Star :
« Nous sommes les Red Star fans
On vient de la banlieue rouge
Et la Rino s’enflamme
Toujours pour l’Étoile rouge»
Mais qui est Rino Della Negra ? Qui était-il ?
Deux sœurs ont été retrouvées noyées dans un étang. On raconte qu’elles se tenaient encore par la main, qu’elles portaient leurs tenues blanches de communiantes. Leur mort, en 1978, hante moins les mémoires que les lieux. Elles apparaissent encore aux résidents d’un Ehpad de Varin-le-Haut, un petit village de la Marne. Le fait divers, « coriace », tient en trois lignes, cependant assez denses et mates pour fasciner Manon Gauthier-Faure, spécialiste des Pièces manquantes, titre de son précédent livre aux éditions Marchialy.
Le livre de Guillaume Marie est un récit se rapportant à Benoît Labre, saint ou fou du XVIIIe siècle, mort à Rome dans le plus grand dénuement. Je vais entrer dans un pays est pourtant moins un récit apologétique chrétien que celui d’une vie structurée par le désir d’un autre état de la vie, par un autre rapport à la vie et au monde – une vie capable de devenir la vie générale du monde, celle que l’on peut appeler Dieu ou autrement.
Le roman, d’habitude, s’intéresse peu, ou mal, aux autres arts, et le plus souvent avec une condescendance désarmante qui pallie plus ou moins une profonde méconnaissance de « champs sociaux » (monde de l’art, du cinéma, de la mode) que nos romanciers réduisent à des clichés mal dégrossis, sous le signe amer d’une ironie désinformée. C’est sans doute ce qui rend la lecture de De plomb et d’or si jubilatoire : François Jonquet sait de quoi il parle et d’où il parle.
Le titre le dit : ce sont les odeurs qui appellent, celles-ci sont actives (« c’est une présence qui visite »). Les odeurs ne sont pas seulement perçues, elles agissent sur le corps et l’esprit. C’est cette action ou activité des odeurs qu’explore et déplie Ryoko Sekiguchi. L’Appel des odeurs est aussi un livre dans lequel les odeurs impliquent des mondes inédits, un rapport au monde singulier par lequel le monde est transformé.
Qu’est-ce qu’un frappabord ? Au Québec, c’est ainsi que l’on nomme une espèce de taon, cette grosse mouche piqueuse qui n’hésite pas à vous arracher des lambeaux de peau si votre odeur l’attire trop… A priori, pas le sujet de roman idéal : comment intéresser le lecteur à la destinée de cet animal loin d’être aussi mignon qu’un bébé phoque ? C’est pourtant ce défi que s’est lancé l’autrice québécoise Mireille Gagné.
À l’occasion de la publication de Scum, un rêve, de Denise Le Dantec, Liliane Giraudon s’entretient avec celle-ci : Valerie Solanas, écriture, musique, rêve, politique, féminisme…