D’un côté de la chaîne de la mort industrielle, des centaines d’animaux, étourdis, tués, dépecés, mis en barquette ; de l’autre une armée d’hommes et de femmes en blouses blanches, charlottes ou casques, dont le rôle est justement d’étourdir, tuer, dépecer, mettre en barquettes.
« Qui se soucie des damnés de la viande ? », demandait récemment Geoffroy Le Guilcher dans son impressionnant livre-enquête Steak Machine, centrant justement son regard sur l’intérieur de ces abattoirs fermés au regard, objet d’une véritable omerta, et sur les « hommes-crabes » qui y travaillent. C’est aussi l’objet du documentaire de Manuela Frésil qu’Arte diffuse cette nuit — et comment ne pas regretter cette heure de diffusion ? — Entrée du personnel.

Je ne suis pas votre nègre

M ardi prochain, Arte diffuse un exceptionnel documentaire sur la question raciale, Je ne suis pas votre nègre, signé Raoul Peck (L’École du pouvoir, Lumumba) à partir de textes de James Baldwin.
En juin 1979, l’écrivain noir américain prépare un livre, le récit des vies et assassinats de Martin Luther King, Medgar Evers et Malcolm X, des années 50 à 1968. Mais Baldwin meurt en 1987 sans avoir achevé son projet. Seul demeure un manuscrit d’une trentaine de pages, Notes for Remember this House, que sa sœur, Gloria Karefa-Smart, confiera à Raoul Peck qui en fait la colonne vertébrale du documentaire, avec JoeyStarr en voix française de James Baldwin.
Le documentaire sera par ailleurs en salles à partir du 10 mai 2017.

En 1995, les spectateurs étaient conviés à Un voyage avec Martin Scorsese à travers le cinéma américain (A Personal Journey with Martin Scorsese through American Movies) puis à travers l’Italie en 1999 (Mon Voyage en Italie/Il mio viaggio in Italia), par un même réalisateur, rendant hommage aux cinéastes l’ayant inspiré et livrant, par la même occasion, une autobiographie. Bertrand Tavernier, très féru de cinéma américain, qui a par ailleurs préalablement salué ce cinéma avec 50 Ans de cinéma américain (coécrit avec Jean-Pierre Coursodon) et Amis américains, a emboîté le pas à Martin Scorsese.
En 2016, c’est Voyage à travers le cinéma français, dont le titre et la démarche font directement écho à ces deux documentaires et qui en est le pendant à l’échelle du cinéma français, fruit de six années d’un travail délicat et titanesque, mais bien au-delà, d’une vie nourrie et emplie d’un amour incommensurable du cinéma. Selon le même procédé, ce « trésor mondial » – d’après Scorsese – de 3h11, tout d’abord présenté en avant-première dans la sélection « Cannes Classics » puis diffusé en salle à l’automne, est désormais disponible en DVD.

Alors que les élections présidentielles approchent, que le programme de la majorité des candidats ignore superbement l’enseignement supérieur ou vise à le calquer sur le modèle américain, projetant d’achever, pour certains, un démantèlement amorcé depuis deux quinquennats, il est important d’évoquer un documentaire de Jean-Robert Viallet justement centré sur le monde universitaire et dont le titre se veut sonnette d’alarme : « Étudiants, l’avenir à crédit« .
Les universités sont devenues des entreprises, soumises à un modèle libéral, et si le phénomène est encore émergeant en France, observer son fonctionnement et ses répercussions sur les étudiants aux USA, donnés par beaucoup comme un modèle, ou en Grande-Bretagne, permet de comprendre les risques d’un tel système.
Plongée, glaçante et instructive, dans un monde en pleine mutation.

Le nouveau film de Sylvain George est à placer sous le signe impérieux de l’urgence. Une urgence à porter sa caméra dans les lieux des luttes qui traversent notre époque autant que celle d’en visionner les images. Le cinéaste porte un regard singulier sur les manifestations qui ont marqué Paris (Nuit debout, manifestations contre la loi El Khomri) et la crise des réfugiés, dans la lignée des problématiques qui traversent ses films précédents. En 2011 et 2012, il évoquait déjà la situation des migrants à Calais dans Qu’ils reposent en révolte (Des figures de guerres I) et Les Éclats (Ma gueule, ma révolte, mon nom), et documentait le mouvement des Indignés à Madrid dans Vers Madrid – The Burning Bright. Paris est une fête complète cette filmographie politiquement engagée à classer par ailleurs dans la catégorie du documentaire de création, et se trouve cette année en compétition internationale au Festival des films documentaires, Cinéma du Réel qui se tient à Paris au Centre Pompidou du 24 mars au 2 avril 2017. Entretien avec Sylvain George.

Balzac l’écrivait dans Illusions perdues : « il y a deux Histoires ; l’Histoire officielle, menteuse qu’on enseigne, l’Histoire ad usum delphini ; puis l’Histoire secrète où sont les véritables causes des événements, une Histoire honteuse ».
C’est évidemment la seconde qui intéresse Clara et Julia Kuperberg dans un documentaire passionnant diffusé ce dimanche 12 mars à 23 h 05 sur Arte : Ronald Reagan, un président sur mesure, inspiré du livre du journaliste Dan E. Moldea, Dark History: Ronald Reagan, MCA and the Mob, qui, dès 1986, révélait le rapport étroit entre la mafia et l’ancien acteur devenu le 40° président des États-Unis. Ce sont ces liens que le documentaire explore à son tour, à travers des images d’archives et des témoignages, en particulier de Dan E. Moldea et de James Ellroy qui déclare en guise d’ouverture tonitruante au film : « Personne ne sait vraiment qui était Ronald Reagan, c’est une des raisons pour lesquelles je l’aime tant »…

Brothers of the night

Ce serait si simple d’évaluer un film selon sa capacité ou son incapacité à appartenir pleinement d’un genre, ou parfois à en questionner les frontières. Ce serait d’autant plus simple que tout ce qui se fait d’intéressant par les temps qui courent, s’invente là, entre fiction et documentaire, entre essai et film d’artiste, entre deux. On se contente d’ailleurs le plus souvent d’entonner l’antienne auteuriste du franc-tireur, du cas à part, faute d’outils critiques réaffutés et d’une volonté affichée d’interroger notre système de valeur périmé, nos hiérarchies désuètes, et tout l’habitus critique obsolète qui chaque mercredi vers 14.00 entérine la circulation des fictions de flux, des rébellions d’auteurs en dérapage contrôlé comme des urgences documentaires réchauffées. Pourtant, les exceptions se multiplient, tant et si bien qu’il devient difficile de justifier de nos règles paresseuses pour les définir : les francs-tireurs se font légions, squattent les festivals, les prix, et les débats critiques, au risque parfois d’une pacification dangereuse (Attention ! une norme peut en cacher une autre !). Prenons donc les devants, ne parlons que des cas limites, de là où ça grippe, ça râpe, là où ça tire et où ça invente, encore : là où j’ai pu constater autrefois l’émergence d’un Tiers-Cinéma. C’est précisément là, loin des films-évènements autoproclamés, qu’évoluent les Frères, les Fratelli pasoliniens, les Brüder der Nacht de Patric Chiha.

Otto Dix ou le regard impitoyable

Otto Dix (1891-1969) a peint mendiants et prostituées, soldats massacrés et paysages torturés, le sexe et des corps crus, les perversions et désastres de son temps. Il a brisé tabous et convenances dans la représentation pour mettre à jour les failles d’une société allemande profondément bouleversée par la Première Guerre mondiale, les blessures à vif et ces inégalités criantes — criardes sur ses toiles — qui ont été le germe et le terreau du nazisme.
Arte diffuse le dimanche 5 mars un documentaire de Nicola Graef, Otto Dix ou le regard impitoyable, soit un double portrait, celui d’un artiste, celui du monde dans lequel il évolue et qu’il peint sans aucune concession.

Ce que regarder veut dire

Existe-t-il une sociologie visuelle, non pas au sens d’une sociologie des images d’art mais comme procédure analytique et argumentative dont se servirait le sociologue pour traiter les questions qu’il se pose ? C’est Daniel Vander Gucht qui se le demande avec d’autant plus d’à propos qu’il enseigne cette sociologie à l’université de Bruxelles. Et, dans Ce que regarder veut dire, il parle avec une passion entraînante de cette discipline encore mal assurée.

Vivere affiche

Pendant huit ans, Judith Abitbol a filmé Ede Bartolozzi dans son village en Italie. Elle a filmé Paola, la fille d’Ede, le village, la famille, les amis, les voisins. Elle a filmé des corps, des visages. Et l’amour. Rencontre avec la cinéaste, un entretien réalisé, pour Diacritik, par Catherine Weinzaepflen.

Bowie les cinq dernières années Arte

Après son documentaire David Bowie en cinq actes (2013), le réalisateur anglais Francis Whately nous offre David Bowie, les cinq dernières années. Les téléspectateurs français pourront voir son film, diffusé sur la BBC le 7 janvier dernier, sur Arte le vendredi 13 janvier.
Pour Francis Whately, ces cinq dernières années sont celles d’une créativité exceptionnelle, comme l’illustrent les deux derniers albums de Bowie, The Next Day (2013) et Blackstar (2015), comme la comédie musicale Lazarus. Ces trois réalisations sont mises en perspective avec l’ensemble de la carrière de l’artiste, des archives et des entretiens.

Dernières nouvelles du Cosmos

Le samedi 7 janvier 2017, l’Institut Médico-Educatif Amalthée de l’association ARISSE et le cinéma Le Chaplin de Mantes la Jolie organisent une projection-rencontre de Dernières nouvelles du Cosmos, documentaire éclairant et sensible réalisé par Julie Bertuccelli. Sorti en salle le 9 novembre dernier et salué par la critique, le film de l’auteur de La cour de Babel et de Depuis qu’Otar est parti… raconte le parcours d’Hélène Nicolas, autiste déficitaire qui n’a pas accès à la parole et dont l’habilité motrice est insuffisante pour écrire. Mais, alors qu’elle n’a jamais appris à lire, la jeune femme se révèle l’auteur d’œuvres d’une grande poésie sous le nom de plume de Babouillec SP (pour « sans paroles »).