Act up

A un endroit dont je ne me souviens plus, Foucault, en réponse à une question pernicieuse, évoquait les « morceaux d’autobiographie » que l’on pouvait trouver dans son œuvre. Ironiquement, il n’est pas certain que le premier des intellectuels spécifiques ait contrôlé son dernier moment autobiographique : a-t-il su qu’il mourait du sida ?

Baudrillard, dans son pamphlet Oublier Foucault, ricanait sur la viralité de sa pensée, la comparant au virus qui l’a emporté, à son insu. Cette mauvaise manière me semble caractéristique des mauvais usages qui ont été faits du sida. Elle s’inscrit à la croisée d’autres mauvaises manières faites aux homosexuels. Les deux combinés se prolongent aujourd’hui – alors même que les conditions contemporaines du sida comme des homosexuels ont considérablement changé – dans une sorte de pacte mélancolique. Mais avant de m’engager plus loin, je vais livrer, en préambule, un morceau d’autobiographie brute. Il servira de point de départ à mon propos.

© Franck Gérard
© Franck Gérard

LOS ANGELES /day ten.

Cette ville oscille, chaque seconde, entre la réalité et le faux-semblant. A chaque fois que je rencontre quelqu’un, il se dit actor, director ou encore writer ; mais je le savais avant de venir ici, et tout le monde le sait : Cet endroit est une machine à briser les rêves, à déformer les corps. Manger, être mangé ; c’est un biotope où la prédation règne, où tout est construit sur le dieu $.

© Franck Gérard
© Franck Gérard

LOS ANGELES /day nine.

Je prends mon café sur les marches qui dominent la rue. J’aime bien commencer ma journée comme cela ; à observer le flux du monde. Les hélicoptères de la police traversent le ciel. Sans cesse des hélicoptères, leurs silhouettes, leurs sons, et j’aime ça. Je suis pieds nus, sentant déjà la chaleur remonter des marches faites de briques. Les gens passent et j’observe. Et je n’en crois pas mes yeux ! Je vois Willy Wonka qui arrive !

© Franck Gérard
© Franck Gérard

Los Angeles /day six.

Aujourd’hui, je décide de marcher. Je choisis un boulevard au hasard, Venice Boulevard ; enfin pas vraiment, car j’ai envie de marcher en direction de l’océan et, surtout, d’y arriver. C’est un des boulevards qui traversent de long en large L.A., donc il est impossible de le faire d’une seule traite en une journée. Je ne me suis fait que les 7000 derniers numéros (au moins 4h de marche).