Diacritik poursuit sa nouvelle série critique « Peintures d’expo » en compagnie de Siryne Z. qui, aujourd’hui, plante son chevalet au beau milieu de l’exposition « Jean Painlevé : les pieds dans l’eau », qui s’est tenue, du 8 juin au 18 septembre 2022, au musée du Jeu de Paume. L’occasion, en peinture et en gouache, de revenir sur la première exposition exclusivement consacrée à ce cinéaste.

C

e sont les jours où les habitants d’Irpen furent évacués. Les gens ont été conduits, parfois sous les balles, d’Irpen à Kiev dans de petits bus. Beaucoup de gens de la maison de retraite « Happy life », impuissants et épuisés, certains d’entre eux ne comprenant apparemment pas ce qui se passait. Puis, ils ont été transférés dans des bus plus grands et conduits à la gare de Kiev. La vieille dame sur la photo cache son visage en voyant les dommages et les carcasses brûlées dans les rues de Kiev.

Le verre brisé et brûlé de la fenêtre d’une maison où ma mère vivait quand elle était enfant. Gostomel est la ville où vivent des militaires, elle a donc été attaquée et durement bombardée dès les premiers jours de la guerre. Pourtant, les oiseaux qui volent derrière les fenêtres me donnent un signe d’espoir et peut-être un sentiment de soulagement.

« Si vous étiez naufragée sur une île déserte, où il était pourtant possible de projeter des films, lesquels emmèneriez-vous ? »
Gena Rowlands : « Je ne pense pas que prendrais Une femme sous influence ; il est tellement bouleversant. Et Love Streams m’attristerait trop : c’est le dernier film que John et moi avons fait ensemble. J’emmènerai probablement Gloria ; c’est un film qui me donnerait l’impression d’être forte. Il m’aiderait à survivre. »
Gena Rowlands, Mable, Myrtle, Gloria… et les autres, Stig Björkman, Éditions Cahiers du Cinéma

Au son des plaintes d’un saxo sur fond de cordes seventies, l’œil de la caméra de John Cassavetes plane sur New York City dans la nuit, flotte entre les gratte-ciel illuminés, contourne la statue de la Liberté dont le flambeau, paraît-il, appelle les pauvres et les exténués. L’œil glisse sur l’eau, découvre Manhattan à l’aube. Un Manhattan de 1980, d’après-guerre du Vietnam avec encore ses tours jumelles.

« Elle était pour partie une reine, pour partie une enfant misérable, parfois à genoux devant son propre corps, parfois au comble du désespoir à cause de lui », Arthur Miller, Timebends : A Life (1988)

Depuis le 28 septembre, Blonde d’Andrew Dominik est visible sur Netflix. Poème à rallonge boursouflé de 166 minutes qui regarde pour le meilleur Pablo Larrain (Jackie, Spencer). Pour le moins bon, Baz Lhurmann (Elvis). Pour le pire et le lacrymal à haute dose, Olivier Dahan (La Môme), Liza Azuelos (Dalida).

Il y a des surprises désagréables. Celle, par exemple, de voir son livre cité par la directrice d’un cabinet de conseil et le vice-président d’un géant de l’informatique, en tête d’une tribune censée mettre en garde les bons citoyens contre les périls du métavers. La pensée-marchandise avoue sa misère : nos hauts dirigeants en sont réduits à piller leurs ennemis, aussi modestes soient-ils.

Et dire que tu t’es fait avoir pendant 62 longues années ! Heureusement Caro était là, patiente, obstinée, qui a su faire tomber les masques, dénuder le roi, bouger les lignes, casser les codes, moucher toutes ces pleureuses pathétiques d’un autre temps. Ça t’a fait mal sur le coup, mais Caro a su t’ouvrir les yeux : Il ne restera rien de ton JLG, car tout était faux, bidon, un engouement coupable de mâle blanc qu’il convenait de circonscrire. Merci Caro.