État des lieux est le dernier tome de l’Autobiographie en mouvement de Deborah Levy, triptyque ouvert avec Ce que je ne veux pas savoir et poursuivi avec Le Coût de la vie, tous trois parus aux éditions du Sous-Sol dans une traduction de Céline Leroy, magicienne du texte en ce qu’elle rend la chair et les nervures du texte original tout de nuances subtiles. Real Estate s’offre comme la quête d’un « lieu où vivre et travailler à son rythme », une forme de chambre à soi que l’on trouve aussi dans les mots des autres, à commencer par ceux des traducteurs : « être traduite, c’était comme vivre une autre vie dans un autre corps ».
Année: 2021
Je reste sidéré par la puissance d’attraction qu’exerce la bande dessinée sur ses exégètes, qu’ils soient de simples aficionados ou de savants professeurs : passion dévorante et le plus souvent exclusive. Pour ma part, je ne me suis jamais senti concerné par cette forme d’addiction, par ce trop-plein d’amour pour ce qui est, encore pour beaucoup, un genre.
« 7 février
Aux latrines, quelqu’un s’est servi de la page d’un des derniers journaux que nous avons reçus. On peut encore lire des parties de reportage d’un journaliste sur l’étrange phénomène qui est en train de se produire à Sapukai : l’apparition d’une femme qui se dit envoyée par Dieu, et qui se fait appeler ou que l’on dénomme la Prophétesse de Cerro Verde.
Emmanuel Lascoux est allé à la rencontre de la Muse homérique afin de nous offrir une nouvelle prodigieuse traduction de L’Odyssée. Il a choisi de restituer le souffle d’une oralité vive et expressive, sonore et multi-vocale. Diacritk s’est entretenu avec lui afin de découvrir les secrets d’une langue qui trouve son phrasé entre la parole et la musique.
Le dernier livre d’Arno Bertina, dédié à « ceux qui ne renoncent pas », est écrit « en mémoire de Yann Augras, GM&S / et pour Hugues Bachelot aussi ». La dédicace concentre un ethos de résistance et de mémoire, il est « livre de deuil » comme « livre de combat ». Ceux qui trop supportent n’est pas le simple enregistrement des années de lutte des salariés de La Souterraine. Arno Bertina est ici compagnon de lutte et « observateur enthousiaste » plus que témoin, il raconte plus qu’il ne chronique, il fait du combat des GM&S pour « sauver l’usine de La Souterraine » un conflit au sens le plus fort du terme : « on est chez Racine, quand la noblesse des décisions est la condition de la tragédie ; et dans Shakespeare, quand les gagnants sont des minables, des bandits, des criminels ».
Et si le théâtre était un art mort ? Un art dépassé, écrasé par son brillant passé et que, désormais, il gisait inerte dans notre présent, incapable de le comprendre et de s’en saisir ? C’est, à n’en pas douter, la question violente, essentiellement conflictuelle que Julien Gosselin pose avec une rare force dans son nouveau spectacle Le Passé qui se joue actuellement à L’Odéon jusqu’au 19 décembre.
Rust (not in) peace. Prenez un shérif qui tente de se sevrer de son addiction médicamenteuse, une mère de famille qui essaie de survivre malgré les dettes avec son fils ex-espoir du football, des secrets et un mal de vivre qui gangrène une ville entière et vous obtenez la trame d’American Rust, mini-série policière, drame familial, qui suinte le désespoir et se donne comme un portrait de plus des oubliés de l’american dream.
La première question qui vient à l’esprit est pourquoi la « dépression », pourquoi l’auteur, Patricia De Pas, a-t-elle choisi cette figure de la dépression?
La promesse d’amour d’Hervé Guibert, pour se dire vraiment, a toujours été assujettie à la pure transparence tout en passant par une certaine obliquité. Ainsi était Hervé Guibert, un ange noir, à la fois victime et bourreau des cœurs. Aimer est-ce « tout » dire ou bien se garder de dire « tout » ? Peut-on mentir et trahir par fidélité à l’amour ? Ou aimer dans l’infidélité mensongère et traîtresse ? Un magnifique, noir, lumineux, bouleversant documentaire de David Teboul, en ce moment visible sur Arte, maintenant en replay, répond à ces questions, les éclaire en tout cas. Je n’ai jamais voulu écrire sur Guibert, même si on me l’a déjà demandé, proposé, je n’y suis jamais arrivé. Et je ne vais toujours pas y arriver, ce texte, ce papier, ne sera fait que de notes, de bribes arrachées, questions ouvertes.
Bolaño, aujourd’hui, est à la mode. Quand on aime un auteur, on ne peut que se réjouir et être en même temps agacé de ce genre de phénomène.
« Jean campait dans son mirage » : cette phrase extraite Garonne in absentia, à la page 57, concentre un roman dans lequel un homme blessé s’obstine à essayer de comprendre ce qu’il lui arrive, pourquoi son couple s’est disloqué. Qui a lu les trois précédents récits de Jean-Michel Devésa, Bordeaux la mémoire des pierres, Une fille d’Alger et Scènes de la guerre sociale, ne sera pas étonné(e) d’entrer sans sommation dans ce nouveau roman mais avec des indices palpables de la plongée existentielle à laquelle le texte l’invite.
La nouvelle édition publiée chez Droz (2021), éditée et annotée par Valérie Bucheli de l’Essai sur l’Exotisme, une Esthétique du Divers de Victor Segalen est l’occasion de revisiter cette œuvre aussi singulière que son auteur. Cette nouvelle édition vient à propos renouveler la présentation et l’approche critique de cet essai qui est en réalité un journal de travail composé de notes manuscrites sur des feuillets numérotés indépendants les uns des autres.