Année: 2021
C’est le matin sur le Vieux Port. Il fait beau et tout autour de la mer, plein de gens ne font rien. Le vent balaye les touristes de l’automne et Jérôme Bertin marche sous l’immense miroir moche sous lequel le monde entier s’est pris en photo.
Cet article est dédié à un Vainqueur qui se bat
Parce qu’Emmanuelle Bercot aime pleurer au cinéma, elle rêvait de s’essayer au genre du mélo. Inspirations du désir : réunir une nouvelle fois, après La Tête haute en 2014, Catherine Deneuve et Benoît Magimel dans un tandem mère-fils. Provocation du destin : la rencontre, à New York, avec le Docteur Gabriel Sara.
Le sujet aurait mérité plus de retenue, un traitement moins mélodramatique, Dopesick, adaptation du livre de Beth Macy en série pour Hulu et diffusé en France sur Disney+, décourage d’entrée malgré la force de son propos, une mise en scène gigogne séduisante et un casting étoilé et talentueux.
J’avais une trentaine d’années, c’était en 1995. Je fréquentais un coiffeur niçois, qui avait deux places pour aller voir Céline Dion à l’Acropolis, salle Apollon, un Palais des Congrès au centre de la ville. La personne qui devait l’accompagner avait un empêchement, et l’homme m’avait proposé de le remplacer.
Cavalier d’épée constituerait une sorte de suite, ou de complément, de supplément, à Enfant de perdition (P.O.L, 2020). Le livre commencerait là où l’autre s’arrêtait, au seuil de la vie adulte, d’un voyage dans les Balkans que s’apprête à faire le narrateur. Dans Enfant de perdition, nous étions dans les méandres de la vie d’avant, jusqu’à la décision finale de « trahir » les siens, le pays d’où nous venons. L’Enfant devait se perdre pour renaître, différent.
Certains événements résistent à être « racontés ». Le 17 octobre 1961 en fait partie. Pourtant, comme souvent, la fiction était déjà au rendez-vous. Le roman de William Gardner Smith, Le Visage de pierre, vient d’être enfin traduit en français : on découvre alors comment un jeune Afro-Américain venu à Paris pour s’éloigner de son pays a introduit dans son récit, dès 1964, ce qu’il a vu et vécu. Les écrivains français ne s’y mettront que plus tardivement : Didier Daeninckx en 1984 ; mais aussi Leïla Sebbar en 1999 et Thomas Cantaloube en 2019.
« Et c’est ce qu’il fait. Il continue. Le match entre les équipes anglaise et costaricaine commence environ un quart d’heure après que G. s’est assis à l’intérieur du bar sportif.
« Dans la recherche multiple de Michèle Battut, je crois discerner une constante : elle tente d’approcher l’objet au plus près. Les choses la fascinent par leur présence et c’est cette présence têtue, obsédante qu’elle veut capter par sa toile » Jean-Paul Sartre
Michèle Battut est une artiste fabuleuse. Je l’ai découverte par hasard, au gré de mes errances esthétiques, et j’ai eu un vrai coup de foudre pour certaines de ses toiles.
C’est un livre étonnant que nous offre Claire Fercak : à la fois enquête, récit, réflexion intime et essai, tissé d’images, quiz et citations, Après la foudre tente de cerner le phénomène du coup de foudre, dans toutes ses acceptions. Qu’est-ce que le grand après de la foudre, comment a-t-il été saisi par les sciences, l’art ou la littérature, comment à son tour le dire, pour faire de ce « qui nous dépasse » une expérience immersive ?
À l’heure où le pronom neutre « iel » entre avec fracas dans Le Robert, c’est à une réflexion importante, neuve et profondément originale qu’invite dans Lila Braunschweig dans son essai, Neutriser : emancipation(s) par le neutre qui vient de paraître dans la remarquable collection « Trans » aux Liens qui libèrent. Fondant son propos depuis Blanchot et Barthes, Braunschweig offre, par le neutre, un verbe nouveau qui, à son tour, pourrait entrer dans les dictionnaires : neutriser, verbe qui cherche à suspendre toutes les assignations identitaires, défaire la tyrannie sociale de la binarité et proposer le neutre comme voie émancipatrice. Le neutre n’y est pas une théorie molle : il est une proposition d’action pour métamorphoser le réel, lutter contre ce qui identifie sans retour. Au moment où Brigitte Macron ou Jean-Michel Blanquer attaquent « iel », Diacritik ne pouvait manquer de donner la parole le temps d’un grand entretien à Lila Braunschweig sur ce neutre qui peut tout changer.
C’est une joie et une souffrance. Un de ces moments où l’on se dit que la vie est à la fois bien faite et un peu cruelle aussi quand on a en mains le premier épisode d’un nouveau diptyque des aventures de Largo Winch. On s’empresse de se le procurer, on le dévore plus qu’on ne le lit et on le referme avec un sentiment de manque immédiat mêlé de satisfaction. L’arrivée de La frontière de la nuit en librairie ne déroge pas à la règle.
Quelles que soient ses variations, il n’est pas exclu qu’en une œuvre ne s’écrive finalement jamais qu’un seul et même livre. Reste dans ce cas à se demander ce que peut bien envelopper pareille obstination. Pour celles et ceux qui connaissent les ouvrages de Jacques-Henri Michot, notamment Un ABC de la barbarie ou Comme un fracas (Al Dante, 1998 et 2009), il n’est pas très difficile de se prononcer.