« J’ai commencé́ à m’intéresser aux cartes quand j’ai compris qu’elles n’entretenaient que des rapports lointains avec le réel », écrit Philippe Vasset dans son Livre blanc, en 2007. Sans doute peut-on partir de ce paradoxe initial pour tenter une approche de la Cartographie radicale dont l’historienne Nepthys Zwer et le géographe Philippe Rekacewicz nous offrent de passionnantes Explorations dans un superbe livre, récemment publié aux éditions Dominique Carré/La Découverte.
Année: 2021
On retient d’abord du nouveau spectacle de Julien Gosselin, Le Passé, son monumental dispositif : la scénographie ultraréaliste reproduisant des intérieurs bourgeois de la Russie du 19e siècle, à la ville et à la campagne, est surplombée d’un immense écran sur lequel se joue tout ce qui échappe aux regards.
« Le trajet dura deux journées et une nuit, avec de fréquents arrêts ; le train ne gagnait que rarement un peu de vitesse. Au début, ce ne furent que palmiers et arbres fruitiers ; on apercevait à travers la végétation de petites fermes et des plantations.
À quelle sorcellerie de grande échelle l’époque a-t-elle succombé ? Le nouveau roman de Valentin Retz, publié à l’Infini chez Gallimard, précise une pensée d’une grande lucidité sur l’ampleur du mal à l’œuvre dans un monde livré à l’empire de la Technique. Grand entretien avec un auteur qui livre une expérience déstabilisante au cœur de la modernité.
Qui connaît aujourd’hui Louise Colet, autrice du XIXe siècle, dont l’œuvre très éclectique a été couronnée de succès éditoriaux ? Juliette Adam, sa contemporaine, dont le traité politique Idées anti-proudhoniennes sur la femme, l’amour et le mariage de 1858 a osé démonter point par point la rhétorique misogyne de l’éminent socialiste Proudhon ? Qui connaît encore Alexandrine de Tencin, la mère de Jean d’Alembert, aussi libertaire que libertine, qui a tenu un célèbre salon au XVIIIe siècle et a produit quatre romans à la carrière européenne, republiés avec un égal succès jusqu’à la fin du XIXe siècle ? Comme tant d’autres autrices et artistes, elles ont été »invisibilisées » par le processus d’effacement des femmes dans l’Histoire, que le dénigrement et les jugements misogynes ont favorisé à dessein.
Créé en juillet 21 au Festival d’Avignon, Liebestod constitue le premier volet d’un diptyque somptueux éprouvant la splendeur de l’amour à l’aune de la souffrance.
Comment est-il possible, quand on a commencé à publier en 1963, que l’on a écrit des romans par centaines sous son nom et sous pseudonymes dont une bonne dizaine de chefs d’œuvre, des essais majeurs, du théâtre, des recueils de poésie et de nouvelles, d’offrir des livres toujours aussi sidérants ? Joyce Carol Oates est cette énigme, une autrice qui marque, décennie après décennie, l’histoire littéraire et échappe, aussi régulièrement au prix Nobel qui aurait pourtant dû, depuis longtemps, couronner son œuvre. Sans doute JCO est-elle trop prolifique, sans doute a-t-elle trop frayé avec des genres populaires pour les jurys compassés. Tant pis pour eux. Son dernier roman publié en France, La nuit. Le sommeil. La mort. Les étoiles, aux fidèles éditions Philippe Rey, prouve une fois encore, s’il était besoin, la puissance romanesque corrosive de l’une des plus grandes autrices américaines contemporaines.
Voici un petit ouvrage délicieux. Et même trois fois délicieux. Il l’est par son petit format, tenant du calepin tout scolaire quoique fort élégant dans l’exécution. Il l’est encore par l’association du père poète (Jean-Luc Outers) et du fils graveur (Simon Outers). Il l’est enfin par son thème si subtilement mélancolique.
Entretien de Paul de Brancion avec Michèle Métail, autour de son livre Le Paysage après Wang Wei, paru en mai 2021 aux éditions LansKine.
En décembre 2020, nous avions exploré un certain nombre de fictions centrées sur la maîtresse de Baudelaire, Jeanne Duval. Depuis cette date, d’autres fictions ont été publiées dont la qualité incite à poursuivre le rêve de mieux connaître « la Vénus noire ».
Au printemps 2021, les Syriens commémoraient les dix ans de la Révolution syrienne, anniversaire marqué par plusieurs parutions en France, dont celle des Lettres à Samira de Yassin al Haj Saleh, et du livre de Justine Augier qui lui est consacré, Par une espèce de miracle. L’exil de Yassin al Haj Saleh. Celui-ci, après avoir fait seize ans de prison sous Hafez pour appartenance au parti communiste syrien, s’était engagé dans le soulèvement de 2011 et avait rejoint la ville de Douma dans la Ghouta insurgée, de même que son épouse Samira Al Khalil, et leur amie avocate Razan Zeitouneh. Toutes deux furent enlevées le 9 décembre 2013 par un groupe salafiste, alors que Yassin al Haj Saleh était parti à Raqqa, où plusieurs de ses frères furent enlevés par Daech. Elles n’ont jamais réapparu, de même que Nazem Hamadi et Waël Hamadé qui avaient été enlevés avec elles. Alors que s’achève cette année commémorative des dix ans de cette « révolution impossible » (Yassin al Haj Saleh), nous avons désiré revenir sur ces faits et faire entendre la voix de cet intellectuel, une des plus lucides et profondes de la diaspora syrienne disséminée aujourd’hui dans le monde.
Il y a quelque temps Pierre Vinclair avait franchi, pas à pas, la longue terre désolée d’un fameux poème de T. S. Eliot (Terre Inculte. Penser dans l’illisible, 2018). Le voilà qui reprend son sac de sherpa pour gravir un autre Everest : John Ashbery et son Autoportrait dans un miroir convexe, très long poème écrit par le poète états-unien Ashbery (1927-2017) en écho, en mémoire, en miroir de la toile éponyme du peintre italien Le Parmesan (1503-1540).