« Dis-nous ce que tu sais. Ce dont tu te souviens ». La première phrase de « Dé mem brer », nouvelle d’ouverture du recueil du même nom pourrait en être son art poétique : écrire depuis les strates du souvenir et d’une perception subjective, forcément partielle, des événements, « comme un tableau noir à moitié effacé ». Ce sera le cas dans la quasi-totalité des sept « histoires mystérieuses » composant le recueil de Joyce Carol Oates qui toutes explorent des violences faites aux femmes mais aussi ce que les noms et les lieux disent et font de nous.

« La mémoire est une affaire de surfaces colorées, fugitives, conservées imparfaitement dans un cerveau périssable » : cette phrase pourrait, imparfaitement, illustrer le propos de Paysage perdu de Joyce Carol Oates qui paraît en poche chez Points, dans une traduction de Claude Seban.

« La mémoire est une affaire de surfaces colorées, fugitives, conservées imparfaitement dans un cerveau périssable » : cette phrase pourrait, imparfaitement, illustrer le propos de Paysage perdu de Joyce Carol Oates qui paraît aux éditions Philippe Rey dans une traduction de Claude Seban.

Le 18 février 2008, Joyce Carol Oates entre dans « cette phase nouvelle posthume de sa vie » : Ray, son mari depuis « 47 ans et 25 jours », vient de s’éteindre. La voilà veuve, tentant d’apprivoiser ce mot, nouveau, incompréhensible, véritable litanie de J’ai réussi à rester en vie. « Car il est évident que l’identité de veuve l’emporte sur toute autre, celle d’individu rationnel comprise. »

On pourrait dire de Joyce Carol Oates qu’elle écrit comme elle respire, mais sans doute respire-t-elle parce qu’elle écrit. Elle poursuit depuis des décennies une œuvre prométhéenne, dans sa volonté de dire l’Amérique d’aujourd’hui et d’hier, à l’image d’un Balzac pour la France, dans les années 1830-1840. Des traits de caractère que l’on retrouve dans son dernier roman, Mudwoman, paru dans une traduction de Claude Seban en 2013 chez Philippe Rey et désormais disponible en poche chez Points.

La fictionnalisation de faits divers réels est l’une des tendances lourdes de la littérature contemporaine, française comme étrangère : ce principe de confrontation du réel et de la fiction via le crime n’est en rien nouveau, il semble cependant s’accentuer depuis quelques années et la rentrée littéraire 2016 en est une nouvelle illustration, que l’on pense, entre autres exemples, à Laëtitia d’Ivan Jablonka, The Girls d’Emma Cline, California Girls de Simon Liberati ou à l’exceptionnel Sacrifice de Joyce Carol Oates.