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À chaque nouvelle année sa fournée de centenaires, certains bien oubliés, tandis que d’autres semblent plus vivants que jamais. Je consulte Wikipédia, glissant sur l’impressionnante liste de noms proposée, n’en retenant subjectivement que quelques-uns : les peintres Geneviève Asse, Ellsworth Kelly, Sam Francis, Shirley Jaffe, Roy Lichtenstein et Antoni Tápies ; le compositeur György Ligeti ; le poète Yves Bonnefoy ; le conteur oulipien Italo Calvino ; l’auteur de bande dessinée Morris.

À l’occasion de la publication de son premier roman en France, Ce que Majella n’aimait pas, l’autrice nord-irlandaise Michelle Gallen a répondu, pour Diacritik, aux questions de sa traductrice, Carine Chichereau à la librairie Le Divan, le jour-même de la parution du livre, le jeudi 5 janvier, aux éditions Joëlle Losfeld.

L’écriture est blessée et mordante : Isabelle Alentour produit une poésie incisive et nécessaire qui dit l’atroce plus qu’elle n’en parle. Avec Ainsi ne tombe pas la nuit (2019), la poète signe un texte bouleversant où, plus que jamais, l’expression « rage de l’écriture » fait sens et s’inscrit « chair et verbe sur le papier ».

Essai sur le quartier des Marolles, à Bruxelles, le livre de Véronique Bergen est aussi une réflexion politique sur l’urbanisme, une réflexion esthétique sur les conditions de vie, un parti-pris pour des modes de vie alternatifs, créatifs, résistants. Retraçant l’histoire et les engagements de ce quartier, dessinant ses caractéristiques sociales et culturelles, Véronique Bergen écrit également, en filigranes, les lignes d’une poétique qui serait la sienne, comme elle écrit les contours d’un monde désirable qui n’a rien à voir avec le monde promu et mis en place par le néolibéralisme actuel inséparable d’un laminage des corps, des esprits, des dissidences, des rêveurs d’autres mondes. Entretien avec Véronique Bergen.

Dès ses trois épigraphes Nein, nein, nein ! est un récit, une histoire de fous (Baldwin), de confession nécessaire parce qu’impossible (Cioran), de « ciel couleur Juifs » (Zusak) : Jerry Stahl est ce fou qui ne peut oublier, qui part en voyage organisé pour tenter d’échapper à sa dépression suite à un énième mariage raté et une carrière en vrac et tenter d’en finir avec son art d’« orchestrer sa propre destruction ». Mais pas n’importe quel voyage : la Shoah en autocar, direction les camps d’extermination, cap vers sa mémoire et le passé, vraiment ?

Indéniablement, avec Au NON des femmes qui vient de paraître au Seuil, Jennifer Tamas publie-t-elle un essai aussi important que stimulant que chacun se devrait de lire. Car, portée par la rupture que constitue MeToo dans nos vies, la professeure de littérature d’Ancien Régime aux Etats-Unis interroge avec vigueur et acuité les classiques du classicisme pour les libérer du regard masculin – et pire que du regard : des discours, des lectures. Ainsi il s’agit ici de retracer l’histoire des refus et le chemin d’invisibilisation des autrices, des héroïnes afin d’offrir aux lectrices et aux lecteurs les lignes historiques, neuves, d’un matrimoine restauré. De la galanterie, assimilée à tort à une culture du viol jusqu’aux figures mythologiques mises en scène par Racine questionnant le consentement, Tamas ouvre de nouvelles perspectives de recherche. Autant de pistes que Diacritik ne pouvait manquer d’évoquer avec l’essayiste le temps d’un grand entretien.

En ces temps de réécriture(s) permanente(s) de l’histoire, à l’ère des fake-news, de la post-vérité et des exubérances érigées en nouvelle doxa bolloréenne, il convient de remettre sinon l’église 2.0 au milieu du village numérique du moins un peu de fantaisie dans le morose. Fort de son savoir d’autodidacte diplômé, Boris-Hubert Loyer vous propose un petit précis d’histoire-géo pour les pas trop nuls qui sauront séparer le vrai grain du faux livresque. Quatrième épisode : le « lent remplacement ».

Surie Eckstein est une femme empêchée : elle a 57 ans, dix enfants, elle se pensait ménopausée et apprend qu’elle est enceinte de jumeaux, 13 ans après sa dernière grossesse. Il lui est impossible de même imaginer avorter, elle appartient à la communauté juive hassidique de Brooklyn. Comment vivre avec ce corps qui semble lui échapper ou lui rappeler qu’il est sien ? Avec Division Avenue, Goldie Goldbloom signe un exceptionnel portrait de femme, tout en nuances et empathie, un roman qui est une véritable parabole sur les impasses que créent en nous nos croyances et silences et sur le long chemin pour tenter de s’en libérer.

Diacritik poursuit en 2023 sa série critique « Peintures d’expo » en compagnie de Siryne Z. qui, cette semaine, est allée du côté du Musée Jacques Chirac, Quai Branly, à l’occasion de l’exposition dont tout le monde parle : « Black Indians » qui a pris fin ce 15 janvier. Le moins que l’on puisse dire est que cette exposition, sur laquelle Siryne Z. revient en gouache, pose un certain nombre de questions, tout comme ce musée.

Avec Contre-nuit, Lucien Raphmaj écrit un éloge de la nuit, un hymne, un chant plus qu’un discours platement rationnel. C’est que la nuit est d’abord une évidence indépassable, une expérience qui se suffit à elle-même. Quoi dire ? Qu’ajouter à cette expérience ? On ne peut la reprendre par un discours qui la dirait, l’expliquerait, on ne peut qu’écrire en prolongeant et pour prolonger l’obscurité de la nuit, sa nuit plus profonde.