Lauren Groff vient de signer le puissant Matrix, récit centré sur la figure de Marie de France, qui bouleverse les codes de la biographie comme du roman historique et enchevêtre les mondes médiévaux et contemporains, jusque dans sa langue. Le 1er février dernier, Carine Chichereau, traductrice de Matrix comme des précédents livres de Lauren Groff, a interrogé l’autrice sur la genèse de ce roman comme de Marie, femme de lettres, femme indisciplinée et comme surgie de ses livres antérieurs.
Récit qui se tient sous la ligne des sables du récit impossible, chant de l’effacement, des mots qui refluent vers le silence, dispositif mémoriel creusé par l’oubli (dispositif veillant à ne pas forclore l’oubli), troué par la blancheur d’Alger, Page blanche Alger laisse l’enfance, la mère défunte, l’Algérie, Mohammed, les Arabes massacrés durant la guerre d’Algérie se dire eux-mêmes. Les phrases qui se posent se voient soumises au tropisme du dépeuplement, de la clandestinité de vies, d’une langue taillant « la biographie d’une absence ».
Jean Védrines dans L’Enfant rouge a placé sa focale à ras-de-terre. On voit, on entend tout à partir du regard d’un enfant. On ne va pas au-delà. Le roman s’arrête quand l’enfant est en passe ne plus en être un.
À Vincennes, rien de nouveau sous le Soleil. Il fait froid et un brasero brûle devant la Cartoucherie, pour réchauffer les corps de ceux qui viennent toujours chercher là de quoi éclairer leur esprit, illuminer leur âme et réconforter leur cœur au contact de cette vieille utopie qui persiste à les accueillir. Comme toujours, on vous explique que les meilleures places ne sont pas attribuées au plus offrant mais que chacun peut choisir à son arrivée de coller sur son billet l’étiquette rouge qui lui assure l’assise, la couverture et le spectacle.
« […] une jeunesse d’ici et maintenant peut perdre la vie,
Pour peu qu’elle porte sur son corps,
Les traces d’un ailleurs et d’un autrefois »
Prix littéraire de la Porte dorée 2022, Sensible de Nedjma Kacimi est sorti en poche. Ce livre Percutant, ciblé, poétique, militant se décline en quelques 47 fragments.
Samuel Beckett a écrit directement en français Fin de partie après En attendant Godot au milieu des années 1950. La pièce a été ensuite créée en avril 1957 à Londres puis reprise le même mois au Studio des Champs-Élysées, à Paris, avec Roger Blin dans le rôle de Hamm. Ensuite, acteurs et lecteurs n’ont cessé de rejouer et réinterpréter un texte qu’on considère aujourd’hui comme un classique, de Alan Schneider à Pierre Chabert, Michel Bouquet ou György Kurtág.
Étant une inconditionnelle de l’œuvre d’Andrea Zanzotto (1921-2011), je m’étais rendue un jour d’hiver de 2019 à Pieve de Soligo, village natal du poète dans la province du Veneto. Cherchant sur place où il avait habité, je me rendais compte que personne ne se souvenait de lui. Seul le pharmacien du centre-ville où Zanzotto passait pour consulter le baromètre, se rappelait de la maison paternelle (désormais une façade donnant sur une ruine) et pouvait me fournir quelques indications sur la demeure du poète au bord du village.
Qu’ont en commun Véronique Bangoura, également appelée « la Comtesse », et Madame Corre, qui la presse de questions ? Ces deux femmes, régulièrement attablées dans l’un des cafés de la place Monge, remontent le fil de leurs vies.
1.
Avec cette lumière grise, ce vent froid et humide et ces longues réparations qui ne nous réconcilient pas avec le corps, recevoir un livre inattendu peut apporter quelque viatique susceptible d’insuffler l’énergie suffisante, non pour tourner la page (s’évader en toute discrétion), mais pour tourner les pages (de livres qui ne font pas de bruit). Retrouvant une forme de concentration, le lecteur oublie de compter le temps, même quand une pulsation régulière aux maracas se fait entendre sur de petites enceintes réglées à faible volume.
« Quant à votre histoire de ne pouvoir dormir que dans des draps fins, c’est la niaiserie la mieux conditionnée que j’aie entendue depuis longtemps. Ce qui vous manque, ma petite dame, c’est une ballade autour du Cap Horn, avec un vent de sud-est qui vous coupe les flancs, tout le monde sur le pont, par une mer démontée. Ça dure trois jours et trois nuits. À la sortie, vous feriez comme les autres, vous dormiriez sur un sac et vous diriez « merci » ! ».
Extrait du roman Le fantôme et Mrs Muir – R. A. Dick
Découvrir ou revoir The Ghost and Mrs. Muir/L’Aventure de madame Muir (1947), c’est s’ouvrir ou s’abandonner encore une fois à l’une des histoires de fantôme les plus profondes et poétiques du 7e art.
« La guerre civile du Liban, 1975-1990 » est « le sujet de la plupart de mes livres (Défaut d’origine, Terrain Vague, Un peuple en petit) », écrivait Oliver Rohe dans Devenirs du roman II (Inculte, 2014). Chant balnéaire, qui vient de paraître chez Allia, revient sur l’adolescence de l’auteur au cœur de cette guerre, alors qu’il « arrive à la station balnéaire » et « marche sur des fragments ».
Un texte inédit de Véronique Pittolo.
Le recueil Vigilance, de Benjamin Hollander, se compose de deux parties : « Onome » et « Levinas et la Police ». Les deux parties se font écho l’une l’autre, chacune se présentant comme une sorte de dialogue ou d’interrogatoire entre des voix multiples et la figure d’un lieutenant de police (cette dernière renvoyant elle-même, peut-être ou sans doute, à divers « personnages »). Le texte, poétique, évoque le contexte policier d’une enquête, d’un crime, d’un méfait que la police cherche à résoudre. Le langage devrait ainsi énoncer ce qui s’est passé, la vérité.