Tierno Monénembo
Tierno Monénembo

Dans l’Algérie des années 1980, une femme fuit. Marquée d’une étoile au front, elle porte un enfant. Elle court, elle échappe à ses tortionnaires, elle emporte son nouveau né toujours plus loin, elle lutte pour survivre – seule. Zoubida, comme l’était la Nedjma de Kateb Yacine, est l’étoile du nouveau roman de Tierno Monénembo. Critique et entretien avec l’écrivain, réalisé à Conakry, le vendredi 23 décembre 2016.

Abdelaziz Baraka Sakin
Abdelaziz Baraka Sakin

Il est des romans dont l’histoire elle-même est un roman. Le Messie du Darfour est de ceux-là. Publiés en Égypte et en Syrie, les romans d’Abdelaziz Baraka Sakin bénéficient d’une grande audience doublée d’une popularité importante. Son roman sur le conflit du Darfour, pourtant, ne circule que clandestinement au Soudan, son pays natal, puisqu’il est interdit de traiter de la question du Darfour au Soudan, même à travers la fiction. Or lorsqu’à la Foire du livre de Khartoum, il reçoit le prix Tayeb Salih, les autorités saisissent immédiatement ses ouvrages et Le Messie du Darfour est censuré. Abdelaziz Baraka Sakin vit aujourd’hui en Autriche où il a obtenu l’asile politique. Par un choix politique courageux autant que nécessaire, les éditions Zulma ont eu l’heureuse idée de confier la traduction depuis l’arabe à Xavier Luffin, rendant ainsi disponible en français une magnifique traversée épique, poétique, et parfois burlesque du Soudan contemporain.

sans-titre

Des foules protestant contre les violences infligées aux populations noires américaines. Des manifestations qui dégénèrent. L’état d’urgence déclaré pendant plusieurs jours dans une grande ville américaine. Nous sommes à Charlotte, le mois dernier, en septembre 2016. Plus de cent cinquante ans après la fin de la Guerre de Sécession en 1865 qui a consacré l’abolition de l’esclavage, le mouvement Black Lives Matter milite encore aujourd’hui contre le racisme quotidien et les violences des forces de l’ordre américaines, démontrant s’il était besoin, l’étonnante actualité du sujet de l’exposition que propose le musée du Quai Branly « Color Line, les artistes africains-américains et la ségrégation ».

Abdourahman A. Waberi
Abdourahman A. Waberi

Le poète ? – un créateur d’êtres de papiers. D’un fragile oiseau en cage, oui, mais pas n’importe lequel : un guide, une espérance, un art de lire.

« La huppe »
« Ô lecteur, mon frère, ma sœur, goûte avec nous une dernière histoire – à la bonne heure !
un jour
un pays lointain – terre de l’encens et des aromates
un pays familier du mouvant de l’existence
un poète est entré dans un marché
il a acheté une cage artisanale en bois
et des bouts de ficelle
pour y loger – quoi
un oiseau en papier »

Kiripi Katembo, Rester, Galerie MAGNIN-A, Paris
Kiripi Katembo, Rester, Galerie MAGNIN-A, Paris

« Notre antenne d’Elizabethville nous a fait parvenir des notes recueillies par la police et dont personne dans ce maudit quartier ne veut assumer d’être l’auteur. Ces notes vont être lues par notre consœur Sidonie Lutumba, Beauté Nationale, alias Black is Beautiful, alias Julia Roberts, alias Da Vinci Code. La lecture sans doute la plus longue de tous les temps, vu qu’elle va durer toute la journée, vous permettra de voyager à travers l’abomination du Bronx. N’ayez crainte, votre chaîne nationale a pris des précautions pour que personne n’ait la conscience citoyenne barbouillée ».

Scholastique Mukasonga
Scholastique Mukasonga

Au commencement était une disparition : Kitami, la chanteuse internationale, Kitami, l’étoile rwandaise, Kitami est morte. Son chant ne résonnera plus sur scène, ses disques ne seront plus en tête des ventes du box office.
Un an plus tard, le narrateur mène l’enquête. Assassinat, disparition, suicide ? « L’énigme, digne d’un roman policier à l’ancienne, semble surtout attirer des détectives autoproclamés et des romanciers en mal d’inspiration » (p. 60). Très inspirée pourtant, Scholastique Mukasonga célèbre ici les femmes, et les esprits qui reviennent hanter les vivants, les tambours, les exilés et les marginaux, les reggaemen et les rastafari, les sorcières et les chanteuses de gospel. Entre le roman noir, la fresque historique, et l’enquête policière, ce très beau roman polyphonique dresse une généalogie fantasmée d’une succession de femmes prophétesses, suscitant la terreur autant que la fascination, dont Kitami est l’héritière.