Gauz a grandi les pieds dans la rizière de sa grand-mère et dans les plantations de café de son grand-père. Entre les cultures vivrières et les cultures d’exportation. Seulement voilà, si la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial de cacao, le pays est en revanche incapable de transformer les fèves en chocolat. Pourquoi donc ? Répondant à sa fille – l’une des grandes interlocutrices du texte –, Gauz retrace l’archéologie de la domination coloniale et de ses continuités néocoloniales dans le contemporain.

Retour vers le futur : Anthony Mangeon se livre à une archéologie de la science-fiction consacrée aux futurs de l’Afrique. Dans son dernier ouvrage, L’Afrique au futur. Le renversement des mondes, il part d’un constat : le futur de l’Afrique est à la mode. L’afrofuturisme règne au cinéma et dans les galeries d’art, le succès de Black Panther n’étant qu’un exemple parmi une myriade d’autres productions. En sciences humaines, même tendance : on ne compte plus les ouvrages prophétisant l’avenir africain, que ce soit pour annoncer des miracles économiques ou au contraire des calamités sociopolitiques. Derrière cet engouement, Anthony Mangeon montre que l’on retrouve en réalité des schémas narratifs, des motifs, des archétypes qui ont une histoire.

Il ne s’agit d’un roman d’amour que par accident. Le thème majeur d’Un homme pareil aux autres n’est en effet pas l’amour – accidentel, anecdotique – entre un homme noir, Jean Veneuse, et une femme blanche, Andrée Marielle, mais bien plutôt le racisme systémique qui sévit en France et plus largement au sein du système impérial. L’amour « interracial » n’en est que le terrain d’application qui sert à comprendre les « souffrances morales » d’une « intelligence trop sensible ».

Qui sait que l’un des auteurs des célèbres Suspendues, ces poèmes que l’on disait être accrochés à la Mecque dans les temps préislamiques, était en fait afrodescendant ? Qui sait que l’arabité pouvait aussi se prévaloir de Cham dans la poésie arabe classique ? C’est cette histoire de la part africaine de la grande poésie arabe que décrit cette anthologie présentée, traduite et annotée par Xavier Luffin. C’est donc une histoire méconnue de la poésie arabe qui est proposée ici : restituer la part africaine de la poésie arabe.

La Draille des Seynes, par le collectif « De quoi on se mêle », organise chaque année un parcours et un forum citoyen. Le « Forum de la Draille » était consacré cette année en partie à l’actualité des sorcières, des pratiques alternatives de soin, et de répressions des femmes. Artistes et chercheurs sont invités à se rencontrer le long de la draille, par le collectif particulièrement dynamique des habitants de Belvezet. C’était l’occasion de redécouvrir le film Häxan de Benjamin Christensen – proposition étonnante d’incarnation des fantasmes machistes pour mieux les dénoncer.

Un conte, né de dessins, eux-mêmes nés de lectures : c’est d’un emboîtement d’influences et de regards que s’est construit le dernier texte d’Hakim Bah, Fais que les étoiles me considèrent davantage à l’affiche du Tarmac en novembre 2018. Le metteur en scène Jacques Allaire, lisant le Zarathoustra de Nietzsche et les récits de la ruée vers l’or de Jack London, multiplie les esquisses d’une pièce de théâtre muette dont Hakim Bah est ensuite chargé d’écrire le poème.

Revenant (part. prés., adj. et subst.) : 1. (personne, chose) qui revient. 2. Esprit d’un(e) défunt(e) censé revenir de l’autre monde pour se manifester aux vivants sous une apparence humaine.

« Elles font une petite danse autour de moi en battant des mains et en chantant : « Il est revenu ! » (p. 31). L’enfant prodigue est revenu : ainsi la mère et la tante accueillent-elles l’écrivain de retour au pays natal, célébrant tout à la fois l’enfant Jésus et le grand enfant de quarante-trois ans qu’elles ont sous les yeux, dans un discret syncrétisme du quotidien où les dieux vivent parmi les humains – et réciproquement.

Au commencement était une disparition : Kitami, la chanteuse internationale, Kitami, l’étoile rwandaise, Kitami est morte. Son chant ne résonnera plus sur scène, ses disques ne seront plus en tête des ventes du box office. Un an plus tard, le narrateur mène l’enquête. Assassinat, disparition, suicide ? « L’énigme, digne d’un roman policier à l’ancienne, semble surtout attirer des détectives autoproclamés et des romanciers en mal d’inspiration ».

En 1960, Djibril Tamsir Niane fait paraître Soundjata, l’histoire du plus célèbre empereur du Mali, qui vécut au XIIIe siècle. L’historien et dramaturge contribue ainsi à fixer et à faire connaître une épopée auparavant racontée uniquement par des griots, dans des cérémonies au déroulement très strict. La publication offre une très large diffusion à cette histoire de femme-buffle, d’enfant paralysé qui se dresse sur un arc, de sortilèges et de génies, de batailles où le monde se partage, de création d’empires.

Rarement un personnage de roman ne s’en était autant pris à un narrateur. Tandis que L’authentique Pearline Portious semblait s’ouvrir tranquillement, romanesquement dirons-nous, dans le temps du « il était une fois, en Jamaïque, dans une léproserie », Pearline Portious vient rompre brutalement l’illusion référentielle pour haranguer sans façon le lecteur et lui raconter ses malheurs. Rendez-vous compte, il s’avère qu’un narrateur effronté s’ingénie à construire un roman, autant dire des mensonges, des niaiseries, sur son propre compte.

« Il ôta ses chaussures, posa ses pieds sur la tablette et cala confortablement son dos dans le fauteuil, ouvrit le livre qu’il avait toujours entre ses mains et attaqua la première phrase. Il avait le culte des premières phrases, elles étaient pour lui la porte qui permettait d’entrer dans l’univers que proposait l’auteur » (p. 115).